Manière d'annoncer à l'Autriche, à la Prusse et à tous les intéressés, la création de la nouvelle Confédération du Rhin.

Il fallait annoncer ce résultat aux intéressés, c'est-à-dire à la Diète de Ratisbonne, à l'empereur d'Autriche, à la Prusse. La déclaration à la Diète était simple, on lui notifia qu'on ne la reconnaîtrait plus. À l'empereur d'Autriche, on adressa une note, dans laquelle, sans lui dicter la conduite qu'il avait à tenir et qu'on prévoyait bien, on lui parlait de l'empire germanique comme d'une institution aussi usée que la république de Venise, tombant en ruine de toutes parts, ne donnant plus de protection aux États faibles, d'influence aux États forts, ne répondant ni aux besoins du temps, ni à la proportion relative des États allemands entre eux, ne procurant plus enfin à la maison d'Autriche elle-même qu'un vain titre, celui d'empereur d'Allemagne, titre dont le chef actuel de cette maison avait prévu la caducité en se proclamant empereur d'Autriche, ce qui avait affranchi la cour de Vienne de toute dépendance à l'égard des maisons électorales. On semblait donc espérer, sans le demander, que l'empereur François abdiquerait un titre qui allait cesser de fait dans une grande partie de l'Allemagne, dans toute celle qu'embrassait la Confédération du Rhin, et qui devait n'être plus reconnu par la France.

Pour dédommager la Prusse de la création d'une confédération du Rhin, on l'invite à former en Allemagne une confédération du Nord.

Quant à la Prusse, on la félicitait d'être dégagée des liens de cet empire germanique, ordinairement asservi à l'Autriche, et, pour la dédommager de ce qu'on prenait sous sa dépendance le midi de l'Allemagne, on l'invitait à placer le nord sous une dépendance pareille. «L'empereur Napoléon, écrivait le cabinet français, verra sans peine, et même avec plaisir, que la Prusse range sous son influence, au moyen d'une confédération semblable à celle du Rhin, tous les États du nord de l'Allemagne.» On ne désignait pas ces princes, on n'en excluait par conséquent aucun; mais le nombre n'en pouvait être grand, et l'importance pas davantage. C'étaient Hesse-Cassel, la Saxe avec ses diverses branches, les deux maisons de Mecklembourg, enfin les petits princes du nord, inutiles à énumérer. On promettait de n'apporter aucun obstacle à une confédération de ce genre.

Précautions prises par Napoléon pour que la pensée ne vienne à personne de résister à ses grands projets.

Toutefois Napoléon n'avait pas osé de telles choses sans prendre d'énergiques et ostensibles précautions. Surveillant avec son activité ordinaire ce qui se passait à Naples, à Venise, en Dalmatie, sans se relâcher des soins donnés à l'administration intérieure de l'Empire, il s'était appliqué à mettre la grande armée sur un pied formidable. Celle-ci, répandue, comme on l'a vu, en Bavière, en Franconie, en Souabe, vivant dans de bons cantonnements, était reposée, prête à marcher de nouveau, soit qu'il fallût refluer par la Bavière vers l'Autriche, soit qu'il fallût se jeter, par la Franconie et la Saxe, sur la Prusse. Aspect formidable de la grande armée. Napoléon avait versé dans ses rangs les deux réserves formées à Strasbourg et Mayence, sous les maréchaux-sénateurs Kellermann et Lefebvre. C'était un accroissement d'une quarantaine de mille hommes, levés depuis un an, parfaitement disciplinés, instruits, préparés à la fatigue. Quelques-uns même, qui appartenaient aux réserves des années antérieures, avaient acquis l'âge de la véritable force, c'est-à-dire vingt-quatre ou vingt-cinq ans. L'armée affaiblie, par suite de la dernière campagne, d'une vingtaine de mille nommes, dont un quart était rentré dans les rangs, se trouvait donc, grâce à ce renfort, augmentée et rajeunie. Effectif total des troupes françaises à l'intérieur et à l'extérieur. Napoléon, profitant de ce qu'une partie de ses soldats était nourrie à l'étranger, avait porté à 450,000 hommes la force totale de la France, dont 152 mille à l'intérieur (les gendarmes, vétérans, invalides, et dépôts, étant compris dans ce nombre), 40 mille à Naples, 50 mille dans la Lombardie, 20 mille en Dalmatie, 6 mille en Hollande, 12 mille au camp de Boulogne, et 170 mille à la grande armée. Ces derniers réunis en une seule masse, sur le pied complet de guerre, comptant 30 mille cavaliers, 10 mille artilleurs, 130 mille fantassins, étaient parvenus au plus haut degré de perfection qu'il soit possible d'atteindre par la discipline et la guerre, et sous la conduite du plus grand des capitaines. Il faut remarquer que de cette armée avaient été détachés le général Marmont en Dalmatie, les Hollandais en Hollande, et qu'elle ne renfermait plus les Bavarois dans ses rangs, ce qui explique pourquoi elle n'était pas plus nombreuse après l'adjonction des réserves.

Napoléon attend dans une attitude imposante l'effet produit à Berlin et à Vienne par l'ensemble de ses projets.

Dans cette situation imposante, Napoléon pouvait attendre les effets produits à Berlin et à Vienne par l'ensemble de ses projets, et la suite des négociations ouvertes à Paris avec l'Angleterre et la Russie.

Fête magnifique que Paris doit donner à la grande armée.

Du reste, il n'avait aucun penchant à prolonger la guerre, si on ne l'y obligeait pas pour l'exécution de ses desseins. Il était impatient, au contraire, de réunir ses soldats autour de lui, dans la fête magnifique que la ville de Paris devait donner à la grande armée. C'était une heureuse et belle idée que de faire fêter cette armée héroïque par cette noble capitale, qui ressent si fortement toutes les émotions de la France, et qui, si elle ne les éprouve pas d'une manière plus vive, les rend au moins plus vite et plus énergiquement, grâce à la puissance du nombre, à l'habitude de prendre l'initiative en toutes choses, et de parler pour le pays en toute occasion.