Du 29 au 30 décembre, tandis que Napoléon poursuivait les Anglais au delà du Guadarrama, tandis que les maréchaux Victor et Lefebvre rejetaient les Espagnols dans la Manche et l'Estrémadure, et que le général Saint-Cyr venait de se rendre maître de la campagne en Catalogne, le général Lacoste, d'accord avec le général Junot, ouvrit la tranchée à 160 toises de la première ligne de défense, qui consistait, comme on vient de le voir, en couvents fortifiés, en portions de muraille terrassée, en une partie du lit de la Huerba. (Voir la carte no 45.) Trois attaques, dont une simulée et deux sérieuses. Il avait fait adopter le projet de trois attaques: la première à gauche, devant le château de l'Inquisition, confiée à la division Morlot, mais celle-là plutôt comme diversion que comme attaque réelle: la seconde au centre, devant Santa-Engracia et la tête de pont de la Huerba, confiée à la division Musnier, celle-ci destinée à être très-sérieuse; la troisième enfin à droite, devant le formidable couvent de Saint-Joseph, confiée à la division Grandjean, et la plus sérieuse des trois, parce que, Saint-Joseph pris, elle devait conduire au delà de la Huerba, sur la partie la moins forte de la muraille d'enceinte, et sur un quartier par lequel on espérait atteindre le Cosso, vaste voie intérieure qui traverse la ville tout entière, et qui ressemble fort au boulevard de Paris. La tranchée hardiment ouverte, on procéda au plus tôt à perfectionner la première parallèle, et on chemina vers la seconde, dans le but de s'approcher du couvent de Saint-Joseph à droite, de la tête de pont de la Huerba au centre.

Ouverture de la seconde parallèle, le 2 janvier 1809.

Le 31 décembre, une sortie tentée par les troupes régulières de la garnison fut vivement repoussée. Ce n'était pas en rase campagne que les Espagnols pouvaient retrouver leur vaillance naturelle. Le 2 janvier, on ouvrit la seconde parallèle. Les jours suivants furent employés à disposer en plusieurs batteries trente bouches à feu déjà arrivées, afin de ruiner la tête de pont de la Huerba ainsi que le château de Saint-Joseph, et de contre-battre aussi l'artillerie ennemie placée en arrière de cette première ligne de défense. Pendant ces travaux, auxquels concouraient plus de deux mille travailleurs par jour, sous la direction des soldats du génie, les assiégés envoyaient dans nos tranchées une grêle de pierres et de grenades, lancées avec des mortiers. Nous y répondions par le feu de nos tirailleurs postés derrière des sacs à terre, et tirant avec une grande justesse sur toutes les embrasures de l'ennemi.

Le 10, nos batteries étant achevées commencèrent à tirer, les unes directement, les autres de ricochet, contre la tête de pont de la Huerba, et le couvent de Saint-Joseph. Quoique l'artillerie espagnole fût bien servie, la supériorité de la nôtre réussit bientôt à éteindre son feu, et à ouvrir vers l'attaque de droite une large brèche au couvent de Saint-Joseph, vers l'attaque du centre un commencement de brèche à la tête de pont de la Huerba. Celle-ci n'étant pas praticable, on différa de lui donner l'assaut; mais on ne voulut pas différer au couvent de Saint-Joseph, parce que c'était possible, et qu'il devait résulter de la prise de ce couvent une grande accélération dans les approches. Le feu ayant continué jusqu'au 11 janvier à quatre heures du soir, et à cette heure la brèche étant tout à fait praticable, on s'avança hardiment pour tenter l'assaut du couvent. Assaut donné le 11 janvier au couvent de Saint-Joseph. Dans ce moment même, l'ennemi exécutait une sortie qui fut repoussée au pas de course, et de la défense on passa immédiatement à l'attaque. Ce furent les voltigeurs et grenadiers de deux vieux régiments, les 14e et 44e de ligne, qu'on chargea de cette entreprise difficile, avec deux bataillons des régiments de la Vistule. Un officier, chef de bataillon dans le 14e, nommé Stahl, et juste objet de l'admiration de l'armée, les commandait. Le couvent, ouvrage de forme carrée, s'appuyait à la Huerba. L'ennemi y avait placé trois mille hommes.

