La guerre vint. Lamouroux, adjudant puis sous-lieutenant, combattit, en première ligne, à la bataille de l’Aisne, puis dans les tranchées. Toutes ses lettres de cette époque marquent un abandon total à la volonté de Dieu, une compréhension vive des merveilles de la souffrance purificatrice et un sentiment du devoir fortifié par la foi. Il écrivait, par exemple, à sa femme :

« Si je te disais que je ne m’ennuie pas, tu penserais que je n’ai pas de cœur ou que je mens. Et, en effet, ce serait un mensonge. Mais je t’assure que je supporte cette longue épreuve sans la moindre amertume. Est-ce le sentiment du devoir, la joie du sacrifice, le fruit de la prière ? Il y a dans cette force qui me soutient un peu de tout cela et beaucoup de la grâce de Dieu… »

Le 5 octobre 1915, un sergent de sa section, son ami, catholique fervent, comme lui, écrivait à sa femme : « J’ai la douleur de vous apprendre la mort de M. votre mari. Il est mort en héros, à la tête de sa section, au combat du 3 octobre. »

Ses soldats l’aimaient et le pleurèrent. Le bien qu’il leur fit est spécifié dans ce passage d’une lettre écrite par l’un d’eux :

« Je perds mon plus intime ami et j’aime mieux ne pas penser que ces soirées de discussion, si fructueuses pour moi, sont à jamais disparues ! Car je perds un directeur de conscience qui avait déjà pu voir les heureux effets de sa parole sur son disciple. Je m’efforcerai de devenir digne de lui… Il n’est d’ailleurs pas mort puisque ce qu’il y avait de meilleur en lui survivra y dans ceux qui l’ont approché… »

Comme on le voit, Lamouroux, brûlant de reconnaissance envers Dieu, s’était fait l’apôtre que doit être tout converti qui a conscience de l’immensité des grâces reçues. Il ne se contente pas de savourer solitairement le Pain de Vie ; il veut le partager avec autrui… Rendant compte d’Ames nouvelles, le docte et perspicace critique de la revue : l’Ami du Clergé, l’abbé Cothenet a dit : « On a, dans la presse, dépensé beaucoup d’encre et de poudre à pourfendre la mentalité dite primaire. N’a-t-on pas trop perdu de vue que les primaires sont des hommes et que, vis-à-vis de ces âmes le chrétien a des devoirs ? Nous trouvons tous sur notre chemin, un jour ou l’autre, l’instituteur laïque. Il faut le connaître pour lui faire du bien. C’est faute de le connaître que tant de coups, dans notre camp, ont porté à faux et c’est pourquoi le livre du Père Bessières se recommande instamment à la lecture et à la méditation de tous les catholiques. Interficite errores, diligite homines, exterminez les erreurs, mais aimez les hommes. Le double précepte de saint Augustin a rarement été aussi bien accompli que dans ces pages du Père Bessières. »

L’abbé Cothenet a raison : ce livre contient tout ce qu’il faut pour éclairer bien des âmes noyées dans les ténèbres du matérialisme militant. Répandons-le.


Il y a des âmes élues qui n’ont pas besoin de regarder longtemps la société mondaine pour en découvrir le vide, la vaine agitation et les penchants très bas sous un vernis d’élégance. S’adonner aux fanfreluches et aux caquets médisants, parader dans les salons, fleureter avec de jeunes cormorans qui, tout en leur prodiguant les fadeurs, supputent à part soi le chiffre de leur dot, ne saurait les séduire. Elles sentent, d’une façon profonde, qu’elles sont appelées à quelque chose de plus élevé — à l’oraison, au dévouement, au sacrifice. De bonne heure, la vocation les sollicite et se fait tous les jours plus insistante. Bientôt, elles l’écoutent et elles vont à la vie religieuse, afin de se fondre en Dieu comme, le long d’une pente rapide, un ruisseau de montagne descend se mêler au fleuve salubre qui l’emmènera se perdre, avec lui, dans un océan sans limites.

Telle fut la jeune Lucie D. M. dont Mgr Landrieux a narré la courte existence dans ce livre exquis : Une Petite Sœur[27].