Porté à la grandeur par sa nature, et aussi par le succès qui exaltait son imagination, Napoléon, au milieu de ces négociations si vastes et si variées, de ces soins militaires étendus de Naples à l'Illyrie, de l'Illyrie à l'Allemagne, de l'Allemagne à la Hollande, s'adonnait avec un goût ardent à d'immortelles créations d'art et d'utilité publique. Travaux d'art et d'utilité publique. Ayant visité, pendant les courts loisirs que lui laissait la guerre, presque tous les lieux de la capitale, il n'en avait pas aperçu un seul, sans être saisi à l'instant même de quelque pensée grande, morale ou utile, dont nous voyons aujourd'hui la réalisation sur le sol de Paris. Il s'était rendu à Saint-Denis, et trouvant cette vieille église dans un affligeant état de délabrement, surtout depuis la violation des tombes royales, il ordonna, par un décret, la réparation de ce monument vénérable. Restauration de Saint-Denis. Il décida que quatre chapelles sépulcrales y seraient élevées, trois pour les rois des premières races, et une pour les princes de sa propre dynastie. Des marbres, portant les noms des rois ensevelis, et dont les tombes avaient été profanées, devaient remplacer leurs restes dispersés. Il institua un chapitre de dix vieux évêques, pour prier perpétuellement dans cet asile funèbre de nos races royales.

Après avoir visité Sainte-Geneviève, il ordonna que ce beau temple fût achevé et rendu au culte, mais en conservant la destination que l'Assemblée constituante lui avait assignée, celle de recevoir les hommes illustres de la France. C'était le chapitre de la métropole, agrandi, qui devait chaque jour y chanter l'office.

Érection de la colonne de la place Vendôme, imitée de la colonne Trajane.

Un monument triomphal avait été ordonné par le Sénat, sur la proposition du Tribunat. Après bien des plans rejetés, Napoléon s'arrêta à l'idée d'élever, sur la plus belle place de Paris, une colonne de bronze, semblable par la forme et par les dimensions à la colonne Trajane, consacrée à la grande armée, et retraçant sur un long bas-relief, enroulé autour de son fût magnifique, les exploits de la campagne de 1805. Il fut décidé que les canons pris sur l'ennemi en fourniraient la matière. La statue de Napoléon, en costume impérial, dut en surmonter le chapiteau. C'est cette même colonne de la place Vendôme, au pied de laquelle passent et passeront les générations présentes et futures, sujet d'une généreuse émulation pour elles tant qu'elles conserveront l'amour de la gloire nationale, sujet de reproche éternel si elles étaient jamais capables de perdre ce noble sentiment!

Arc triomphal de la place du Carrousel.

Napoléon arrêta ensuite le projet d'un arc triomphal sur la place du Carrousel, le même qui existe aujourd'hui. Cet arc entrait dans le plan d'achèvement du Louvre et des Tuileries. Achèvement projeté du Louvre et des Tuileries. Il se proposait de réunir ces deux palais, et de n'en former qu'un seul qui serait le plus grand qu'on eût jamais vu dans aucun pays. Se plaçant un jour sous le portail du Louvre, et regardant vers l'hôtel de ville, il conçut l'idée d'une rue immense, qui devait être uniformément construite, large comme la rue de la Paix, prolongée jusqu'à la barrière du Trône, de manière que l'œil pût plonger d'un côté jusqu'aux Champs-Élysées, de l'autre jusqu'aux premiers arbres de Vincennes. Projet d'une vaste rue, allant des Tuileries à la barrière du Trône, et devant s'appeler RUE IMPÉRIALE. Le nom destiné à cette rue était celui de RUE IMPÉRIALE. Un monument était depuis longtemps décrété sur l'emplacement de l'ancienne Bastille. Napoléon voulait que ce fût un arc triomphal, assez vaste pour donner passage, à travers le portail du milieu, à la grande rue projetée, et placé à l'intersection de cette rue et du canal Saint-Martin. Projet de construction de l'arc de l'Étoile. Les architectes ayant déclaré l'impossibilité d'une telle construction sur une pareille base, Napoléon résolut de transporter cet arc à la place de l'Étoile, pour qu'il fît face aux Tuileries, et devînt l'une des extrémités de la ligne immense qu'il voulait tracer au sein de sa capitale. La génération présente a terminé la plupart des monuments que Napoléon n'avait pas eu le temps d'achever. Elle n'a ni terminé le Louvre, ni créé la magnifique rue dont il avait conçu le projet.

Il ne borna pas à des ouvrages de pur embellissement ses soins pour la ville de Paris. Il trouva indigne de la prospérité de l'Empire que la capitale manquât d'eau, tandis que dans son sein coulait une belle et limpide rivière. Les fontaines n'étaient ouvertes que le jour; il voulut que des travaux fussent exécutés sur-le-champ aux pompes de Notre-Dame, du pont Neuf, de Chaillot, du Gros-Caillou, pour faire couler l'eau jour et nuit. Ouverture de nouvelles fontaines dans Paris. Il ordonna de plus l'érection de quinze fontaines nouvelles. Celle du Château-d'Eau était comprise dans cette création. En deux mois, une partie de ces ordres fut exécutée, et l'eau jaillissait nuit et jour des soixante-cinq fontaines anciennes. Sur l'emplacement de celles qui étaient récemment décrétées, des bornes provisoires répandaient l'eau, en attendant que les fontaines elles-mêmes fussent élevées. C'est le trésor public qui avait fourni les fonds nécessaires à cette dépense.

Napoléon prescrivit la continuation des quais de la Seine, et décida que le pont du Jardin des Plantes, alors en construction, porterait le glorieux nom d'Austerlitz. Projet du pont en pierre qui s'est appelé depuis pont d'Iéna. S'étant enfin aperçu, en visitant le Champ de Mars pour arrêter le plan des fêtes qui se préparaient, qu'une communication était indispensable sur ce point entre les deux rives de la Seine, il ordonna l'établissement d'un pont en pierre, qui devait être le plus beau de la capitale, et qui depuis a porté le nom de pont d'Iéna.

Les départements les plus éloignés de l'Empire eurent part à sa munificence. Projets de routes et canaux. Il décréta, cette année, le canal du Rhône au Rhin, le canal de l'Escaut au Rhin, et ordonna des études pour le canal de Nantes à Brest. Il consacra des fonds à la continuation des canaux de l'Ourcq, de Saint-Quentin, de Bourgogne. Il prescrivit la construction d'une grande route, longue de soixante lieues, allant de Metz à Mayence, à travers la vallée de la Moselle. Il fit commencer la route de Roanne à Lyon, où se trouve la belle descente de Tarare, presque digne du Simplon; la célèbre route de la Corniche, allant de Nice à Gênes, attachée aux flancs de l'Apennin, entre les cimes de ces monts et la mer. Il fit continuer celle du Simplon, déjà presque achevée, celles du mont Cenis, du mont Genèvre, celle enfin qui longe les bords du Rhin. Napoléon ordonna en outre de nouveaux travaux à l'arsenal d'Anvers.

Il semble que la victoire eût fécondé son esprit, car la plupart de ses grandes créations datent de cette année mémorable, placée entre la première moitié de sa carrière, moitié si belle, où la sagesse guida presque toujours ses pas, et cette seconde moitié, si extraordinaire et si triste, où son génie, exalté par le succès, s'élança au delà de toutes les bornes du possible pour aller finir dans un abîme.