Comment, dès lors, ne pas supplier Dieu qu’il nous maintienne dans cette innocence reconquise et qu’il nous dirige par les chemins où fleurit la Grâce, loin des hommes aux œuvres iniques dont la droite désobéissante nous offre des fruits de malédiction ?
Et quand le prêtre s’adresse aux fidèles pour les confirmer dans cette pensée que « son sacrifice est le leur », comment ne se sentiraient-il pas une seule âme pour lui répondre :
Que le Seigneur reçoive, par tes mains, ce sacrifice, à la louange et à la gloire de son nom, et aussi à notre profit et à celui de la Sainte Église tout entière !
Fortifié par cette adhésion, sûr désormais d’englober dans sa prière la prière de tous, le prêtre lance le cri admirable : En haut les cœurs !
Est-il rien de plus émouvant que cet appel au détachement des choses de la terre ? Tandis qu’il le profère, le prêtre élève les mains pour témoigner, par ce geste, de son désir de se donner et de nous donner totalement à Dieu.
Prenons-y garde : lorsque nous répondons, avec toute bonne volonté : Nos cœurs sont à Dieu ! nous prenons un engagement redoutable, celui de fermer nos âmes aux pensées d’en-bas et de diriger toutes nos puissances vers les pensées éternelles. C’est seulement si nous brisons de la sorte les chaînes qui nous rivaient à la terre que la lumière d’en haut éclairera notre intelligence et que notre âme, réprouvant ses paresses et ses tiédeurs anciennes, se jettera, d’un élan irrésistible, vers le ciel.
Penser et tendre à ce qui est élevé, telle se définit la sagesse chrétienne. Le Sursum corda de la Messe m’y convie. Faites donc, mon Jésus, que je ne sois pas une présence inerte qui affirme seulement de bouche : — « J’ai le cœur aux réalités d’En Haut » et qui cependant, n’a pas rompu avec les chimères d’en-bas. Faites que je sois sincèrement à vous, sans réserve à vous. Faites que je m’écrie avec le bienheureux Henri Suzo : « En haut, cœur captif, dégage-toi des passions périssables ! En haut, cœur endormi, réveille-toi de la mort du péché ! En haut, cœur indolent, arrache-toi de la mollesse où tu t’enlises. » Seigneur, si trop souvent, parmi les sollicitudes de l’existence quotidienne, j’oublie de tout rapporter à vous, faites du moins qu’au pied de votre autel, je me consume en votre amour comme dans un brasier que rien d’humain ne saurait éteindre.
Si je me hausse véritablement le cœur, je comprendrai à quel point il est digne et juste, équitable et salutaire que je rende grâces à Dieu partout et toujours.
Partout et toujours, même dans les épreuves qu’Il m’envoie pour que mon âme, qui se voudrait sainte, se persuade que la sainteté implique l’acceptation de la souffrance avec Jésus.