Mais lorsque, à propos de Lourdes, notre ami tente de greffer quelques brins de vérité révélée sur les sauvageons de l’erreur, il joue un jeu dangereux où il ne nous aura point pour partenaires.

Je vous ai montré le mauvais Joseph Serre. Je vais vous montrer le bon.

Je trouve ce dernier dans une brochure qu’il publia naguère sous les auspices de la revue lyonnaise : l’Université catholique. Elle traite de Tolstoï[21].

[21] Le Penseur chez Tolstoï, 1 brochure de 63 pages, Vitte, éditeur.

On sait le don d’évocation de ce génie désordonné — barbare au sens où l’entendaient les Grecs. Les personnages de ses romans : Anna Karénine, la Guerre et la Paix, même ceux de Résurrection vivent d’une vie intense. La société russe, à trois époques différentes, est peinte de façon à nous donner l’impression totale de la réalité. L’inspiration s’avère désenchantée mais là n’est point la tare. En effet, lorsqu’on étudie l’humanité d’un peu près, il est difficile de la voir en beau. Quoique diffus, lents et dénués de composition, ces livres révélaient une telle capacité d’analyse psychologique, tant de talent descriptif qu’il fallait tenir Tolstoï pour un écrivain et, çà et là, un moraliste perspicace.

Par la suite, ce Grand-Russien, mâtiné de Tartare, crut se découvrir une mission.

Formulant en préceptes une conception antisociale de l’existence, recommandant, comme un idéal, le somnambulisme où s’attarde l’intelligence rudimentaire des moujicks les moins civilisés et des hordes errantes de la steppe, il s’efforça de l’inculquer à ses contemporains. Apôtre de l’anarchisme sentimental, il préconisa une sorte d’évangélisme trouble, vidé de son contenu surnaturel et qui, en somme, se basait sur le sophisme de Rousseau : l’homme naît bon ; ce sont les institutions mauvaises qui le déforment.

Tolstoï connut, quelque temps, une vogue extraordinaire. En France, ce fut Melchior de Voguë — très brave homme avec, parfois, des velléités d’avoir du talent mais chimérique au plus haut degré — qui le fit d’abord connaître, sans y entendre malice. L’exotisme servit de passeport aux paradoxes tolstoïens. On ne semblait pas s’apercevoir qu’ils reproduisaient simplement, en un bizarre mélange, outre les rêveries de Rousseau, l’hérésie des Fratricelles et les divagations de certains sous-encyclopédistes, précurseurs de la Révolution, Morelly par exemple.

Vers la fin du dix-neuvième siècle, Tolstoï fut un oracle pour un grand nombre d’esprits dévoyés. Ses théories étaient surtout propagées par des Juifs, issus des Ghettos de Lithuanie et de Pologne. Obéissant à cet instinct dissolvant qui pousse sans cesse Israël à détruire les principes fondamentaux de la civilisation chrétienne, ces métèques exaltèrent Tolstoï sur tous les tons, comme le Prophète de la société future sans Dieu ni lois. Des Français naïfs les crurent et se mirent à leur unisson. Et l’engouement dura jusqu’à l’intronisation de Nietzsche, autre idole barbare, apportée de Germanie par des Juifs francfortois d’origine.

La guerre a balayé toutes ces folies. Les leçons qu’elle nous donna nous apprennent, à cette heure où la France se refait, à pratiquer un nationalisme très en garde contre les influences étrangères. Les cosmopolites du judaïsme crieront à l’étroitesse d’esprit et à la réaction. Mais s’ils élèvent par trop la voix, on pourra les prier de passer la frontière : Berlin ou le Moscou des bolchevicks leur seront des refuges tout indiqués…