C’était le temps où Arius, curé d’une des paroisses les plus importantes de la ville, commençait à répandre son hérésie.
« L’évêque Alexandre apprit avec tristesse, dit M. Mourret, dans son excellente Histoire de l’Église, que des doctrines étranges circulaient parmi son peuple et son clergé au sujet de la Personne du Fils de Dieu. Des hommes soutenaient que la seconde Personne de la Trinité n’avait pas existé de toute éternité et qu’elle n’était que le premier-né des créatures. Pour ceux qui proféraient ces assertions, l’Incarnation et la Rédemption, mystères d’un Dieu fait homme et se sacrifiant pour notre salut, n’étaient plus que de vains songes. » On voit la conséquence : « L’insondable abîme creusé par les philosophes païens entre la pauvre humanité et la Divinité inaccessible se rouvrait ; le monde n’était pas plus avancé après la prédication de l’Évangile qu’avant la venue du Sauveur. »
Telle fut l’origine d’une hérésie qui séduisit beaucoup d’intelligences, suscita de terribles luttes, et, sous la protection de maints empereurs, égarés dans la controverse, aurait peut-être conquis le monde si Dieu n’avait fait naître pour la défense de la Vérité unique d’incomparables athlètes. Au premier rang, Athanase.
Or l’évêque qui, d’après les historiens de l’époque, semble avoir été un indécis, peu porté à prendre des initiatives et fort ami de son repos, hésitait à sévir contre Arius et les adeptes que celui-ci, très habile, très éloquent, consommé dans l’esprit d’intrigue, s’était acquis.
Inquiet de voir le prélat temporiser, tandis que le péril pour la foi ne cessait de s’accroître, Athanase, qui était la volonté même, lui représenta d’une façon vive, l’urgence qu’il y avait à condamner l’hérésie nouvelle. Stimulé par le jeune diacre, l’évêque se décida enfin à prendre des mesures énergiques contre Arius. Il le cita à comparaître devant lui, en présence de tout le clergé d’Alexandrie, pour expliquer sa doctrine. Il y eut deux audiences à la suite desquelles l’hérétique fut condamné et frappé d’anathème. Comme on le devine, Athanase avait eu grande part à cette excommunication.
Mais Arius ne se soumit pas. Au contraire, secondé par ses partisans de plus en plus nombreux, il accentua sa propagande. Non seulement la ville et le diocèse en furent gravement contaminés mais encore les provinces voisines et bientôt tout l’empire d’Orient. Maints évêques inclinent à l’hérésie, suivis par leur clergé et par force laïques trop amoureux d’innovations. Les membres de l’Église s’entre-déchirent. Et Satan qui souffle allègrement la discorde, se frotte les mains.
Toujours à l’instigation de l’infatigable Athanase, l’évêque d’Alexandrie adresse à tous les diocèses deux lettres où l’erreur d’Arius et ses menées sont dénoncées sans aucun ménagement. Elles déterminent partout un mouvement de réaction salutaire chez les orthodoxes. Et c’est alors que l’empereur Constantin, soucieux de rétablir la paix dans l’Église, convoque le célèbre concile œcuménique de Nicée.
Athanase y accompagna son évêque et s’y fit tout de suite remarquer. « Athanase, dit l’annaliste Socrate, apparut à tous comme l’adversaire le plus vigoureux des Ariens. »
Nous avons aussi, sur ce point, le témoignage de saint Grégoire de Nazianze : « Lorsque, rapporte-t-il, les Ariens voyaient le redoutable champion, petit de taille et si frêle mais le port assuré et le front haut, se lever pour prendre la parole, on voyait passer dans leurs rangs un frisson de haine. Pour la majorité de l’assemblée, elle regardait alors d’un regard confiant celui qui allait se faire l’interprète irréductible de sa pensée. »
De fait, nul ne savait comme Athanase « saisir le nœud d’une difficulté et, mieux encore, exposer le fait central d’où tout dépend et en faire jaillir ces flots de lumière qui éclairent la foi en même temps qu’ils démasquent l’hérésie ».