Peu à peu, de la consolation me vint par le souvenir du courant de charité que j’avais perçu, au sommet de la colline, entre le cœur meurtri de Jésus et le cœur poignardé de la Sainte-Vierge. Ma poitrine se dilata et mes larmes se firent moins amères. Réfléchissant à ce que j’avais vu et à ce qui m’avait été dit, je compris que, pour panser les plaies de mon bon Maître, il me fallait non seulement lui obéir par la communion fréquente, mais encore inciter quiconque à recevoir souvent le pain suprasubstantiel.
— Mon Dieu, m’écriai-je, je découvre enfin à quel point vous nous aimez. Il ne vous suffit pas de vous être sacrifié pour nos péchés. Il ne vous suffit pas d’être remis en croix tous les jours par nos iniquités. Vous voulez encore descendre continuellement dans nos cœurs arides pour les imbiber de la rosée de votre amour. Vous savez que nous ne valons rien, que nous ne pouvons rien sans le secours de votre Grâce et vous voulez nous la prodiguer avec tant d’abondance que nous soyons obligés de collaborer sans cesse à l’œuvre de la Rédemption.
Je vous obéirai, Seigneur, et puisque vous m’avez donné une plume pour vous servir, je l’emploierai à faire désirer votre Eucharistie par mes frères fidèles, mais attiédis, peut-être aussi par quelques-uns de ceux qui vous ignorent. Faites que ce dessein s’accomplisse à votre gloire et je ne veux pas d’autre récompense.
Fortifié par cette prière, je commençai tout de suite mon travail. La Sainte Vierge m’aidait car, depuis cette heure inoubliable, je fus mis à même d’exécuter mon vœu sans que rien de grave s’y opposât.
III
Ce livre a donc pour objet de faire aimer et pratiquer la Sainte Communion. Avant le rêve décisif dont je viens de retracer les péripéties, je n’en avais qu’une idée confuse et je ne savais trop quelle forme je lui donnerais. Le jour qui suivit le songe, tout s’éclaira. Le plan de l’œuvre m’apparut avec netteté ; ses différentes parties se rangèrent dans mon esprit ; je vis des chapitres entiers s’esquisser en moi. De sorte que, pendant plusieurs heures, plein d’une activité joyeuse, je n’eus qu’à fixer sur le papier les idées qui surabondaient dans ma tête. C’était comme une ligne de fanaux allumés, l’un après l’autre, par mon bon Ange.
Dans les pages qu’on va lire, je reprends les événements où je les avais laissés, à la fin de du Diable à Dieu. Toutefois, il ne s’agissait point ici d’écrire des mémoires, mais de montrer comment une âme contrite et bien dirigée peut progresser dans la vie intérieure, à travers de grandes luttes et de grandes peines ; comment elle acquiert, peu à peu, le désir puis le besoin de la communion fréquente ; comment elle reçoit, enfin, en récompense de ses efforts, ce dévorant amour de Dieu sans lequel la religion ne serait que formalisme et soumission craintive.
C’est pourquoi, je me suis servi, non seulement de mes expériences personnelles, mais des renseignements procurés par quelques-unes des personnes à qui les trois volumes qui précèdent celui-ci firent quelque bien.
A ce propos, qu’il me soit permis de remercier chaudement, à cette place, les belles âmes qui, par leur exemple, leurs entretiens et les centaines de lettres qu’elles m’écrivirent, et qu’elles m’écrivent encore, m’ont témoigné que j’avais atteint mon but, savoir : faire connaître Dieu davantage, obtenir, d’âmes qu’on croyait perdues, l’amour de Dieu. Pauvre lépreux, tiré et nettoyé du fumier matérialiste par l’intercession de la Sainte-Vierge, je continuerai. Je proclamerai, toujours plus haut, ma reconnaissance. Mon œuvre ne cessera d’être une action de grâces constante et un appel à tous pour qu’ils acceptent le joug de Notre-Seigneur, pour qu’ils se rassemblent sous l’égide de sa Mère Immaculée. Je ne suis qu’un instrument on ne peut plus médiocre entre les mains de Dieu, mais puisqu’il lui a plu de parer à mon insuffisance, j’espère qu’il me donnera encore les moyens de servir efficacement sa Sainte Église, en dehors de laquelle il n’y a ni vérité, ni salut…
Ç’aurait été une prétention saugrenue de ma part que de faire, dans ce livre, de la théologie ou de la direction. J’ai fourni simplement, je le répète, des documents de psychologie expérimentale d’après mes propres épreuves et d’après les confidences que j’ai reçues. Éclairer quelques sentiers de la forêt obscure qu’on parcourt pour monter vers Dieu, analyser quelques états de la vie spirituelle, démontrer à quel point la Sainte Eucharistie nous est indispensable pour nous maintenir dans la voie étroite — voilà ce que j’ai tenté.