Mais il est à supposer qu’elle ne lit guère l’Évangile parce que le Saint Livre choque sans cesse le sentiment « distingué » qu’elle se forge de Notre-Seigneur.

Or qui veut faire l’ange fait la bête disait Pascal…

Pour moi, la religion affadie, enrubannée de fanfreluches, où se complaisent les mondains m’écœure. J’adore, jusque dans les plus humbles détails, tout ce qui se rapporte au Bon Maître. Je ne fais pas de choix. J’aime Jésus lorsqu’il se transfigure au Thabor. Je l’aime également lorsqu’il prend son repos dans la maison de Zachée, homme décrié parmi les Pharisiens. Aux heures où Il daigne s’offrir à ma contemplation dans la lumière de l’oraison, je n’ignore pas que cette faveur insigne m’est octroyée parce que d’abord, docile à la Grâce, j’ai ramassé les miettes qui tombent de sa table et que je m’en suis nourri. Et combien d’autres font mieux que moi pour lui plaire !…

VI
Le Credo est une étoile…

Quel réconfort pour la foi, pour l’espérance, pour la charité que ce chant du Credo lorsqu’il n’y a pas une bouche qui ne le profère le dimanche, à la messe ! Il est le symbole des mystères où notre vie intérieure s’abreuve pour refleurir toujours plus vivace. Il résume l’histoire des luttes de l’Église contre les hérésies insidieuses qui tentent de diviser ceux que l’Esprit-Saint a réunis. Il est l’affirmation immuable de la doctrine transmise par les apôtres, hommes sanctifiés par le Seigneur lui-même, pour nous ouvrir la voie du salut à travers les âges.

L’époque ténébreuse où nous sommes condamnés à vivre voudrait faire dévier les enfants de l’Église vers les marécages où tremblotent les feux-follets de son orgueil. Des sophistes argumentent, subtilisent, jonglent, avec les vocables, comme des turlupins de foire, avec des boules brillantes et creuses. Des savants attestant l’évidence de la matière éternelle, présentant comme des axiomes décisifs leurs conjectures versatiles, construisent des cheminées aux fourneaux du démon pour que la noire fumée qui s’en échappe dissimule le monde à Celui qui créa toutes les choses visibles et toutes les choses invisibles et qui les embrasse d’un seul regard. Des réprouvés, qui se donnèrent une peine infinie pour arracher en eux les racines de la foi, errent çà et là en ricanant — de quel rire lugubre — et déclarent : — L’humanité, maîtresse d’elle-même comme de l’univers conquis par sa science, n’a plus besoin de votre Dieu…

Cadavres ambulants, troupeau sinistre que rassemble, pour son domaine, celui-qui-nie, celui qui n’a pas voulu servir — l’odeur de la mort flotte autour d’eux.

D’autre part, voici nos frères séparés du protestantisme. Ils se plaignent de voir s’éparpiller en milles sectes les adhérents à l’erreur qu’ils s’efforcent de maintenir. Mais comment n’en irait-il pas ainsi ? Quand on pose en principe que chacun a le droit d’élire, parmi les dogmes, ceux qu’il juge de nature à flatter son imagination et d’écarter ceux qui lui déplaisent, on ne peut s’attendre à fonder une religion stable. La confiance qu’ils accordent au sens propre, aggrave l’aberration de la fausse doctrine. Niant l’autorité révélée dont l’Église garde le dépôt, le dissident lui reproche de ne pas évoluer selon les caprices multiples de l’inconstance humaine. Il ne comprend pas que la force en Dieu de l’Église procède du fait qu’elle a promulgué, pour les siècles, la formule de la certitude par la foi. Cette formule c’est le Credo. On ne peut rester catholique si, par fantaisie personnelle, on la mutile ou si l’on en modifie les articles. Il est arrivé que l’Église opérât des changements dans sa discipline ou dans sa liturgie. Jamais elle n’a touché, jamais elle ne touchera au dogme. Et c’est pourquoi, tandis qu’autour d’elle, les schismes et les hérésies tombent en décrépitude ou se pulvérisent dans le doute, elle garde la claire vision du Dieu qui réjouit sa jeunesse impérissable…

Aussi, de quel cœur plein d’une sérénité joyeuse je chante Credo, je crois, à l’unisson avec tous mes frères répandus sur le globe entier, reclus pour un temps, au Purgatoire, bienheureux au Ciel ! Credo, c’est la rémission des péchés, c’est la communion des Saints. C’est la conviction qu’il n’y a qu’une seule Vérité, qu’une seule Église. Comme je respire à l’aise me sentant une parcelle de ce corps mystique dont Jésus est la tête !

Le Credo, c’est une réponse à la parole de Dieu : Que la lumière soit ! c’est un écho de la voix qui nous enseigne le sens surnaturel de la vie par les prophètes, par le Verbe incarné, par les apôtres, par les Pères de l’Église.