Voici comment M. Mourret rapporte la séance où le dogme fut proclamé :

« Le 18 juillet, à neuf heures du matin, la session publique eut lieu, suivant le cérémonial ordinaire, dans la grande salle du concile. Au moment du vote, un orage, qui grondait sourdement sur Rome, depuis le matin, éclata tout à coup. Les placet des Pères luttaient avec l’ouragan, au milieu des grondements du tonnerre, à la lueur des éclairs éclatant à toutes les fenêtres, illuminant le dôme et les coupoles de Saint-Pierre. Cela dura sans interruption pendant une heure… Cinq cent trente-cinq Pères étaient présents. On entendit seulement deux non placet… Les deux opposants se soumirent, l’un et l’autre, aussitôt après la décision prise. On rapporte qu’au moment où le Pape sanctionna de son autorité suprême la Constitution dogmatique, un grand calme se produisit dans l’atmosphère et qu’un rayon de soleil illumina son visage. C’était le symbole de l’œuvre entière du concile, qui s’était ouvert et poursuivi au milieu de tant d’orages et qui se terminait dans la lumière et dans la paix. »

Savez-vous quels sont les catholiques qui apprécient le mieux les bienfaits du dogme de l’infaillibilité ? — Ce sont les convertis.

Voyez le témoignage de ce génial écrivain, de ce tendre apôtre dont l’âme fut une musique : Monseigneur Benson. Dans son livre : Confession d’un Converti, il décrit les angoisses où le maintenaient les fluctuations de la théologie anglicane et le désarroi de son âme éprise de stabilité dans la foi. C’était au temps où la Grâce n’avait pas encore triomphé de son éducation individualiste. Mais du jour où il entra dans la véritable Église, la joie de posséder enfin un Père infaillible le remplit de gratitude envers Dieu et de zèle pour servir la Vérité unique. Il la célébra en des pages qui touchent au sublime.

Et moi, pauvre balayeur au porche du sanctuaire, quand je me représente le Pape nous enseignant ex cathedra, je le vois auréolé des splendeurs vivantes du Paraclet, et les yeux pleins de larmes heureuses je remercie, une fois de plus, Dieu d’avoir voulu que je connusse l’obéissance et la paix dans la certitude, par la Sainte Église !


Ici, comme dans les deux lettres qui précèdent, tu te seras aperçu que je n’ai guère fait métier de critique. J’ouvre des livres çà et là ; je te dis en quelques mots pourquoi ils me plaisent et je t’en cite des passages qui, je l’espère, te donneront l’envie de les lire, à ton tour, d’un bout à l’autre. Car, vois-tu, ceux qui les écrivirent aiment Notre-Seigneur et il faut que tu l’aimes, toi aussi.

Le volume qui vient de me tomber sous la main a pour auteur le Père Albert Bessières (S. J.) qui fit toute la guerre comme aumônier d’un régiment de dragons. Il s’intitule : Ames nouvelles[26].

[26] Albert Bessières : Ames nouvelles, 1 vol. chez de Gigord, éditeur.

C’est le récit, avec lettres et témoignages à l’appui, de deux conversions d’instituteurs primaires : Pierre Lamouroux et Albert Thierry. Je prends Lamouroux.