Entrée des Français à Lugo.
Le lendemain 9, les Français trouvèrent la position de Lugo évacuée, et ils y firent encore de nombreuses captures en vivres et matériel. On recueillit aux environs et dans Lugo même sept à huit cents prisonniers, qui, malgré les ordres réitérés de leurs chefs, n'avaient pas su se retirer à temps. Le retour à la discipline obtenu par le général Moore fut de courte durée; car de Lugo à Betanzos, dans les journées du 9, du 10, du 11, des corps entiers se débandèrent, et nos dragons purent enlever près de deux mille Anglais et une quantité considérable de bagages. Arrivée du général Moore à la Corogne. Le 11, le général Moore atteignit Betanzos, et, franchissant enfin la ceinture des hauteurs qui enveloppent la Corogne, descendit sur les bords du beau et vaste golfe dont cette ville occupe un enfoncement. Par malheur, au lieu d'apercevoir la multitude de voiles qu'on espérait y trouver, on vit à peine quelques vaisseaux de guerre, bons tout au plus pour escorter une armée, mais non pour la transporter. Chagrin du général Moore en voyant que la flotte anglaise n'a pu encore arriver à la Corogne. Les vents contraires avaient jusqu'ici empêché la grande masse des transports de remonter de Vigo à la Corogne. À cette vue, le général Moore fut rempli d'anxiété, l'armée anglaise de tristesse. Toutefois, on prit des précaution pour se défendre dans la Corogne, en attendant l'apparition de la flotte. Précautions des Anglais pour se défendre dans la Corogne. Une rivière large et marécageuse à son embouchure coulait entre la Corogne et les hauteurs par lesquelles on y arrivait: c'était la rivière de Mero. Un pont, celui de Burgo, servait à la traverser. On le fit sauter. On fit sauter également, avec un fracas effroyable qui agita le golfe comme un coup de vent, une masse immense de poudre que les Anglais avaient réunie dans une poudrière située à quelque distance des murs. On prit enfin position avec les meilleures troupes sur le cercle des hauteurs qui environnent la Corogne. La première ligne de ces hauteurs, fort élevée et fort avantageuse à défendre, mais trop éloignée de la ville, pouvait, par ce motif, être tournée. On la laissa aux Français qui accouraient. On se posta sur des hauteurs plus rapprochées et moins dominantes, qui s'appuyaient à la Corogne même. On réunit sur le rivage tous les malades, les blessés, les écloppés, le matériel, pour les embarquer immédiatement sur quelques vaisseaux de guerre et de transport mouillés antérieurement dans le golfe. Le général Moore attendit de la sorte, et dans de cruelles perplexités, le changement des vents, sans lequel il allait être réduit à capituler.
Arrivée du maréchal Soult devant la Corogne.
Ce n'était qu'une avant-garde qui, le 11 au soir, avait suivi les Anglais au pont de Burgo sur le Mero, et qui en avait vu sauter les débris dans les airs. Le lendemain 12 seulement, parurent d'abord la division Merle, puis successivement les divisions Mermet et Laborde. Le maréchal Soult, arrêté devant le Mero, expédia au loin sur sa gauche la cavalerie de Franceschi, pour chercher des passages qu'elle parvint à découvrir, mais dont aucun n'était propre à l'artillerie. Il fit vers sa droite border la mer par des détachements, tâchant de disposer des batteries qui pussent envoyer des boulets au fond du golfe, jusqu'aux quais de la Corogne; ce qui était très-difficile à la distance où l'on était placé.
Obligé de réparer le pont de Burgo, le maréchal Soult y employa les journées du 12 et du 13, opération qui devait donner aux traînards et au matériel le temps de rejoindre. Le 14, avant réussi à rendre praticable le pont de Burgo, il fit passer une partie de ses troupes au delà du Mero, franchit la ligne des hauteurs dominantes qu'on lui avait abandonnées, et vint s'établir sur leur versant, vis-à-vis des hauteurs moins élevées et plus rapprochées de la Corogne, qu'occupaient les Anglais. La division Mermet formait l'extrême gauche, la division Merle le centre, la division Laborde la droite, contre le golfe même de la Corogne. Il fut possible à cette distance de dresser quelques batteries qui avaient un commencement d'action sur le golfe.
Nouveau retard du maréchal Soult avant de livrer bataille aux Anglais.
Cependant, ne se sentant pas assez fort, car il comptait au plus dix-huit mille hommes, tandis que les Anglais, même après tout ce qu'ils avaient perdu, détaché ou déjà embarqué, étaient encore 17 ou 18 mille en bataille, le maréchal Soult voulut attendre que ses rangs se remplissent des hommes restés en arrière, et surtout que toute son artillerie fût amenée en ligne. Les Anglais attendaient de leur côté l'apparition du convoi qui tardait toujours à se montrer, et ils étaient plongés dans les plus cruelles angoisses. Les principaux officiers de leur armée proposèrent même à sir John Moore d'ouvrir une négociation qui leur permît, comme celle de Cintra l'avait permis aux Français, de se retirer honorablement. N'ayant toutefois aucune chance de se sauver si les transports ne paraissaient pas très-promptement, il était douteux qu'ils obtinssent des conditions satisfaisantes pour eux. Aussi le général Moore repoussa-t-il toute idée de traiter, et résolut-il de se fier à la fortune, qui, en effet, lui accorda, comme on va le voir, le salut de son armée, mais non de sa personne, et lui donna la gloire au prix de la vie.
Les 14, 15, 16 janvier, les vents ayant varié, plusieurs centaines de voiles parurent successivement dans le golfe, et vinrent s'accumuler sur les quais de la Corogne, hors de la portée des boulets français. On pouvait les apercevoir des hauteurs que nous occupions, et à cet aspect l'ardeur de nos soldats devint extrême. Ils demandèrent à grands cris qu'on profitât pour combattre du temps qui restait, car l'armée anglaise allait leur échapper. Le maréchal Soult, arrivé en présence de l'ennemi dès le 12, avait employé les journées du 13, du 14 et du 15 à rectifier sa position, à attendre ses derniers retardataires, et surtout à placer vers son extrême gauche, sur un point des plus avantageux, une batterie de douze pièces, qui, prenant par le travers la ligne anglaise, l'enfilait tout entière.
Le maréchal Soult se décide enfin à attaquer les Anglais.
Bataille de la Corogne.