Mais si tu es le chrétien qui se veut toujours plus épris de Jésus, tu éliras la bienheureuse solitude parce que c’est seulement en ses refuges que tu pourras recevoir pleinement la lumière qui émane du Bon Maître.
Sur la montagne, au cœur de la forêt, parmi l’atmosphère argentée qui baigne les hauts plateaux, parmi le murmure des brises, à travers les feuillages onduleux, ton âme se sentira enfin libre de se perdre joyeusement dans les splendeurs vivantes de l’Éternel Amour.
En cette solitude bénie, tu goûteras le silence et, par le silence, tu goûteras Dieu. Car la sainte Mère Marie de Jésus nous l’enseigne :
« Le silence est la loi même et l’habitude de Dieu. De toute éternité, il existe une vie intense qui va du Père au Fils et à l’Esprit Saint ; et cette vie se passe dans le silence absolu. La vie aussi que Dieu communique à la nature organisée est une vie silencieuse : la sève monte, l’arbre bourgeonne et fructifie dans le silence.
« Si Dieu s’approche pour parler à ses créatures, c’est dans le silence qu’il se manifeste, suivant l’admirable témoignage de saint Jean de la Croix : le Père a dit une seule parole, c’est son Verbe et son Fils ; il la dit éternellement dans un éternel silence et c’est dans le silence que l’âme l’entend… Le silence, c’est de l’amour. C’est l’aide que nous donnons à Dieu pour qu’il puisse nous combler comme il le veut[28]. »
[28] Texte cueilli dans la Vie de Mère Marie de Jésus. Les Carmélites de Paray-le-Monial ont bien voulu me communiquer les épreuves du livre où elles racontent l’existence, les œuvres et les vertus de leur Fondatrice.
Ami, je n’ai nullement qualité pour te conseiller une voie plutôt qu’une autre.
Si Dieu te destina aux œuvres extérieures, s’il te faut garder la solitude et le silence intérieurs parmi les remous et les babils du siècle — tâche très ardue mais possible moyennant la Grâce — suis docilement sainte Marthe.
Mais si tu es de ceux dont l’Aréopagite a dit que « non seulement ils conçoivent Dieu mais qu’ils sentent la divinité vivre en eux » tu feras comme Marie : tu resteras agenouillé aux pieds de Notre-Seigneur, tu y répandras, comme un parfum, ton oraison pour tes frères tumultueux du monde ; tu te fixeras en une retraite très cachée, loin des villes, au sein de la grande nature ; et là tu goûteras les harmonies profondes de la solitude et du silence — en Dieu.
Laisse-moi te décrire quelques-unes des joies qui te seront alors prodiguées.