Cette bonté a déterminé Dieu à m’envoyer son Fils pour me sauver ; elle a sanctionné ses promesses ; elle m’a retiré de la boue du péché ; elle m’a préservé de mille chutes ; elle m’a pardonné plus de sept fois soixante-dix-sept fois ; elle frappe sans cesse à la porte de mon cœur ; et elle est prête à m’accorder les grâces dont j’ai un pressant besoin pour demeurer fidèle jusqu’à la mort. Mais ces grâces, il me faut les implorer par le Pater en connaissance de cause.

Un excellent moyen de le faire, c’est de suivre la méthode indiquée par l’Abbesse de sainte Cécile dans son traité si substantiel : La vie spirituelle et l’oraison. Au chapitre VIII de ce livre, après avoir spécifié que « toute oraison qui ne se rattache pas à quelqu’une des demandes du Pater ne peut avoir accès auprès de Dieu », cette grande moniale nous enseigne que « quant à sa réalisation pratique dans nos âmes, le Pater débute par sa dernière demande. »

Méditant cette donnée, m’appuyant aussi des méditations de sainte Térèse, dans le Chemin de la Perfection, je tâcherai d’exposer comment l’oraison dominicale mène des premières assises de la vie contemplative à la cime radieuse où règne le Père éternel.


Pris au sens mystique et médité dans l’ordre inverse de celui où on le récite, le Pater résume les désirs de l’âme qui tend à vivre en Dieu dès ce monde et autant qu’il est possible à la faiblesse humaine.

Libera nos a malo, ne nos inducas in tentationem, dimitte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : vie purgative. Panem nostrum quotidianum da nobis hodie, fiat voluntas tua sicut in cœlo et in terra, adveniat regnum tuum : vie illuminative. Sanctificetur nomen tuum, Pater noster qui est in cœlis : vie unitive.

Libera nos a malo. — Le mal, c’est l’amour-propre. Tant qu’il ne sera pas réduit par l’esprit de pénitence et de mortification, l’âme ne réussira point à parfaire son union avec Dieu parce que Dieu ne distingue, pour les attirer en son adorable essence, que les âmes absolument convaincues de leur indignité et fortement décidées à employer leur meilleure volonté au détachement d’elle-même.

C’est ce dont Notre-Seigneur nous avertit dans la parabole rapportée au chapitre XIV de saint Luc.

Incitant l’âme aux noces spirituelles, c’est-à-dire à la vie unitive, il lui dit : Lorsque tu seras conviée à ces noces, va t’asseoir à la dernière place afin que quand viendra Celui qui t’a conviée, il te dise : — Mon amie, monte plus haut. Car quiconque s’humilie sera exalté.

Donc, pour mériter la faveur de Jésus, l’âme qui a reçu l’incomparable grâce d’aspirer à sa fusion en Dieu désirera d’abord réprimer en elle les trois concupiscences : goût des jouissances charnelles, complaisance au spectacle du monde, orgueil de l’esprit, surtout ce dernier qui est le générateur des deux autres.