Les Français ne peuvent arriver que le 29 à Benavente, où les Anglais étaient le 27.

Impatient d'atteindre les Anglais, Napoléon, accouru à l'avant-garde avec ses chasseurs, ne put cependant être que le 28 à Valderas, et que le 29 aux approches de Benavente. Le général Moore conduisant une armée solide mais lente, qui ne savait se battre qu'après avoir bien mangé, et ne pouvait manger qu'à la condition de porter beaucoup de bagage avec elle, avait perdu la journée du 28 à Benavente, à faire défiler sous ses yeux tout le matériel qui embarrassait sa marche. Combat d'arrière-garde dans lequel le général Lefebvre-Desnoette est fait prisonnier. Le 29 il en partait avec une arrière-garde de troupes légères et de cavalerie, lorsque de Valderas accouraient les chasseurs de la garde impériale, ayant à leur tête l'impétueux Lefebvre-Desnoette, lequel était habitué à fondre sur les Espagnols sans les compter, et à leur passer sur le corps quel que fût leur nombre. Il emmenait quatre escadrons des chasseurs de la garde. L'Esla, qui coule à quelque distance de Benavente, et dont on avait détruit le pont, celui de Castro-Gonzalo, était grossie par les pluies torrentielles de l'hiver. Après avoir cherché un gué et l'avoir trouvé, Lefebvre-Desnoette franchit la rivière avec ses escadrons, et galopant sur les derrières des Anglais, se mit à en sabrer quelques-uns. Mais il n'avait pas vu la cavalerie anglaise réunie en masse à l'arrière-garde, et en ce moment sortant de Benavente pour couvrir la retraite. Cette cavalerie, qui était forte de près de trois mille chevaux, se rabattit presque tout entière, et enveloppa les chasseurs de Lefebvre-Desnoette. Celui-ci ne perdit pas contenance, chargea tous ceux qui voulaient lui barrer le chemin pour repasser l'Esla, puis se jeta avec ses hommes à la nage, afin de regagner l'autre rive, car il lui était impossible, n'ayant que trois cents chevaux, d'en combattre trois mille. La plupart de ses cavaliers parvinrent à s'échapper, mais une trentaine furent tués ou pris, et lui-même, s'étant élancé dans la rivière le dernier, allait se noyer, vu que son cheval, frappé d'une balle, ne pouvait plus le soutenir, lorsque deux Anglais le sauvèrent en le faisant prisonnier. Il fut amené comme un précieux trophée au général Moore. Le général anglais avait toute la courtoisie naturelle aux grandes nations; il accueillit avec des égards infinis le brillant général qui commandait la cavalerie légère de Napoléon, le fit asseoir à sa table, et lui donna un magnifique sabre indien. Le corps de bataille de l'armée anglaise continua sa marche sur Astorga, où sir David Baird avait déjà reçu l'ordre de se diriger.

Janv. 1809.

Destruction par le maréchal Soult de l'arrière-garde laissée au pont de Mansilla par le marquis de La Romana.

Tandis que l'armée anglaise s'en tirait en faisant sauter les ponts, l'armée espagnole de La Romana, qui se conduisait comme on se conduit chez soi, n'avait pas détruit le pont de Mansilla, jeté sur l'Esla en avant de Léon, ainsi que celui de Castro-Gonzalo l'est sur la même rivière en avant de Benavente. La Romana, non moins pressé de s'enfuir que les Anglais, avait cependant laissé une arrière-garde de trois mille hommes au pont de Mansilla. Ce pont était sur la route du maréchal Soult venant de Sahagun. Le 29, jour même de la mésaventure du général Lefebvre-Desnoette, le général Franceschi, commandant la cavalerie légère du maréchal Soult, aborda au galop le pont de Mansilla, qu'on n'avait pas eu soin d'obstruer, culbuta une ligne d'infanterie qui gardait ce pont, le traversa à la suite des fuyards, attaqua et culbuta une seconde ligne d'infanterie qui était sur l'autre rive, lui enleva son artillerie, tua ou blessa quelques centaines d'hommes, en prit 1,500 avec beaucoup de canons, puis se porta sur la ville de Léon, qu'il fit évacuer. La rivière de l'Esla était donc franchie sur tous les points, et, quoique les montagnes de la Galice, dans lesquelles on pénètre après Astorga, présentassent de graves et nombreux obstacles, toutefois la vitesse de nos soldats permettait d'atteindre l'armée anglaise, si le sol ne cédait pas sous leurs pieds. Mais la pluie continuait, et les routes détruites par le passage de deux armées, celles de La Romana et de Moore, pouvaient bien devenir impraticables.

