Les empereurs de France et de Russie renouvelaient leur alliance d'une manière solennelle, et s'engageaient à faire en commun, soit la paix, soit la guerre.

Toute ouverture parvenue à l'un des deux devait être communiquée sur-le-champ à l'autre, et ne recevoir qu'une réponse commune et concertée.

Les deux empereurs convenaient d'adresser à l'Angleterre une proposition solennelle de paix, proposition immédiate, publique, et aussi éclatante que possible, afin de rendre le refus plus difficile au cabinet britannique;

La base des négociations devait être l'uti possidetis;

La France ne devait consentir qu'à une paix qui assurerait à la Russie la Finlande, la Valachie et la Moldavie;

La Russie ne devait consentir qu'à une paix qui assurerait à la France, indépendamment de tout ce qu'elle possédait, la couronne d'Espagne sur la tête du roi Joseph;

Immédiatement après la signature de la convention, la Russie pourrait commencer auprès de la Porte les démarches nécessaires pour obtenir, par la paix ou par la guerre, les deux provinces du Danube; mais les plénipotentiaires (et c'était la transaction convenue sur le point principal), les plénipotentiaires et agents des deux puissances s'entendraient sur le langage à tenir, afin de ne pas compromettre l'amitié existant entre la France et la Porte;

De plus, si, pour l'acquisition des provinces du Danube, la Russie rencontrait l'Autriche comme ennemie armée, ou bien si, pour ce qu'elle faisait de son côté en Italie ou en Espagne, la France était exposée à une rupture avec l'Autriche, la France et la Russie fourniraient leurs contingents de forces contre cette puissance, et feraient une guerre commune;

Enfin si la guerre et non la paix venait à sortir de la conférence d'Erfurt, les deux empereurs promettaient de se revoir dans l'espace d'une année.

Telle fut la rédaction à laquelle s'arrêtèrent MM. de Champagny et de Romanzoff, le 12 octobre au matin. La phrase ambiguë sur les précautions à observer pour ne pas troubler l'union existant entre la France et la Porte, était une manière d'affranchir la Russie de tout délai, et de faire pourtant qu'on n'agît pas trop brusquement à Constantinople, au point de rendre impossibles dès leur début les négociations qu'on allait entreprendre à Londres.