« Je suis bien impatient d’arriver à des conclusions qui fixent ma vie et ma pensée. Mais je sens qu’il faut modérer cette impatience et attendre et souffrir et être inquiet pour payer en quelque sorte les péchés d’esprit de ma jeunesse folle et mériter que la porte étroite s’ouvre devant moi — la porte de Lumière !… Voilà où j’en suis ; mais je sens bien qu’il ne faut pas se contenter d’attendre et d’espérer. Il faut prier, me dis-tu. Oui, tu dois avoir raison : la discussion irrite ; la spéculation lasse ; la méditation elle-même est vide et inutile sans la prière. Je veux faire cet effort ; je veux m’engager à faire une prière le matin et soir. Et pour que cette promesse je ne puisse pas la reprendre, c’est à toi que je la fais, que j’en confie le dépôt. »

Il en était à cette période de la conversion où l’âme sent, d’une façon intense, que le temps des hésitations est passé, et que, seule avec elle-même, elle ne peut plus rien pour avancer vers Dieu. Alors les derniers linéaments de l’orgueil se rompent en elle. Le néophyte s’agenouille et il demande le secours de ce nouveau-venu mystérieux le Saint Esprit. Il le sentira désormais rayonner, presque palpable en lui.

Telle fut l’influence bienfaisante de la prière humble et contrite sur Lamouroux, qu’en avril 1914 il se décidait à faire une retraite à la Villa Saint-Régis « dans l’isolement, le calme et la méditation ».

Voici dans quels sentiments il s’y donna :

« Mon Dieu, écrit-il sur son carnet, que mon cœur soit une cire molle et palpitante entre vos doigts ; que ma volonté soit votre servante… Seigneur, mon âme est lourde de ses péchés… Parlez, mon Dieu, parlez à mon cœur pour le changer, tandis que les vérités que je lis frappent et persuadent mon esprit. »

Ainsi disposé, il avance rapidement dans la voie purgative. Une faim pressante lui vient de recevoir l’Eucharistie. Le Vendredi-Saint, il écrit :

« Mon Dieu, je vous ai volé : j’ai gaspillé vos dons. Il ne me reste plus qu’une espérance : me jeter à vos pieds. Je m’abandonne entièrement à votre volonté. »

Et enfin, le jour de Pâques, il écrit au Père Bessières :

« Dieu soit béni ! C’est fait ! Comment t’exprimer ce monde de pensées où j’ai peine à me retrouver ? Pendant ces trois jours de solitude, j’ai médité, j’ai prié, j’ai vu. J’ai senti deux bras tendus vers moi. Je m’y suis jeté. Maintenant, c’est la paix, une paix immense que je n’avais jamais connue. Je n’aurais jamais cru pouvoir connaître tant de joie ! Je me suis confessé et je me suis retrouvé une âme toute jeune… »

Mais il faut lire toute la lettre. Je vous y renvoie. Je ne connais pas de « témoignage » où les effets de la Grâce illuminante soient mieux attestés ; ce n’est pas de la littérature, c’est bien plus haut ; c’est le cri d’allégresse d’un ressuscité d’entre les morts. Comme le dit fort bien le Père Bessières « ces pages rendent le son d’une âme magnifique ; c’est l’esprit d’un recommencement d’Évangile, d’un printemps de la foi, d’une renaissance catholique. »