À l'heure dite, pendant que le chef de bataillon Haxo, avec quatre compagnies d'infanterie et deux pièces de 4, marche à découvert hors des tranchées, et vient prendre à revers le couvent de Saint-Joseph, en enfilant de son feu la face qui est adossée au lit de la Huerba, ce qui épouvante les défenseurs et en décide un bon nombre à repasser la rivière, le chef de bataillon Stahl s'avance de front jusqu'au bord du fossé, pour s'élancer ensuite sur la brèche. Mais les décombres de la muraille n'avaient pas rempli le fossé, qui était profond de 18 pieds, et taillé à pic, car les terres sèches et solides en Espagne se soutiennent sans talus ni maçonnerie. L'intrépide Junot, qui assistait lui-même à l'opération, avait pourvu ses grenadiers de quelques échelles. Les uns s'en servent pour descendre dans ce fossé, les autres y sautent sans aucune précaution, puis, guidés par le brave Stahl, courent à la brèche, sous une pluie de feu. Mais ils ont beaucoup de peine à la gravir. Tandis qu'ils tentent ce périlleux effort, un officier du génie, Daguenet, à la tête de quarante voltigeurs, parcourt le fond du fossé, tourne à gauche le long de la face latérale, et aperçoit un pont jeté sur le fossé conduisant dans l'intérieur de l'ouvrage. Il y monte avec ses quarante hommes, et, se ruant sur la garnison du couvent, facilite au chef de bataillon Stahl l'entrée par la brèche. On passe par les armes ou l'on noie 300 Espagnols restés les derniers, on en prend 40.

Cette opération, qui avait exigé tout au plus une demi-heure, nous avait coûté 30 morts et 150 blessés, presque tous grièvement, ce qui prouvait assez, vu le peu de développement de l'ouvrage attaqué, l'énergie de l'action.

À peine en possession du couvent, on travailla à s'y loger solidement, à l'abri des retours offensifs de l'ennemi et des feux nombreux de la place, qui, à mesure que nous approchions, vomissait avec plus d'abondance les grenades, les bombes et la mitraille. Chaque journée nous coûtait de 40 à 50 hommes hors de combat, et atteints en général de blessures très-graves.

Assaut donné le 16 janvier à la tête de pont de la Huerba.

Le 16, la brèche étant reconnue praticable à la tête de pont de la Huerba, on résolut l'assaut, et quarante voltigeurs polonais, conduits par des officiers et des soldats du génie, s'élancèrent sur l'ouvrage. Ils le gravirent rapidement, les uns avec leurs mains, les autres avec des échelles. Pendant qu'ils y montaient, une mine préparée par l'ennemi fit tout à coup explosion, mais sans blesser aucun de nos soldats, qui restèrent en dehors des atteintes de ce volcan. Parvenus à s'introduire dans la tête de pont, ils en expulsèrent les défenseurs, lesquels repassèrent la Huerba en faisant sauter le pont.

Le couvent de Saint-Joseph, adossé à la Huerba, étant pris à droite, la tête de pont de la Huerba étant emportée au centre, nous nous trouvions maîtres de la ligne des ouvrages extérieurs sur une moitié de leur développement. Travaux pour franchir la Huerba aux deux attaques principales. C'était le plus important, car les opérations de la gauche n'avaient que la valeur d'une démonstration. Il s'agissait dès lors de franchir la Huerba sur les deux points par lesquels on y touchait, de jeter des ponts couverts d'épaulements sur cette rivière étroite mais profondément encaissée, de battre en brèche les portions d'enceinte qui s'étendaient au delà, et qui s'appuyaient au couvent de Santa-Engracia d'un côté, à celui des Augustins de l'autre. Il fallait enfin élever de nouvelles batteries pour les opposer à celles de la ville, qui devenaient en approchant plus nombreuses et plus meurtrières. C'est à quoi on employa l'intervalle du 16 au 21 janvier.