On sait que le concile de Nicée prononça la condamnation d’Arius et formula l’essentiel de ce symbole, le Credo que nous récitons tous les jours avec les additions qu’y joignit pour écarter d’autres hérésies le concile de Constantinople.
Trois ans après l’assemblée où la divinité du Verbe incarné fut ainsi promulguée, l’évêque d’Alexandrie mourut. En ses derniers jours il avait exprimé le désir qu’on lui donnât pour successeur le diacre Athanase. Les fidèles acclamèrent ce choix. Les évêques de la province d’Égypte le ratifièrent. Le nouvel évêque fut sacré le 7 juin 328 au milieu des ovations de tout un peuple qui répétait : « Athanase ! Athanase ! C’est un vrai chrétien ! C’est un ascète ! C’est un véritable évêque ! »
Athanase avait à peine 33 ans. « Outre les qualités du pasteur accompli, écrit Monseigneur Duchesne, Dieu lui avait donné un esprit clair, un œil bien ouvert sur la tradition chrétienne, sur les évènements, sur les hommes. Avec cela, un caractère hautement indomptable tempéré par une parfaite bonne grâce, mais incapable de faillir devant qui que ce soit. L’orthodoxie de Nicée avait trouvé son défenseur ! Déjà menacée à cette heure, elle allait traverser des crises redoutables. On put croire à certains moments qu’elle n’avait plus d’autre soutien qu’Athanase. C’était assez. Athanase eut contre lui l’empire et sa police, des conciles hétérodoxes, un épiscopat de dissidents : la partie était encore égale tant qu’un tel homme restait debout. »
En effet, voici venu le temps où l’arianisme, niant l’autorité du concile de Nicée, plus arrogant que jamais, prétend imposer son erreur à l’Église. Il séduit, il excite contre la vérité les empereurs qui succèdent à Constantin. Il absorbe la majorité des diocèses. Il persécute, il chasse comme des bêtes fauves, ceux qui persistent à défendre la doctrine des Apôtres. Surtout, il s’acharne à réduire Athanase au silence.
Dès l’an 332, les hérétiques ont acquis tant d’influence que, par leurs calomnies sur le compte du saint, ils réussissent à lui aliéner Constantin.
On l’accuse à la fois de simonie, d’abus de pouvoir, d’empiètements sur l’autorité civile, de lèse-majesté. On insinue qu’il a prêté la main à des sacrilèges et enfin qu’il a machiné l’assassinat d’un de ses contradicteurs.
Athanase se disculpe sans trop de peine. Cependant l’empereur garde une certaine prévention contre lui.
Les hérétiques en profitent pour renforcer leurs intrigues et circonvenir Constantin. Ils déployèrent tant de ruses qu’en 334, ils obtinrent la réhabilitation d’Arius. Celui-ci rédigea une profession de foi en termes vagues où l’empereur, qui n’était pas théologien, crut voir qu’il acceptait le symbole de Nicée. Il décida aussitôt qu’Arius serait réintégré dans ses fonctions et pria l’évêque d’Alexandrie de le recevoir en sa communion. Athanase refusa net. L’empereur, de plus en plus aveuglé par les Ariens, prit fort mal la chose. On lui persuada qu’Athanase était un esprit brouillon et ambitieux qui cherchait à se créer une primauté sur ses collègues. L’empereur irrité le fit juger par une sorte de concile provincial, présidé par un fonctionnaire laïque et où ne furent convoqués que les ennemis les plus avérés du Saint.
Athanase se présenta devant ce singulier tribunal. Mais il s’aperçut tout de suite qu’il se trouvait en butte à l’animosité d’une faction résolue à le condamner sans l’entendre. Il quitta l’assemblée qui s’empressa de prononcer contre lui une sentence de déposition. Dans le même temps une nouvelle calomnie fut lancée contre lui. Durant une famine, il avait distribué de larges aumônes dans sa ville épiscopale. On l’accusa d’avoir accaparé les grains et tenté, par là, d’affamer Constantinople. L’empereur, hors de lui, ne voulut même pas consentir à une enquête. Il fit arrêter Athanase et donna l’ordre de le conduire au fond des Gaules, dans la ville de Trêves où il fut interné.
Ce sont là les premières luttes d’Athanase contre l’hérésie. Raconter dans le détail toutes celles qui suivirent demanderait un volume. Il suffira d’indiquer que du jour où commença son exil jusqu’à sa mort — en 373 — il n’y eut guère d’armistice. Quarante années durant, il ne cessa de combattre pour le triomphe de la saine doctrine — il fut le champion invincible du Verbe incarné. Rétabli sur le siège d’Alexandrie, sous le successeur de Constantin, il dut plusieurs fois prendre la fuite pour se dérober à la haine de ses adversaires, maîtres du pouvoir. L’empereur Constant souffrit, sans intervenir, qu’on le persécutât. L’empereur Constance, arien zélé, eût voulu le faire saisir et mettre à mort comme le dernier des malfaiteurs. Afin de lui échapper Athanase quitta pour la troisième fois, Alexandrie. Après s’être caché, quelques jours, aux environs de la ville, il se dirigea vers la Haute-Égypte. Mais les policiers de Constance le traquaient farouchement. Ici se place un épisode qui montre la présence d’esprit que le Saint conservait à travers tant de périls. M. Mourret, dans son Histoire de l’Église, le rapporte de la façon suivante :