« Je veux par dessus tout me sanctifier. Or les moyens de sanctification sont plus abondants dans la vie religieuse… Et puis le Bon Dieu m’appelle. Je le sens bien. Ses sollicitations sont discrètes. Elles datent déjà de trois ans. J’y veux répondre puisque j’ai compris. »
Elle spécifiait aussi qu’elle ne se sentait pas faite pour la vie contemplative ni pour l’enseignement et elle ajoutait : « Je serai Sœur de Charité. J’aime passionnément les pauvres et je veux me donner aux malheureux, me sentant un ardent désir de travailler au salut des âmes sans autre récompense que Dieu seul… »
Tu liras dans le livre de Mgr Landrieux les cruelles épreuves et les contradictions qu’elle eut à subir avant d’être mise à même de répondre à son attrait. Lorsque Dieu appelle une âme à suivre Jésus-Christ, il lui donne la croix à porter et il la maintient dans la voie douloureuse. Mais quelle récompense une fois qu’elle est arrivée au sommet du Calvaire !
Je te dirai seulement que Lucie ne devint pas une fille de Saint-Vincent de Paul. D’une façon fort imprévue, elle entra dans la congrégation des Petites-Sœurs de l’Assomption dont la règle se résume fort exactement en ces paroles de son fondateur le P. Pernet : On soignera les pauvres, rien que les pauvres, pour rien, toujours pour rien.
Ce précepte est développé dans les principaux articles de la Règle dont voici la substance :
« La Petite-Sœur ne voit, dans la maladie, qu’un prétexte pour entrer. Son but, c’est de restaurer dans le Christ la famille ouvrière. Elle ne se contente pas de faire une apparition dans la mansarde, au foyer du pauvre. Elle s’y installe à titre d’infirmière, de servante, de bonne à tout faire, quatre heures le matin, quatre heures le soir. Elle retrousse ses manches et met son tablier. Quand le malade a été soigné, les enfants lavés, peignés, habillés, elle fait le ménage, la cuisine, tout ce que ferait la mère et souvent davantage… La Petite-Sœur va dans les milieux où le prêtre ne saurait pénétrer. A force de patience, d’humilité, d’attentions, d’égards, elle ouvre les cœurs à la confiance. Et alors, un mot du Bon Dieu arrive aisément jusqu’à l’âme : conversions, abjurations, mariages réhabilités, premières communions tardives, baptêmes d’adultes — voilà les œuvres courantes de la Petite-Sœur. »
Lucie, portée à l’héroïsme, s’enflamma pour ce sublime programme. Elle fut admise au noviciat et s’y montra bientôt l’une des plus joyeusement zélées pour devenir une religieuse irréprochable. Elle allait faire profession, quand elle tomba gravement malade. Il n’était pas dans les desseins de Dieu de la laisser en ce monde. Sans doute, voulait-il qu’elle restât, pour les novices futures, le modèle idéal de la probation. Elle mourut à vingt-quatre ans, le sourire aux lèvres.
Dans le petit calepin où elle notait ses pensées au jour le jour, on trouva ceci : « L’oubli de soi, c’est le secret de la sainteté. » Elle avait appliqué intégralement cette maxime.
Et pourquoi ne pas terminer ces Lectures comme nous les avons commencées — par des vers ? « De la musique avant toutes choses ! » disait Verlaine. Après aussi.