Forces que Napoléon emprunte à l'Allemagne et à l'Italie pour les envoyer en Espagne.

Il prit ensuite son parti sur les détachements qu'il devait emprunter tant à l'Italie qu'à l'Allemagne, pour soumettre complétement l'Espagne. Il pensa qu'il ne fallait pas moins de 100 à 120 mille hommes si on voulait terminer promptement l'insurrection espagnole, et jeter les Anglais à la mer. Il avait eu connaissance de la convention de Cintra, et la trouvant honorable pour l'armée qui avait bien combattu, et qui était restée libre, il avait écrit à Junot: Comme général vous auriez pu mieux faire; comme soldat vous n'avez rien fait de contraire à l'honneur.—Il donna en même temps des ordres à Rochefort pour recevoir et rééquiper les troupes de Portugal, qui, acclimatées, aguerries et réarmées, pouvaient rendre encore de grands services, et accroître d'une vingtaine de mille hommes les secours destinés à la Péninsule.

Deux divisions tirées de l'Italie pour la Catalogne.

L'Italie avait recouvré depuis quelques mois les Italiens devenus de bons soldats en servant dans le Nord. Napoléon ordonna au prince Eugène de les acheminer au nombre de dix mille, sous le général Pino, vers le Dauphiné et le Roussillon. Il forma avec deux beaux régiments français, le 1er léger, le 42e de ligne, tirés du Piémont, où les remplaçaient deux régiments de l'armée de Naples, le fond d'une division, qui fut confiée au général Souham, et complétée par plusieurs bataillons appartenant à des corps déjà mis à contribution pour la Catalogne. Cette division, l'artillerie et la cavalerie comprises, s'élevait à près de 7 mille hommes. Ce furent donc 16 ou 17 mille hommes qui se dirigèrent des Alpes vers les Pyrénées, et qui, avec le corps du général Duhesme, la colonne Reille, et une brigade de Napolitains déjà partie pour Perpignan sous la conduite du général Chabot, devaient porter à 36 mille combattants environ les troupes destinées à la Catalogne. Le général Saint-Cyr chargé de commander en Catalogne. Cette province, séparée du reste de l'Espagne, offrant un théâtre de guerre à part, Napoléon y donna le commandement en chef des troupes à un général incomparable pour la guerre méthodique, et opérant toujours bien quand il était seul, le général Saint-Cyr. On ne pouvait faire un meilleur choix.

Le 1er et le 6e corps envoyés d'Allemagne en Espagne.

C'étaient l'Allemagne et la Pologne qui devaient fournir les détachements les plus considérables. Napoléon résolut d'en tirer le 1er corps déjà transporté à Berlin, sous le commandement du maréchal Victor, et le 6e ayant appartenu au maréchal Ney, et actuellement campé en Silésie, sous le maréchal Mortier. Le 5e corps placé dans une position intermédiaire pour en disposer plus tard. Il se réserva d'en tirer plus tard le 5e qui avait successivement appartenu aux maréchaux Lannes et Masséna, et qui était, comme le 6e, campé en Silésie, sous le maréchal Mortier. Napoléon, pour le moment, le dirigea sur Bayreuth, l'une des provinces franconiennes qui lui restaient, et voulut le laisser là en disponibilité, sauf à le diriger sur l'Autriche, si celle-ci se décidait pour la guerre immédiate, ou à l'acheminer sur l'Espagne, si la cour de Vienne renonçait à ses armements. Les 1er et 6e corps, renforcés par les recrues fournies par les dépôts, ne présentaient pas moins d'une cinquantaine de mille hommes, en y comprenant l'artillerie et la cavalerie légère attachées à chaque division. Ils étaient tous, sauf un petit contingent de conscrits, de vieux soldats éprouvés, renfermés dans des cadres sans pareils. Napoléon envoie en Espagne toutes ses divisions de dragons. Napoléon songea à emprunter aussi à l'Allemagne une portion de la réserve générale de cavalerie, et fit choix de l'arme des dragons, qui lui semblait excellente à employer en Espagne, parce qu'elle pouvait faire plus d'un service, et que assez solide pour être opposée à l'infanterie espagnole, elle était moins lourde cependant que la grosse cavalerie. Il résolut au contraire de laisser dans les plaines du Nord ses nombreux et vaillants cuirassiers, inutiles contre les troupes sans tenue du Midi, nécessaires contre les bandes aguerries des contrées septentrionales. Il prescrivit le départ pour l'Espagne de trois divisions de dragons, sauf à expédier encore les deux qui restaient, quand il aurait éclairci le mystère de la politique autrichienne.

