[27] Mgr Landrieux, évêque de Dijon : Une Petite Sœur, 1 vol., librairie de la Bonne Presse.
D’après lui, je t’esquisserai, à grands traits, l’histoire de la vocation qui, presque malgré elle, entraîna cette prédestinée.
Tout enfant, elle possédait déjà cet amour de la nature et ce goût de la solitude qui caractérisent de telles âmes.
« Elle a lu, dit son biographe, à pleines pages, dans ce beau livre de la nature, avant de connaître son alphabet. Son imagination, saisie, dans la fraîcheur de ses premières impressions, par la grandeur de ces spectacles, s’est éveillée, loin des banalités de la vie, au contact direct des œuvres de Dieu. Sous l’influence de cette leçon muette et pénétrante des choses, à l’âge où les naïfs étonnements de la raison se mêlent, sans les troubler, aux candeurs de la piété, elle a pris conscience du monde et d’elle-même… L’Océan l’attirait. Elle aimait à s’installer sur la plage avec ses livres et ses cahiers. Elle y revenait à tous ses moments libres, absorbée, des heures entières, elle si vive, dans ces rêveries sans fin qui s’achèvent si vite en prières. »
Comme il arrive souvent chez les âmes de cette catégorie, ce penchant à la méditation dans la solitude s’alliait à une grande indépendance de caractère qui tolérait difficilement un joug quel qu’il fût. « Pas toujours maîtresse d’un premier mouvement, mais prompte à se ressaisir, elle a cherché d’abord, dans son amour-propre, un frein à ses passions ; puis, peu à peu, le sentiment du devoir a dominé ».
Elle-même s’effrayait de ses dispositions à la révolte : « Ma colère me fait peur, écrivait-elle, et je me demande jusqu’où j’irais si je n’étais pas chrétienne ».
Afin de se dompter « elle dormit, toute une nuit à même le plancher de sa chambre, non par mortification mais par orgueil, pour la satisfaction d’avoir ménagé à sa volonté ce triomphe sur la nature ».
Ainsi que le constate fort exactement Mgr Landrieux, « ces natures-là sont les meilleures ou les pires : elles ne s’attardent jamais dans la médiocrité ».
A quinze ans, au couvent de l’Assomption où elle faisait ses études, « elle s’était juré de ne subir aucune influence, de se renfermer en elle-même et de porter seule le secret de sa vie intime ».
Elle écrit : « Lorsque, pour la première fois, j’ai entendu parler de directeur et de direction, affirmer qu’on ne devrait pas se conduire toute seule dans la vie, je me suis dit, avec un orgueil qui me frappe maintenant : — Jamais je ne confierai rien de moi à qui que ce soit. Personne ne me conduira. Tant pis si je me perds ! »