« Clément, écrit saint Irénée, fut le troisième évêque de Rome après les apôtres ; il les avait vus, s’était entretenu avec eux et maintenait la tradition apostolique. » Ce pourquoi, sous Trajan, il fut déporté en Crimée, condamné à travailler aux mines comme forçat. Il y fit tant de prosélytes que, sur l’ordre de l’empereur, on le jeta à la mer avec une ancre attachée au cou.
Xyste exerça le pontificat à l’époque où sévissait le plus furieusement la persécution ordonnée par l’empereur Valérien. Enfreignant la défense qui avait été faite de célébrer les Saints-Mystères, il avait coutume de dire la messe dans les Catacombes. Il fut dénoncé à la police par un renégat, saisi, condamné sans procès et décapité à l’endroit même où il avait commis sa sainte désobéissance.
Corneille, qui lui succéda, fut banni à Centumcellæ sous Gallus et décapité au bout de peu de temps parce qu’il refusait de sacrifier aux idoles.
Cyprien, né à Carthage d’une famille très riche appartenant à l’aristocratie, se convertit au christianisme en un âge déjà mûr. Aussitôt, il distribua tous ses biens aux pauvres et fit le vœu de chasteté. Élevé à l’épiscopat, il se voua tout entier au salut de son troupeau et à la défense de l’Église entière. Ses luttes contre le schisme et l’hérésie donatiste sont célèbres. Nul n’a mieux décrit que lui les joies de la paix en Dieu après la conversion : « Alors seulement, disait-il, on trouve un repos assuré de l’âme, une sécurité constante ; l’esprit se rapproche de Dieu ; tout ce qui apparaît aux hommes grand et sublime devient tout petit. » La vigueur avec laquelle il condamnait les mœurs dissolues des païens lui valut leur haine. Il périt par le glaive en remerciant ses bourreaux de lui procurer « la félicité du martyre ».
Chrysogone marqua par son zèle à développer la foi dans l’âme des nouveaux convertis et à les armer de patience pour subir la persécution. Après des années de prison, il fut décapité sous le règne de Dioclétien.
Les deux frères Jean et Paul avaient occupé des emplois élevés à la cour de la fille de Constantin. Julien leur offrit les plus hautes dignités s’ils consentaient à entrer à son service et à sacrifier, comme lui, au Dieu-Soleil. Ils refusèrent avec horreur. L’Apostat leur fit alors trancher la tête, en secret, dans leur propre maison.
Côme et Damien, chrétiens de naissance, exerçaient gratuitement la médecine en Cilicie. Comme ils ne guérissaient pas seulement les corps mais aussi les âmes et qu’ils en amenaient un grand nombre à l’Église, ils furent incarcérés pendant la persécution de Dioclétien. « Après avoir été tourmentés par la prison, par les chaînes, par l’eau, le feu, les pierres et les flèches ils furent décapités. » (Martyrologe romain, 27 septembre).
Dans cette liste funèbre et glorieuse de héros sanctifiés, vous croyez peut-être que j’oublie Saint Laurent ? Que non pas ! Si je l’ai réservé pour clore l’énumération, c’est parce que, lui devant une gratitude spéciale, je voulais en parler d’une façon un peu plus étendue.
Trois ans après que je fus entré dans l’Église, j’eus à traverser une période de tribulation où il semblait que les événements et les hommes se fussent concertés pour m’éloigner de Jésus. Tout ce que j’entreprenais échouait ; autour de moi, on interprétait de travers mes efforts pour affirmer ma foi en servant l’Église. De plus, la maladie m’éprouvait pendant que de grandes peines d’esprit rendaient aussi obscure qu’aride ma vie intérieure.
En août de cette année-là, les contradictions, les souffrances physiques et morales se firent plus accablantes. Mon âme pliait sous le fardeau ; je ne distinguais plus le regard de mon Sauveur que comme une toute petite étoile horriblement lointaine et voilée, à chaque instant, par les nuages qui montent de l’abîme où règne le Prince de la Désolation.