Et je ne sais pas bien ce que j’ai de réel…

— Mais, ajouta-t-il, cet expédient ne me console pas toujours… Ah ! j’aimerais mieux croire !

— Croire, s’écria un philosophe imbibé de déterminisme, cela se pouvait avant le règne de la science. Mais ce stade de l’évolution est aujourd’hui dépassé. Que certains le regrettent, c’est leur droit ; quant à remonter le courant, pour tout esprit cultivé, c’est impossible.

Alors Coppée, très doucement : — Moi, je crois.

— Vous croyez, s’exclama Sully-Prudhomme, en tendant les mains vers lui, vraiment, vous croyez ?… Ah ! que vous avez de la chance !…

— Vous allez à la messe ? demanda un autre avec un sourire mi-indulgent, mi-méprisant.

— Je vais à la messe, répondit Coppée.

Il y eut un silence bref ; puis ce fut comme une débâcle d’irréligion. Chacun expliqua ses motifs d’écarter le catholicisme de son existence. L’un dénonçait l’absurdité des dogmes ; l’autre, à leur encontre, vantait les splendeurs du paganisme antique ; un troisième préconisait la morale d’Épicure. Chez tous se révélait, pour un observateur, une sorte de haine sournoise contre l’Église. Ce n’était pas exprimé crûment mais cela serpentait sous toutes les paroles échangées.

Quand ils eurent fini, Coppée, qui avait écouté sans interrompre, dit avec calme : — Tout cela, c’est parce qu’on ne veut pas se confesser.

Ils le regardèrent, pleins d’une stupeur irritée. On peut admettre que Coppée avait touché juste car ils se hâtèrent de détourner la conversation, tandis que Sully-Prudhomme reposait sa tête sur l’oreiller en exhalant un grand soupir d’angoisse…