« Ensuite, cette âme si candide, si simplement heureuse, a grandi et connaissant déjà les défaillances volontaires de la pensée et les hontes répétées de la chair, elle joint les mains et demande en sanglotant une aide. Elle n’implore plus en souriant mais en pleurant. Et elle s’écrie : Ad te clamamus exsules filii Hevæ, ad te suspiramus gementes et flentes in hac lacrymarum valle. Enfin, la vieillesse est venue ; l’âme gît, tourmentée par le souvenir des avertissements négligés, par le regret des grâces gaspillées. Devenue plus craintive et plus faible, elle s’épouvante devant la dissolution de sa prison charnelle qu’elle sent proche. Alors elle songe à l’éternelle inanition de ceux que le Juge damne et elle implore l’Avocate de la terre auprès du Ciel irrité : Eia ergo Advocata nostra, illos tuos misericordes oculos ad nos converte et Jesum benedictum fructum ventris tui nobis post hoc exsilium ostende.
« A cette essence de prière, saint Bernard, dans un élan d’hyperdulie, ajouta les trois invocations de la fin : O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria, scellant l’inimitable prose par ces trois cris d’amour qui ramènent l’hymne à l’effusion câline de son début… »
Et c’est comme un écho du Salve Regina qui se prolonge dans la prière suivante : Deus, refugium nostrum et virtus… puisque nous y réclamons l’intercession de la Vierge glorieuse et toujours immaculée, pour la conversion des pécheurs, la libération et l’exaltation de la Sainte Église.
Au mois d’avril 1914, une voyante, qu’il ne m’est pas permis de nommer, eut une vision qui mérite, je crois, d’être rapportée. Le saint prêtre qui la dirige m’a garanti sa parfaite orthodoxie. Il ajouta qu’elle vivait dans l’obscurité, la pénitence et l’oraison continuelle, que l’autorité diocésaine l’ayant fait examiner avec soin la tenait pour irréprochable et qu’elle-même ne cessait de se conduire en enfant très humble et très docile de l’Église.
Peut-être, après sa mort, saura-t-on ses vertus et les grâces extraordinaires dont elle fut favorisée. Actuellement je ne puis que reproduire le récit de son confesseur. Il donne, me semble-t-il, particulièrement à réfléchir.
Donc, à l’époque ci-dessus indiquée, la voyante ayant, comme chaque matin, assisté à la messe, disait la prière à saint Michel qui précède les trois invocations au Sacré-Cœur : Sancte Michael archangele, defende nos in prælio…
A ce moment même, le chef des milices célestes lui apparut, à la droite de l’autel. Il éleva, comme pour l’offrir à Dieu, l’épée qu’il tenait à la main. Ensuite, tandis qu’une expression de tristesse indicible passait dans son regard, il la mit au fourreau. Et sa face lumineuse devint toute sombre.
Selon sa coutume invariable, dès le premier entretien qu’elle eut avec son directeur, elle lui confia ce qu’elle venait de voir. Le prêtre lui demanda si elle avait reçu, en outre, quelque révélation sur le sens de ce geste.
« L’archange n’a rien dit, répondit-elle, mais j’ai cru comprendre qu’il avait reçu l’ordre de laisser, pour un temps, l’enfer se répandre en fléaux sur le monde. »