« Ils restent appuyés, dans l’ombre, aux murs des basiliques sonores de cantiques. Et, parmi ceux qui passent au rythme des processions lentes, les uns jugent : « Ce sont des orgueilleux qui veulent se différencier ou se faire comprendre. » D’autres songent, effleurés d’anxiété : « Peut-être qu’ils ne savent comment vivre ? Mais tous, n’avons-nous pas traversé de semblables heures ? Y a-t-il une seule âme qui ne se torde d’angoisse et ne sanglote lamentablement dans les bras de quelque pauvre rêve…? »
« Seulement, toutes les souffrances ne se ressemblent pas. Les unes sont comme des enfants sages qu’on vient prendre par la main, pour les emmener, quand quelqu’un meurt dans la maison. Elles s’endorment et se tranquillisent.
« Eux, leur souffrance est une vierge folle que personne n’a jamais consolée.
« Passionnément, ils ont vécu toutes les morales. Ils ont cru qu’il fallait être soi, et follement ils ont tenté de se suffire, ne cherchant que l’affirmation de leur être dans l’amour ou dans la pitié. Puis, s’étant dépassés, ils ont voulu vivre pour les autres. Formule incomplète et transitoire !… Alors, il leur fallut trouver Dieu ou mourir.
« Ils ont cherché Dieu, et non plus par la seule intelligence, fumée bleue du trépied que renverse l’angoisse de l’âme. Ils ont cherché Dieu par la vie, par toutes les vies puisque, par l’Amour enseignés, ils étaient devenus l’ardeur, la faim, la misère de toutes les vies.
« Et la morale chrétienne leur apparut, morale si haute qu’aucune vie ne l’exprima jamais, morale de la hâte où toujours quelque chose de plus grand reste à faire… »
Méditez ces phrases, sombres et sereines à la fois, chargées de mélancolie grandiose comme une sonate de Beethoven. Ames d’oraison, vous y reconnaîtrez la Beauté mystique.
C’est donc la marche douloureuse d’anxieux pèlerins en quête de Jésus, à travers les campagnes mornes et les villes enfumées d’une terre où même les Pauvres se détournent de l’Amour éternel. La maison de leur enfance leur sera revêche ; les faubourgs bruyants les rejetteront ; les auberges des villages ne leur seront pas accueillantes. Ils se sentiront affreusement solitaires. Alors :
Il leur restera dans des trains noirs de misères,
De fredonner à la manière des enfants,