Une autre personne écrit : — On venait de sortir le Saint Sacrement du tabernacle ; l’ostensoir était exposé sur l’autel. Je m’unissais, plein d’adoration et d’amour, au chant du Tantum ergo lorsque, tout à coup, je ne sais qui en moi — mais ce n’était pas moi-même — se mit à proférer des railleries atroces qui se dardaient, avec des grincements de haine, vers l’hostie. En même temps, mon âme était soulevée et comme projetée en avant et il me fallait toute ma volonté pour retenir un flot de blasphèmes qui montaient à mes lèvres des profondeurs les plus obscures de mon être. L’impulsion était si violente que je dus me bâillonner la bouche avec les deux mains. J’aurais mieux aimé mourir que d’émettre les saletés innommables qui m’emplissaient la pensée et pourtant je ne pouvais les empêcher de fuser dans mon cerveau comme les engins d’un feu d’artifices diabolique.

L’abominable prestige dura jusqu’à la fin du chant et de l’oraison qui le suit. C’est seulement quand le prêtre donna la bénédiction qu’il s’évanouit soudainement comme il était venu.

— Il faut, me dis-je alors, compenser cette vilenie dont je ne puis être responsable. Et ce fut avec la foi la plus ardente que je m’unis aux invocations pour la réparation des outrages faits au Saint Sacrement qui terminaient l’office. Ensuite je demeurai longtemps à genoux et je multipliai les actes d’adoration jusqu’à ce que mon âme se trouvât un peu consolée…

Un troisième récit est d’un ordre un peu différent. Il provient d’une personne assez avancée dans la vie spirituelle et qui, ayant eu à supporter beaucoup d’attaques démoniaques, apprit à leur tenir tête sans se troubler.

— Cette nuit-là, dit-elle, je m’étais endormi tout de suite après avoir dit mes prières du soir. Je note que ma santé était excellente et que nulle préoccupation grave ne m’agitait l’esprit. Je reposais enseveli dans un de ces bons sommeils sans rêves qui réparent si merveilleusement les forces. Brusquement, je fus réveillé en sursaut par des coups brefs, frappés dans le mur tout près de ma tête. Je me mis sur mon séant. Après quelques secondes occupées à me frotter les yeux et à reprendre conscience du réel, je me demandai ce qui arrivait. Je crus d’abord qu’on avait heurté à ma porte et je criai d’entrer. Nulle réponse. J’allais me réétendre en récitant un Ave Maria pour les âmes du Purgatoire, comme c’est ma coutume quand je me réveille la nuit. Mais les coups recommencèrent, nombreux et plus précipités. Je ne pouvais m’y tromper : c’était bien dans le mur qu’ils étaient frappés.

Alors il ne fut plus question de dormir. Très lucide et très calme, car je sentais s’approcher la Malice qui toujours veille, je me prémunis d’un large signe de croix et j’attendis. Je me rappelle que la pleine lune répandait une lumière éclatante dans la chambre. Il faisait si clair que je distinguais les aiguilles de ma montre posée sur la table de nuit, à côté de moi. Je vis qu’elles marquaient deux heures.

Cependant les coups avaient cessé. Rien ne bougeait dans la maison. J’attendais en priant, lorsque je découvris que la chambre s’emplissait peu à peu de formes vagues, comme brumeuses, qui se rangèrent en demi-cercle autour de mon lit. Elles prirent bientôt une apparence plus précise. Je vis alors des figures farouches, aux traits humains mais d’expression bestiale, qui se penchaient vers moi. Je ne sais quelles lueurs rougeâtres scintillaient sourdement dans leurs prunelles. Elles marmottaient des paroles vagues et confuses et d’abord si embrouillées que je ne pus en saisir le sens. Puis cela devint plus net et j’entendis alors, parmi des blasphèmes et des injures, d’effroyables menaces. Ceci, entre autres : — Cochon baptisé, tu as beau te gaver de ton Jésus, nous t’arracherons les tripes !…

J’étais fixé : d’autres fois, et dans des circonstances analogues, j’avais reçu des visites du même genre. Je savais qu’il n’y avait qu’à me tenir ferme dans la prière pour finir par déconcerter mes assaillants.

Les regards fixés sur mon crucifix, je murmurai la conjuration de saint Ambroise :

Procul recedant somnia