M. de Talleyrand, dirigé par Napoléon, fit à M. de Vincent la réponse qui lui était prescrite, et montra une certaine disposition à accepter la médiation de l'Autriche, mais sembla douter en même temps que l'offre de cette médiation fût sérieuse. M. de Vincent affirma au contraire que cette offre était parfaitement sérieuse, et déclara du reste qu'il allait en référera sa cour. L'Autriche réplique par une proposition formelle de médiation. Il écrivit donc à M. de Stadion, qui de son côté ne fit point attendre sa réponse. Sous très-peu de jours, en effet, la cour de Vienne annonça qu'elle était prête à passer de simples pourparlers à une proposition formelle, qu'elle avait la certitude de faire accepter sa médiation à Pétersbourg et à Londres, qu'elle en adressait au surplus, le jour même, l'offre positive, tant à la France qu'à la Prusse, à la Russie, à l'Angleterre, et qu'elle attendait sur ce sujet l'expression précise des intentions de l'empereur Napoléon.

Cette réponse si prompte et si nette, appuyée d'armements dont on ne pouvait plus douter, parut à Napoléon un acte extrêmement grave, dont il était impossible de se dissimuler la portée, auquel malheureusement on ne pouvait répliquer que par une acceptation, mais contre les suites duquel il fallait se prémunir au moyen de précautions immédiates et imposantes. Il écrivit en ce sens à M. de Talleyrand, et lui envoya de Finkenstein le modèle de note qu'on va lire. Il le prévint en même temps qu'il allait ajouter à cette note des préparatifs nouveaux, plus formidables que jamais, et dont il faudrait informer l'Autriche sur-le-champ, pour qu'elle sût de quelle manière serait accueillie son intervention, amicale ou hostile, diplomatique ou belliqueuse.

Note par laquelle Napoléon accepte la médiation de l'Autriche.

La réponse à l'offre de médiation était ainsi conçue: «Le soussigné ministre des relations extérieures a mis sous les yeux de Sa Majesté l'Empereur et Roi, la note qui lui a été remise par M. le baron de Vincent.

»L'Empereur accepte pour lui et ses alliés l'intervention amicale de l'empereur François II pour le rétablissement de la paix, si nécessaire à tous les peuples. Il n'a qu'une crainte, c'est que la puissance qui jusqu'ici paraît s'être fait un système d'asseoir sa puissance et sa grandeur sur les divisions du continent, ne cherche à faire sortir de ce moyen de nouveaux sujets d'aigreur et de nouveaux prétextes de dissensions. Cependant, toute voie qui peut faire espérer la cessation de l'effusion du sang et porter enfin des consolations parmi tant de familles, ne doit pas être négligée par la France, qui, au su de toute l'Europe, a été entraînée malgré elle dans la dernière guerre.

»L'empereur Napoléon trouve d'ailleurs dans cette circonstance une occasion naturelle et éclatante de témoigner au souverain de l'Autriche la confiance qu'il lui inspire, et le désir qu'il a de voir se resserrer entre les deux peuples les liens qui ont fait dans d'autres temps leur prospérité commune, et qui peuvent aujourd'hui, plus que toute autre chose, consolider leur tranquillité et leur bien-être.»

Immense développement donné par Napoléon à ses forces.

Ces pourparlers avaient occupé tout le mois de mars. La saison était devenue rigoureuse. Le froid qu'on avait vainement attendu en hiver, se faisait sentir au printemps. Les opérations militaires devaient donc être encore ajournées. Napoléon résolut de profiter de ce retard, pour donner à ses forces un développement immense, et aussi formidable en apparence qu'il le serait en réalité. Son intention était, sans trop dégarnir l'Italie ou la France, d'augmenter d'un tiers au moins son armée active, et de former sur l'Elbe une armée de réserve de cent mille hommes, afin d'être en mesure d'écraser tant les Russes que les Prussiens dès l'ouverture de la campagne, et de pouvoir au besoin se retourner contre l'Autriche, si elle se décidait à prendre part à la guerre.

Napoléon appelle une nouvelle conscription, et convoque en mars 1807 celle de 1808.

Pour arriver à ce double résultat, il résolut d'appeler une nouvelle conscription, celle de 1808, quoiqu'on ne fût qu'en mars 1807. Il avait déjà appelé celle de 1807 en 1806, et celle de 1806 en 1805, dans l'intention de procurer aux jeunes conscrits douze ou quinze mois d'apprentissage, et de tenir ses dépôts toujours pleins. L'effectif général de l'armée française, qui avait été porté de 502 mille hommes à 580 mille par la conscription de 1807, allait être élevé à 650 environ par celle de 1808, les alliés non compris. Grâce à l'art avec lequel il maniait ses ressources, Napoléon devait trouver dans cet accroissement d'effectif le moyen de pourvoir à tous ses besoins, et de faire face à tous les événements.