L’Église connaît cette tendance. C’est pourquoi, en cette partie de la Messe, aussitôt après qu’elle m’a exhorté à offrir le Sacrifice en union sincère avec les vivants d’ici-bas, elle m’invite à « resserrer mes liens avec ceux qui sont déjà établis dans la gloire. » Elle sait, en effet, combien l’assistance des Saints m’est nécessaire pour que je maintienne ma solidarité, par une communication permanente, avec les vivants de Là-Haut.

Avant tout, elle me prescrit l’appel à la Sainte Vierge parce que Marie est la Mère de la divine Grâce, parce qu’elle est la Reine de tous les Saints, parce qu’elle a souffert pour notre rachat plus qu’aucun de nous ne souffrira jamais.

Dès que j’ai prononcé le nom de la Vierge, je la vois debout au pied de la croix où Jésus agonise. Elle pleure à cause de nous comme il saigne à cause de nous. Et le fleuve de ses larmes se mêle au fleuve de sang rédempteur qui ruisselle sur le monde. Par ce regard de mon âme, je réalise la pensée que Jésus m’a été donné, sans retour, par la Vierge. Je sens qu’elle est inséparable du sacrifice de Jésus et que sa mémoire restera unie à celle de mon Sauveur jusqu’à la consommation des siècles. Et maintenant que j’ai vu, avec une netteté que nuls mots de la terre ne pourraient exprimer, le don entier qu’elle m’a fait de son Fils, c’est d’un cœur enfin charitable que j’apprends à m’offrir avec mes frères, même s’ils m’ont offensé, et avec l’Agneau de Dieu sur l’autel.

L’Église m’encourage ensuite au sacrifice par l’exemple de ses apôtres et de ses martyrs aux premiers temps de la Rédemption : Pierre et Paul, André, Jacques le Majeur, Jean, Thomas, Jacques le Mineur, Philippe, Barthélemy, Mathieu, Simon et Thaddée ; Lin, Clet, Clément, Xyste, Corneille, Cyprien, Laurent, Chrysogone, Jean et Paul, Côme et Damien.

Ce cortège radieux des amis de Jésus, je le vois s’agenouiller de chaque côté du tabernacle. Chacun d’eux rend témoignage par ses souffrances pour la fondation de l’Église ; et c’est comme une fresque aux teintes de pourpre qui se déroule devant les yeux de mon âme.

Pierre qui, le premier, s’écria devant Jésus : « Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant », Pierre voulut être crucifié la tête en bas, parce qu’ayant fléchi dans sa foi, en une minute de faiblesse, au début de la Passion, il s’estimait indigne de mourir d’un supplice identique à celui du Sauveur.

Paul fut décapité par le glaive d’une légalité féroce, après avoir allumé le flambeau de la Bonne Nouvelle pour les Gentils perdus dans les ténèbres du paganisme.

André, avait conquis à Jésus les barbares de Scythie. C’était un amoureux de la Croix. Lorsqu’on lui présenta l’X lugubre sur lequel ses membres allaient être écartelés, il s’écria : « Salut à toi, croix chérie que le corps de Jésus a sacrée. Il y a longtemps que je soupire après toi ! Enlève-moi du milieu des hommes et donne-moi à Celui qui m’as racheté par toi. » Deux jours et une nuit il agonisa sur ce bois d’infamie et de gloire. Et il souriait en attestant Jésus crucifié.

Jacques le Majeur qu’à cause de la violence et de l’éclat de son dévouement le Maître avait surnommé le Fils du Tonnerre, fut le premier des Apôtres à mourir pour la foi. Il eut la tête tranchée par les Juifs dont, pendant dix ans, passé l’Ascension, il avait bravé les menaces.

Jean l’Évangéliste fut plongé dans une cuve d’huile bouillante. Il en sortit, dit la liturgie, « plus valide qu’il n’y était entré ». Mais sainte Angèle de Foligno eut révélation que sa douleur, au Calvaire, à la vue des souffrances de Jésus et de Marie, avait égalé tous les supplices. Le souvenir lui en demeura au cœur, comme un coup de poignard, jusqu’au dernier jour de sa longue existence.