Malgré tant de circonstances adverses, malgré des erreurs presque inévitables étant donné le défaut de sens politique chez beaucoup d’honnêtes gens sincèrement dévoués aux Bourbons, quand prit fin le règne de Louis XVIII, la France était toute prête à fleurir en beauté et la reconstitution de ses forces permettait à la dynastie de concevoir pour elle de glorieux destins.
C’est pourquoi M. de la Gorce a eu raison d’écrire dans la conclusion de sa remarquable étude :
« Quelles que fussent ses lacunes, le roi, en ses derniers jours, pouvait, en toute justice, rendre un plein hommage à sa propre sagesse. Une réalité positive lui apparaissait, très consolante pour ses yeux qui allaient se fermer. Il avait trouvé la France envahie : il la laissait libérée. Il l’avait trouvée pauvre : il la laissait riche. L’armée avait dû être licenciée : elle était solidement refaite. Une seule œuvre restait inachevée, celle de la réconciliation entre l’ancien régime et la société nouvelle. Mais ici, le recul des temps, le travail des générations pourraient rapprocher ceux qui demeuraient désunis ; il y avait lieu d’espérer cette paix à moins qu’avec un nouveau règne, les maladresses ne se multipliassent au point de se transformer en lourdes fautes. »
Des maladresses, le successeur de Louis XVIII, le roi Charles X, en commit. Non pas qu’il fût cette intelligence bornée que raillaient mensongèrement les pamphlétaires. Mais il n’avait pas au même degré que son aîné la connaissance des hommes. De là des choix tout à fait regrettables. On le vit bien en 1830.
A cette époque, Charles X conçut nettement le péril qu’encourait la société française si l’on tardait plus longtemps à enrayer la marche de l’esprit révolutionnaire. Il voyait des romantiques comme Chateaubriand proclamer leur loyalisme mais s’allier en fait avec les plus sournois des ennemis du régime pour assouvir des rancunes personnelles. Il perçait à jour la conduite équivoque de maints parlementaires qui, sous couleur d’améliorer les institutions, s’employaient à en miner les assises. Ceux-ci ont prouvé que le roi ne s’était pas trompé sur leur compte puisque après la révolution de juillet, certains d’entre eux avouèrent qu’en feignant d’accepter et de soutenir les Bourbons, ils avaient joué « une comédie de quinze ans ». Enfin, le roi constatait que, sous mille formes, la presse, enhardie par la mansuétude de son gouvernement, accentuait l’offensive contre la religion, gardienne et garantie des seuls principes susceptibles de maintenir et de faire fructifier une civilisation conforme à la raison c’est-à-dire à la loi divine. Ce fut alors que, judicieusement, il promulgua les Ordonnances.
Malheureusement, il confia le soin de les appliquer à un homme dont ses ennemis les plus virulents ont reconnu les vertus privées mais qui, au point de vue politique, manifesta la plus totale incapacité : le prince de Polignac. Dès lors tout fut perdu…
Tout fut perdu, car la monarchie légitime une fois renversée, les régimes qui lui succédèrent, dépendant tous plus ou moins de l’élection, tous plus ou moins obligés de compter avec la démagogie athée, portaient en eux la cause essentielle de leur ruine. Tous essayèrent de pactiser avec la Révolution, tous périrent parmi des catastrophes dont la France a subi et subit encore cruellement les effets. Bientôt peut-être le socialisme, aboutissant logique des sophismes issus de la Révolution, fera de nous une peuplade bestiale, uniquement soucieuse de régaler ses instincts. Alors la Bourgeoisie héritière des aberrations de 1789, classe dirigeante depuis cent ans et plus, appellera désespérément le Seigneur Jésus à son secours. Mais il sera trop tard. Celui qui viendra aura nom : l’Antéchrist. Gravons dans notre mémoire l’avertissement que contient cette phrase de la première encyclique du grand et saint pape Pie X : « Qui pèse ces choses a droit de craindre qu’une telle perversion des esprits soit le commencement des maux annoncés pour la fin des temps et comme leur prise de contact avec la terre et que véritablement le Fils de perdition dont parle l’Apôtre n’ait déjà fait son avènement parmi nous. »
Biographies. — Voici un volume : Tristan Corbière que vient de publier M. René Martineau. J’en dirai quelques mots car cette figure d’un poète breton, assez mal connu avant son présent biographe, peut intéresser en tant que « curiosité esthétique », comme disait Baudelaire, ceux des lettrés qui aiment à faire des excursions hors des domaines habituels de la littérature.
M. René Martineau excelle, d’ailleurs, à nous renseigner, de la façon la plus précise, sur des écrivains appréciés de travers ou négligés par la critique courante. Il possède, à un degré remarquable, le don de découvrir des documents décisifs et de les mettre en valeur par des commentaires ingénieux. C’est ainsi que nous lui devons un Léon Bloy indispensable à lire par quiconque voudra se faire une idée complète de ce singulier génie qui, avec ses énormes défauts, que contrebalancent des qualités éminentes, semble un phare à éclipses parmi tant de pauvres lampions « bien-pensants » dont la faible lueur ne contribue guère à illuminer la façade majestueuse de l’Église. C’est ainsi encore qu’il nous a donné sur Barbey d’Aurevilly des études par lesquelles une justice tardive sera rendue à l’œuvre de ce Croisé pour la foi qui mérita le titre de « Connétable des lettres ».