« J’ai su que ce ruisseau signifiait la vie unitive, fondue continuellement en Dieu, où je pourrais être admis si je restais fidèle à la Croix dont Jésus m’a fait la faveur de charger mes épaules… Je ne puis m’expliquer davantage. Ce que j’ajouterai, c’est que cette image occupa, en les illuminant, toutes les puissances de mon être jusqu’au matin et que le murmure de l’eau mélodieuse ne cessa de résonner en moi durant toute la journée qui suivit. »

Il se tut quelques instants, les yeux fixés ailleurs que sur la terre. Puis il reprit : « On ne peut confondre ces images, qui viennent de Dieu, avec celles que nous présente parfois notre imagination. Celles-ci s’effacent rapidement sans nous laisser aucun souvenir et sans nous avoir incités à la vertu. De même, les simulacres, que le Démon tente parfois d’insinuer en nous, ne réussissent pas à leurrer, d’une façon persistante, l’âme en état de grâce. D’abord chatoyants, ils ne tardent pas à s’obscurcir. Et puis ils apportent bien vite du trouble et des pensées fangeuses. Un signe de croix suffit à les dissiper. »

Et il conclut, les maintes jointes, le regard vers son Crucifix : — « Seigneur Jésus, ne permets pas que l’Ennemi se déguise en ange de Lumière pour substituer ses images fallacieuses à celles que ton Amour daigne parfois m’octroyer quoique je ne les mérite aucunement… »


Un autre jour encore, Lapillus me dit : « Il y a plus haut que les images. Il y a cette contemplation involontaire où l’on distingue les choses de ce monde unies aux choses du Ciel par un regard d’âme indicible parce qu’il relève de notre seule intelligence unie à celle de Dieu… Dimanche dernier, à la grand’messe, le peuple et le clergé, tous ensemble, chantaient le Credo. Je chantais aussi quand, tout à coup, il me sembla que chacun des articles, proférés en toute ferveur, devenait — une synthèse. Je vis, pas des yeux du corps, mais d’un regard d’âme ineffable, les Apôtres réunis, sous la présidence de la sainte Vierge, promulguer, pour tous les siècles, l’autorité immuable du Credo. Je vis, simultanément, l’Incarnation s’irradier en Marie ; je vis les hérésies aboyer autour de ces Dogmes, comme des chiens enragés. Je vis — ah ! je vis la communion des Saints sur terre, en Purgatoire, en Paradis. Et je vis Jésus vivre continuellement en nous par le Credo… »

Il se tut un peu. Puis il reprit d’une voix qui sonnait comme une harpe éolienne : « Seigneur Jésus, garde-moi de l’orgueil. Fais que je ne perde pas de vue un seul instant que cette Lumière, je la dois à ta seule miséricorde et non pas à mon mérite. Je ne suis rien, je ne vaux rien, je n’existe pas — hors de ton Sacré-Cœur… »

FINAL

Mon Jésus, il y a des minutes d’infatuation où je me figure que je t’aime comme tu veux être aimé. C’est alors que je reproche aux autres leur indifférence à ton égard tout comme si, moi-même, je n’étais pas le pire des indifférents !

Or, afin de me remettre à ma place, c’est-à-dire dans la brousse, au pied de la sainte Montagne, tu me rappelles mes ingratitudes, tandis que tu montais au Calvaire par la Voie douloureuse.

Permets que j’écrive tes enseignements.