Certes, on ne leur demande pas d’empoigner des armes et de fondre, en vociférant un chant de guerre, sur la cohorte impie des profanateurs. Dans notre siècle, les âmes de Croisés se font rares. Mais qu’au moins, ils aient le courage de se grouper au pied du Crucifix et de répondre aux menaces, aux injures et aux dérisions des sectaires qui l’assaillent : — Nous sommes chrétiens. Cette croix c’est l’étendard de notre Roi. Avant de la détruire, il faudra nous tuer.

L’athée criera peut-être au fanatisme. Pourtant, soyez sûrs qu’en lui-même il éprouvera du respect pour les intrépides qui mourraient plutôt que de dissimuler leur foi. Au contraire, si, afin de montrer que vous êtes capables de « servir deux Maîtres, » vous fuyez le Golgotha sous prétexte que cette colline est mal abritée contre les simouns qui soufflent du désert ; ou bien, si pour montrer que vous avez l’esprit large, vous gardez le silence quand l’ennemi outrage votre Dieu, l’ennemi méprisera votre lâche prudence et, vous écartant de son chemin, comme des savates éculées, il poursuivra son avantage. Alors, par votre faute, Jésus boira le fiel et le vinaigre, sera percé de la lance et couvert de crachats une fois de plus.

N’est-ce pas la pire des indifférences votre marche oblique entre Dieu et le Démon ? Et quel sort l’attend ?

Probablement celui que rapporte Dante ;

« … Des soupirs, des plaintes, des cris aigus retentissaient dans l’air sans étoiles, de sorte que je me mis à pleurer.

« Langages divers, horribles jargons, paroles de douleur, accents de colère, voix aiguës et rauques et, avec elles, des bruits de mains produisaient un tumulte qui tourbillonnait sans cesse dans cette atmosphère éternellement obscurcie, pareil aux mouvements du sable agité par la tempête.

« Et moi, qui avais la tête ceinte d’horreur, je dis : «  — Maître, qu’est-ce que j’entends et quelle est cette race qui semble si abattue par la douleur ? »

« Et lui : «  — Ce sort misérable est celui des tristes âmes de ceux qui vécurent sans infamie et sans honneur. Elles sont mêlées au chœur détestable des Anges qui ne furent ni rebelles ni fidèles à Dieu, mais qui se tinrent dans la neutralité par égoïsme… La Miséricorde comme la Justice les dédaignent. N’en parlons pas, mais regarde et passe. »

« Et je vis une si longue file de gens que je n’aurais jamais cru que la mort en eût tant détruit… Tout de suite, je compris, d’une façon certaine, que c’était le troupeau des lâches qui déplaisent à Dieu autant qu’à ses ennemis. Ces pleutres qui ne furent jamais dignes de vivre, étaient nus et aiguillonnés sans cesse par des taons et des guêpes qui se trouvaient là. Ils leur rayaient le visage d’un sang qui, mêlé de larmes, tombait à leurs pieds et était recueilli par des vers infects… » (Dante : l’Enfer, chant III.)

LETTRE II
D’APRÈS L’IMITATION