« J’ai été créée dès le commencement et avant les siècles ; je ne cesserai point d’être dans la suite des âges et j’exerce mon ministère devant Dieu dans la maison sainte… Et j’ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré de mon patronage.

« Mes délices sont de me tenir parmi les enfants des hommes. Maintenant donc, ô mes fils, écoutez-moi : Bienheureux seront ceux qui gardent mes voies. Observez la règle que je vous donne car celui qui m’écoute, celui qui veille tous les jours au seuil de ma maison et qui se tient tout prêt à ma porte, celui qui m’ayant trouvée trouve la vie de son âme, celui-là puisera le salut dans le Seigneur. »

Mère de la Miséricorde elle nous apprend à l’invoquer, pour l’amour d’elle et de Jésus, quand elle nous dit :

« Placez-moi, comme un sceau sur votre cœur car mon amour est fort comme la mort et mon zèle plus inflexible que l’enfer. Les fleuves débordés ne pourraient éteindre ma charité. Qu’un homme me confie les trésors de son espérance, je lui enseignerai à les multiplier par l’amour de Dieu. Et ce qu’il aura donné ne sera rien en regard de ce qu’il donnera. »

Étoile du Matin, Marie rayonne au ciel de notre patrie : c’est elle qui, hier encore, dissipa les noires nuées qu’assemblait sur nos têtes l’invasion des Barbares. C’est elle qui nous annonça la victoire et l’aube printanière de la paix lorsqu’elle nous dit : « Levez-vous mes amis et venez : la tempête d’hiver est passée ; les fleurs paraissent sur la terre ; le temps de tailler la vigne est venu ; les tourterelles roucoulent ; le figuier pousse ses bourgeons et la floraison des vignobles répand son parfum. »

Comment correspondre à cette vigilance infatigable de Marie ? En lui adressant de nouvelles suppliques. Comme elle est la Mère de la divine Grâce, jamais elle ne les repousse ; plus nous la sollicitons, plus elle se plaît à obtenir que nous nous abreuvions à cette fontaine de vie : le Cœur de son Fils.

Qu’ils l’ont bien compris, ceux qui, sous l’inspiration de Marie, composèrent le Salve Regina. Comme ce cantique condense en quelques strophes, d’une ferveur admirable, l’appel plaintif et si confiant de toute la chrétienté à la dispensatrice des faveurs d’En-Haut !

Huysmans, qui aima tant la Sainte Vierge, a commenté le Salve Regina dans une des plus belles pages d’En Route. J’ai plaisir à le citer. Il écrit :

« A l’écouter, à la lire avec recueillement, cette magnifique imploration paraît représenter trois états différents de l’âme, signifier trois phases de l’humanité ; pendant sa jeunesse, sa maturité et son déclin. Elle est, en un mot, un résumé de la prière à tous les âges.

« C’est d’abord le chant d’exultation, le salut de l’être encore petit, balbutiant des mots de caresse et de douceur, avec des cajoleries d’enfant qui cherche le sourire de sa mère : Salve Regina, Mater misericordiæ, vita, dulcedo et spes nostra, salve.