Napoléon, arrivé à Benavente, n'y était malheureusement pas avec le gros de ses forces, car le maréchal Ney, les généraux Lapisse, Dessoles, la garde impériale, bien qu'ils se hâtassent tous de le joindre, ne suivaient ni sa personne ni ses chasseurs à cheval. Le 31 décembre 1808, il se trouvait à Benavente. Le maréchal Soult, qui avait pris la route de Léon, était bien plus près de l'ennemi. Napoléon lui avait ordonné de le poursuivre sans relâche. Mais la boue était profonde, et les soldats enfonçaient jusqu'à mi-jambe.

Arrivée à Astorga le 1{er} janvier 1809.

Le 1er janvier 1809, année qui ne devait pas être moins féconde en scènes sanglantes que les années les plus meurtrières du siècle, le maréchal Bessières, précédant Napoléon, courait avec sept à huit mille chevaux sur Astorga, tandis que le général Franceschi, précédant le maréchal Soult, y courait par la route de Léon. On y était le 1er au soir. Rien ne pourrait donner une idée du désordre que présentait la route, et surtout la ville d'Astorga elle-même. Affreux spectacle offert sur les routes que parcourent les Anglais. Malgré les vives instances que le général Moore avait adressées au marquis de La Romana pour qu'il lui laissât intact le chemin d'Astorga à la Corogne, et qu'il allât s'enfermer dans les Asturies afin d'inquiéter le flanc droit des Français, le général espagnol n'en avait tenu compte, et avait préféré gagner lui aussi la route de la Corogne, trouvant la Galice plus sûre que les Asturies, parce qu'elle était plus éloignée, et mieux protégée par les montagnes. Les deux armées anglaise et espagnole, si différentes de mœurs, d'esprit, d'aspect, s'étaient donc rencontrées sur la route d'Astorga, et, s'y faisant obstacle, y avaient accumulé leurs débris. Partout on voyait des Espagnols en haillons s'arrêtant, non qu'ils fussent fatigués, mais parce que nos cavaliers les avaient atteints de coups de sabre, des Anglais ne pouvant plus marcher, et la plupart ivres, une immensité de charrois traînés par des bœufs, et chargés ou de guenilles espagnoles, ou du riche matériel des Anglais. Il y avait là de nombreuses captures à faire; mais un spectacle pénible frappait plus que tout le reste nos soldats, c'était celui d'une quantité considérable de beaux chevaux, morts de coups de feu sur la route. Les Anglais, dès que leurs chevaux étaient fatigués, s'arrêtaient, leur tiraient un coup de pistolet dans la tête, et puis s'en allaient à pied. Ils aimaient mieux tuer leur compagnon de guerre que d'en laisser l'usage à l'ennemi. On n'eût jamais obtenu de nos cavaliers ce genre de courage. Toutes les habitations étaient dévastées sur la route. Mécontentement des Espagnols à l'égard des Anglais. Les Anglais ne trouvant pas les habitants disposés à leur donner ce qu'ils avaient, et les appelant des ingrats, pillaient, brûlaient ensuite leurs maisons, et souvent expiraient eux-mêmes, ivres de vin d'Espagne, au milieu des incendies qu'ils avaient allumés.—Nous, des ingrats! répondaient les malheureux Espagnols; ils sont venus pour eux, et ils partent sans même nous défendre!—Les Espagnols en étaient arrivés à ce point, qu'ils regardaient presque nos soldats comme des libérateurs.

Indiscipline et désorganisation de l'armée britannique dans sa retraite.

À Astorga ce spectacle paraissait encore plus attristant qu'ailleurs. Le matériel abandonné par les Anglais était immense. Le nombre de leurs malades, de leurs traînards, s'était accru en proportion des distances parcourues. Une proclamation ferme et honnête du général Moore, pour leur interdire la maraude, le pillage, l'ivrognerie, n'avait produit aucun résultat; car cette armée, qui ne se soutient que par la discipline, en la perdant par la fatigue et la précipitation, perdait tout ce qui la rend respectable. Après la satisfaction qu'on aurait eue à la faire prisonnière, on ne pouvait pas en goûter une plus vive que de la voir passée de tant de régularité et d'aplomb, à tant de désordre, d'abattement, de misère et de mauvaise conduite.