Il voulait faire concourir les rois, ses alliés ou ses frères, à cette guerre qui tenait à son système de royautés confédérées, et il demanda 3 mille Hollandais au roi de Hollande, 7 mille Allemands aux princes de la Confédération du Rhin, et au roi de Saxe 7 mille Polonais qu'il s'était engagé depuis long-temps à prendre à son service. Enfin il achemina en troupes du génie et d'artillerie environ 3,500 hommes, avec un immense matériel.

Ce n'était pas là tout ce qui marchait vers les Pyrénées. Déjà, comme nous l'avons dit, Napoléon avait dirigé sur l'Espagne huit vieux régiments compris dans les cent mille hommes agissant actuellement sur l'Èbre. Formation de la division Sébastiani avec plusieurs régiments tirés des bords de l'Elbe. Quatre autres tirés des bords de l'Elbe et de Paris, les 28e, 32e, 58e, 75e de ligne, étaient sur les routes de France, et devaient, avec le 5e de dragons, composer une belle division de sept ou huit mille hommes, que Napoléon donna au général Sébastiani, revenu de Constantinople. À ces douze vieux régiments tirés successivement de l'Allemagne et de la France, il en avait ajouté deux autres à la nouvelle des désastres de ses armées en Espagne: c'étaient les 36e et 55e de ligne, approchant en ce moment de Bayonne, et destinés à renforcer la réserve de Joseph. Nouveaux détachements de la garde impériale envoyés en Espagne. La garde enfin devait fournir encore quatre mille hommes, outre trois mille qui étaient au quartier général de Joseph. Ces troupes réunies, sans le 5e corps dont la disposition demeurait incertaine, sans les troupes de Junot arrivant à peine et qu'il fallait réorganiser, formaient un total de 110 à 115 mille hommes, dignes de la grande armée dont ils sortaient. Napoléon allait prendre des moyens pour les accroître encore à l'aide d'un habile recrutement tiré des dépôts, et remplacé aux dépôts par la conscription.

Moyens employés par Napoléon pour remplacer aux armées d'Italie et d'Allemagne les troupes qu'il en a retirées.

Il s'agissait de savoir comment on remplacerait à l'armée d'Italie, et surtout à la grande armée, les troupes qu'on leur empruntait, sans trop affaiblir ni l'une ni l'autre. Après les régiments successivement appelés de Pologne et d'Allemagne, après le départ des 1er et 6e corps et des divisions de dragons, après le licenciement des auxiliaires, la grande armée se trouvait singulièrement réduite. Il restait dans la Poméranie suédoise et la Prusse le 4e corps du maréchal Soult, présentant 34 mille hommes d'infanterie, 3 mille de cavalerie légère, 8 à 9 mille de grosse cavalerie, 4 mille de troupes d'artillerie et du génie, total 50 mille environ. Le maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, tenait garnison dans les villes anséatiques et le littoral de la mer du Nord, avec deux divisions françaises de 12 mille hommes (les divisions Boudet et Gency, la division Molitor ayant passé au corps du maréchal Soult), 14 mille Espagnols et 7 mille Hollandais, total 33 mille hommes. Le maréchal Davout, avec le 3e corps, le plus beau, le plus fortement organisé de toute l'armée française, occupait le duché de Posen, de la Vistule à l'Oder. Il comptait 38 mille hommes d'infanterie, 9 mille de cavalerie, chasseurs, dragons et cuirassiers. Il occupait en outre Dantzig avec la division Oudinot, forte de 10 mille grenadiers et chasseurs d'élite. Il avait 3 mille hommes d'artillerie et du génie, ce qui faisait un total de 60 mille Français. Il comptait 30 mille Saxons et Polonais. Le parc général pour toute la grande armée, réuni à Magdebourg et dans les principales places de la Prusse, comptait 7 à 8 mille serviteurs de toute espèce. C'était un total de 180 mille hommes, dont 130 mille Français, 50 mille Polonais, Saxons, Espagnols, Hollandais. Si on ajoutait à cette masse le 3e corps, établi en Silésie, et qui s'élevait à 24 mille hommes environ, la grande armée pouvait être évaluée à 200 mille soldats de première qualité, bien suffisants avec l'armée d'Italie pour accabler l'Autriche, l'empereur Alexandre ne nous apportât-il qu'un concours nul ou insuffisant. Toutefois, ce n'était plus assez pour contenir le mauvais vouloir universel du continent, car si l'Autriche seule manifestait sa haine et son désir de secouer le joug de notre domination, l'Allemagne entière commençait à éprouver contre nous une aversion profonde, et mal dissimulée, aussi bien dans les pays soumis à la Confédération du Rhin que dans tous les autres.