Et, développant cette proposition, Vincent montre que la critique catholique existe. C’est ainsi qu’il a mis debout une préface, nourrie de faits et d’arguments pressants, qu’on doit lire avec réflexion et qui constitue la meilleure des réponses aux partisans de l’éteignoir sur l’Église et à ceux de la dérobade devant l’ennemi. Ayant médité cet essai si substantiel, le lecteur de bonne foi ne pourra que leur dire :

Les gens que vous tuez se portent assez bien !…

Je reviendrai tout à l’heure sur cette préface. Mais je veux d’abord examiner quelques-uns des chapitres contenus dans le livre.

Voici des appréciations sur M. Claudel équitables et judicieuses. M. Vincent en dit :

« Les ténèbres du lyrisme claudelien vous oppressent ? Elles ne m’oppressent pas moins… et j’eus naguère pour mon compte la plus grande peine à le traduire. Je me fis l’effet, ce jour-là, de Joseph Scaliger en face de l’Alexandra de Lycophron[13]. » Mais il ajoute : « Comme la gratitude et l’amour débordent de l’âme de Claudel et que, d’autre part, le saint amour et l’infinie gratitude ne sauraient totalement s’exprimer, à sa façon le poète tente de traduire tout cela avec les mots naïfs, avec les mots gauches, et nonobstant parfois profonds, dont se servent les enfants pour dire, au petit bonheur et comme ça leur vient, leur tendresse ou un merci. »

[13] Depuis que j’ai écrit sur Claudel le jugement qu’on a lu plus haut, un livre m’est tombé sous les yeux : Le Roman de l’Alsace, par Raymond Postal (Éditions de la vraie France), où j’ai trouvé une confirmation bien significative de l’impression « germanique » produite sur les esprits nourris de clarté latine, par l’auteur de Tête d’or. M. Postal écrit qu’il rencontra à Strasbourg un Jésuite d’origine alsacienne et il ajoute : « Ce religieux vint à me dire qu’il attribuait à la part allemande de sa formation l’aisance avec laquelle son esprit avait donné audience à l’œuvre de Paul Claudel. Il n’est pas douteux que celle-ci, qui nous choque par la nature même de sa substance poétique, n’est pas sans apparaître aux Français sous un aspect d’un ésotérisme déconcertant : Notre interlocuteur devait à sa culture bilingue d’y pouvoir entrer de plein-pied. » Cela revient à dire que pour bien comprendre Claudel, il faut savoir l’allemand. C’est fâcheux !

Et c’est en effet, dans les trop rares poèmes où le chrétien se débarrasse de toute rhétorique ténébreuse, que Claudel arrive, parfois, à nous émouvoir.

Plus loin, M. Vincent s’occupe de ce qu’il appelle : le cas Montherlant. Ici, j’avoue mon incompétence totale. Je n’ai rien lu de M. Montherlant, non point par prévention mais parce que, je l’ai déjà dit, je ne lis guère de romans et que, si je ne me trompe, M. Montherlant est surtout un romancier. Après la lecture du chapitre, d’ailleurs fort intéressant, que Vincent lui consacre, j’ai demandé à un prêtre de mes amis que ses fonctions obligent à suivre de près la littérature contemporaine ce qu’il fallait penser de cet écrivain. Il m’a répondu : « M. Montherlant a fait alterner la tauromachie avec la culture des lettres. Il a du brillant dans l’une et l’autre profession. Ensuite il a pris l’Église sous sa protection. Et comme il estime qu’elle ne s’est pas montrée suffisamment reconnaissante, ces jours-ci, il lui a signifié la rupture. L’Église aura, sans doute bien de la peine à s’en remettre mais avec le temps… »

Vient ensuite dans les Propos un peu vifs, un chapitre consacré à Jouffroy, philosophe romantique fort oublié, mais dont les paradoxes anticatholiques firent jadis, vers 1840, quelque bruit. M. Vincent, à propos d’un livre récent, montre d’une façon très concluante, le peu de portée des dires de cet émule de Victor Cousin.

Voici maintenant un chapitre intitulé : Hugo à Jersey ou les propos d’un pied de table qui traite de la foi accordée au spiritisme par le poète de la Légende des Siècles[14]. M. Vincent y résume fort bien l’inanité de la doctrine chez ce rhéteur énorme qui ne réussit jamais à devenir un penseur. Il écrit avec raison :