Quant au titre : Sous l’Étoile du Matin, il place mon livre sous l’invocation de la Sainte Vierge. Il s’est imposé à moi dès que j’eus pris la plume, puisque je dois tout à Marie, puisqu’Elle est la Mère de la divine Grâce, faute de quoi je ne serais qu’un fort dégoûtant individu.
Protégez donc ce nouveau volume, comme vous avez fait les autres, ô belle Étoile du Matin, qui précédez le lever du Soleil de Justice dans tous les siècles des siècles. Laissez votre tendresse descendre sur le front du scribe débile qui, dans ses jours d’affliction comme dans ses jours de joie, vous apporte les fleurs des futaies sauvages où il aime vivre, afin que vous les enlaciez à la couronne d’épines de Votre Fils. Soutenez-le tout le long de sa route ardue et rappelez-vous qu’il n’est qu’un enfant maladroit qui tomberait à chaque pas si vous n’étiez là pour le soutenir et l’encourager. Ainsi soit-il.
Lourdes, 18 octobre 1909,
fête de saint Luc, évangéliste.
PREMIÈRE PARTIE
LES RONCES DU CHEMIN
Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam, et sequatur me.
Év. selon saint Mathieu : XVI, 24.
I
LA HALTE
Après les épreuves de la conversion, après cette période déchirante où il avait si longtemps tergiversé entre Dieu qui le sollicitait et le diable qui s’efforçait de le retenir, le pécheur repentant a reçu, pour la première fois, la Sainte Eucharistie.
Au contact purificateur de Jésus, son âme, naguère écrasée sous les blocs de boue durcie dont l’opprimaient ses péchés, se redresse et se dilate. Comme le dit si bien Taine, il a enfin conscience de posséder, pour l’avenir, « l’organe spirituel, la grande paire d’ailes indispensable pour soulever l’homme au-dessus de lui-même ».
Il est le pèlerin arrivé sur un sommet culminant, au centre d’une forêt où les chemins de mousse et les futaies pacifiques alternent avec des routes raboteuses et pleines de fondrières, avec des taillis hargneux où des herses d’épines barrent le passage, griffent la figure et les mains de ceux qui les affrontent.
Tout à l’heure, il faudra descendre. Aussi comme il goûte, en étanchant sa sueur, cette halte sous le sourire du ciel ! Étendu dans les fougères, il contemple l’océan des cimes moutonner à l’infini. Le vert bleuâtre des pins, le vert pâle des bouleaux, le vert bronzé des chênes et des hêtres se fondent en une vaste harmonie qui repose ses regards et amplifie l’essor de ses actions de grâces. Le parfum de la résine monte, dans l’air immobile, comme un encens. Le soir approche, à pas silencieux, car le soleil adouci commence d’effleurer les collines occidentales.