Le chef de gare, congestionné d’émotion, accourt à sa rencontre et s’incline presque jusqu’au marchepied. Sa casquette balaie le sol et il marmotte, d’une voix entrecoupée, une phrase d’humble bienvenue.

Les employés, tête nue également, fléchissaient comme des joncs à la brise. Leur échine dessinait un accent circonflexe. Quant aux voyageurs, ils s’épuisaient en salutations réitérées. Même, la tenancière du petit local où l’on voit souvent s’engouffrer des gens avides d’isolement, se tenait le plus près possible, des papiers et un petit balai à la main. Elle ne cessait de plonger en de larges révérences. Tenez pour certain qu’elle eût considéré ce jour comme le plus beau de son existence si Rothschild avait daigné stationner quelques minutes dans son établissement.

Mais le potentat de Banque ne regardait personne. A peine s’il fit un petit geste protecteur à l’adresse du chef de gare qui, toujours plié en deux, l’accompagnait vers sa voiture. Lorsqu’il passa devant les hommes d’équipe, ceux-ci se courbèrent si bas qu’on eût cru qu’ils allaient baiser la poussière.

Quant à moi, Rothschild ne faisant point partie de mes relations, je n’avais aucune raison de le saluer. Je le regardai donc tranquillement, les mains derrière le dos et le chapeau sur la tête. En me croisant, il ne me lança qu’un coup d’œil oblique comme si mon attitude le surprenait. Mais la mine du chef de gare témoignait du scandale inouï que lui causait mon crime de lèse-Plutus.

Dès que le Haut-Shylock se fut installé dans le coupé, qui partit aussitôt, le préposé à la circulation ferroviaire revint sur moi et me demanda d’un ton à la fois réprobateur et affligé : — Vous n’avez donc pas reconnu le baron de Rothschild ?

Son intonation était la même que s’il m’eût dit : « Pourquoi ne rends-tu pas hommage à Dieu ? »

Je lui répondis avec douceur : — Ce monsieur ne m’a pas été présenté… Et je lui tournai le dos tandis qu’il demeurait cloué sur place, plus étonné que s’il m’avait entendu faire une déclaration d’amour à la dame mafflue, gardienne du petit local…

Bien souvent depuis, je me suis remémoré cet épisode. Considérant la destinée mystérieuse du peuple juif, me rappelant les sages précautions que prenait l’ancien Régime pour les maintenir hors de ses cadres, une fois de plus j’ai reconnu les maux qui naquirent du sophisme égalitaire, générateur d’envie et de discordes. L’esprit de la Révolution les propage parmi nous, car Démocratie, cela implique ploutocratie[10]. Et comme les Juifs sont les ploutocrates par excellence — ils ont contribué, plus que quiconque, à édifier cette maison à l’envers : la société contemporaine. — D’ailleurs, ils y jouent un double rôle : empereurs de la finance, ils nous épuisent par leurs pratiques d’usure cosmopolite ; fournisseurs de subventions au socialisme ils sapent, avec ironie, les assises vermoulues des régimes qu’instaura tour à tour la bourgeoisie née des principes de 89. Ils sont les vrais bénéficiaires du cataclysme horrible, qui, hier, ébranla et qui continue d’ébranler le monde. Parasites ou destructeurs, il semble que les Juifs soient les instruments de la colère divine. Et qui sait ce qu’ils seront demain ?

[10] C’est ce que Charles Maurras a merveilleusement démontré dans l’Avenir de l’Intelligence et ailleurs.

Un fait constant, c’est que, d’une façon plus ou moins avouée, ils haïssent l’Église. Le Crucifix, pour tout Juif sincère vis-à-vis de lui-même, constitue un outrage permanent à son orgueil. Aussi, comme ils rêvent de l’abolir, de le noyer à jamais dans la boue du matérialisme pesant dont ils étouffent les âmes d’un grand nombre de nos contemporains !…