— Il est trop tard. Tu as péché, tu as péché, tu as péché !
Cette désolante répétition m’abattit. Un violent remords m’empoigna. Je voulus m’humilier et demander pardon à Dieu.
Avant que j’eusse prononcé le premier mot d’une prière quelconque, la voix reprit d’un ton âpre et pressant : — Si tu te figures qu’on te pardonnera comme cela, sans autre réparation, tu te trompes fort. Il fallait rester dans l’église où tu communias…
— Encore ! Eh bien, la prochaine fois, je n’en bougerai point.
— Ah ! la prochaine fois. Elle n’est pas près d’arriver. On est exigeant Là-Haut ; il va falloir que tu multiplies les pénitences et surtout que tu n’aies pas l’audace de communier d’ici longtemps. C’est seulement lorsque tu seras sûr de ne plus te dissiper comme tu l’as fait que tu pourras t’approcher de nouveau de la Sainte Table.
J’étais déjà si fort en désarroi que je souscrivis, sans hésiter, à ce spécieux arrêt qui me paraissait venir de ma conscience. Puis, la tête dans les mains, les larmes aux yeux, je me tourmentai à l’idée qu’il me serait fort difficile d’éviter toute distraction les jours où je communierais. Puis je fus pris de panique en considérant que Dieu se montrait bien sévère à mon égard.
— Quoi, me dis-je, désormais sera-ce toujours ainsi ? Faudra-t-il vivre collé sur une chaise d’église de peur de commettre quelque faute qui me rendrait indigne de l’Eucharistie ? Que c’est dur !
Et la voix : — Nais certainement il en sera toujours ainsi. Un chrétien sincère doit se retrancher toute occupation qui l’écarterait de son devoir. Et ce devoir consiste à réprimer en lui tout ce qui n’est pas aplatissement devant Dieu, crainte de sa colère, terreur de pécher par le moindre geste, le moindre mot, le moindre soupir.
Je ne doutais toujours pas que ce discours ne fût la vérité même. Me sentant incapable de remplir ce programme rigoureux, je glissai vers le découragement.
— Je vois bien, pensai-je, que je ne saurai jamais me tenir dans des limites aussi étroites et que, si je m’y efforce, j’en viendrai vite au désespoir.