Lisons quelques passages de son récit :

« Devant Jésus parurent toutes les souffrances futures de ses apôtres, de ses disciples, de ses amis… Il vit la tiédeur, la corruption, la malice d’un nombre infini de chrétiens, le mensonge et la fourberie des docteurs orgueilleux, les sacrilèges des prêtres impurs et les suites affreuses de leurs actes… Je vis passer devant l’âme du pauvre Jésus les scandales de tous les siècles jusqu’à la fin du monde. Les apostats, les hérésiarques, les corrupteurs et les corrompus l’outrageaient et le tourmentaient comme n’ayant pas été suffisamment crucifié. Beaucoup le maltraitaient, le reniaient ; beaucoup secouaient la tête avec moquerie en le regardant et fuyaient les bras qu’il leur tendait… Il en vit une infinité d’autres qui s’écartaient, avec dégoût, des plaies de son Église comme des enfants lâches et sans foi abandonnant leur mère au moment de la nuit, quand viennent les voleurs et les meurtriers auxquels leur négligence ou leur malice a ouvert la porte… Il vit une foule d’hommes tantôt séparés de la vraie vigne, tantôt comme des troupeaux égarés, conduits par des mercenaires dans de mauvais pâturages… Ivres d’eux-mêmes, ils n’avaient ni froment pour leur faim, ni vin pour leur soif… Il me fut dit que ces quantités innombrables d’ennemis du Sauveur étaient ceux qui le maltraitaient de différentes manières dans le Saint-Sacrement. Je reconnus parmi eux toutes les espèces de profanateurs de la divine Eucharistie. Il y avait là des aveugles qui ne voulaient pas voir la Vérité, des paralytiques qui ne ne voulaient pas marcher avec elle, des sourds qui refusaient d’écouter ses avertissements, des muets qui se dérobaient pour ne pas la défendre par la parole, des enfants égarés à la suite de leurs parents et tous ceux qui oublient Dieu, qui se dégoûtent des choses célestes et qui, ayant dépéri loin d’elles, sont devenus à jamais incapables de les goûter… Je vis encore, autour de Jésus, des clercs irrévérencieux, des prêtres légers dans la célébration du Saint-Sacrifice, des masses de communiants tièdes ou indignes… Ah ! c’était un horrible spectacle car je voyais l’Église comme le corps de Jésus et cette masse d’hommes déchiraient, arrachaient, dispersaient des morceaux palpitants de sa chair vivante… »

Ayant lu ce passage, mon instructeur reprit…

Ne cesse de te répéter, homme au cœur partagé, que toutes ces tortures subies par ton Sauveur tu les renouvelles chaque fois que tu le négliges pour vivre selon les maximes de ton époque. Vois-tu, la Passion n’est pas un événement désormais historique, qui eut lieu une fois pour toutes, et dont il ne reste qu’une date à classer dans le même carton que celles de la construction de la Tour Eiffel ou de l’invention de l’automobile. Elle est une réalité toujours vivante et qui, comme l’a dit Pascal, « durera jusqu’à la fin du monde ».

Si donc tu entends mériter l’amour de Jésus, si tu veux que sa parole : « Le royaume du Ciel est en vous » te soit un viatique, efforce-toi de lui obéir quand il te dit : « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce d’abord à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. »

Le suivre ? Est-ce égrener trente-six chapelets à la file en pensant aux fluctuations de la rente ? Est-ce glapir avec nonchalance des cantiques émollients à la gloire du Sacré-Cœur en écartant l’idée que ce symbole, surmonté de la croix, enlacé de la couronne d’épines, signifie amour par la souffrance ?

Non, c’est accompagner Jésus au Calvaire.

Mais si tu refuses de souffrir avec lui, crains que Jésus ne refuse d’agréer le vain cérémonial de tes hommages. Et crains de devenir le figuier stérile qu’il coupe et qu’il jette au feu…

Ami, je crois que cette instruction te sera salutaire, comme elle me le fut ; c’est pourquoi je te la transmets.

Note.