M. de Metternich, amené à s'expliquer davantage, se plaignit alors et du silence observé à son égard par l'empereur Napoléon, et de l'ignorance dans laquelle on avait laissé l'Autriche pendant les négociations d'Erfurt. Il sembla attribuer uniquement à un défaut d'explications amicales le malentendu qui menaçait d'aboutir à la guerre. M. de Champagny répliqua avec hauteur que l'Empereur ne parlait plus à un ambassadeur que la cour d'Autriche trompait, ou qui trompait la cour de France, car rien de ce qu'il avait promis n'avait été tenu, ni la suspension des préparatifs militaires, ni la reconnaissance du roi Joseph, ni le retour à des dispositions pacifiques; que les explications étaient donc inutiles avec le représentant d'une cour sur les paroles de laquelle on ne pouvait plus compter; que ce n'était pas la personne de M. de Metternich qu'on traitait aussi froidement, mais le représentant d'un gouvernement infidèle à toutes ses promesses; que l'Autriche avait sauvé les Anglais en passant l'Inn en 1805, lorsque Napoléon s'apprêtait à franchir le détroit de Calais; qu'elle venait de les sauver encore une fois en empêchant Napoléon de les poursuivre en personne jusqu'à la Corogne; qu'elle avait ainsi à deux reprises empêché le triomphe de la France sur sa rivale, et le rétablissement d'une paix solide, nécessaire à l'univers; qu'elle en porterait la peine, et qu'elle ne trouverait cette fois Napoléon ni moins prompt, ni moins préparé, ni moins terrible que jadis.

Après quelques autres plaintes de la même nature, les deux ministres se quittèrent sans aucune ouverture qui permît d'espérer une chance de paix, M. de Metternich paraissant déplorer la guerre, car son esprit lui en faisait prévoir les conséquences funestes, et sa situation à Paris lui faisait regretter le séjour de cette capitale; M. de Champagny ne paraissant pas craindre une nouvelle lutte, montrant de plus l'irritation d'un sujet dévoué qui ne trouvait jamais aucun tort à son maître[9].

Napoléon désabusé, et n'espérant plus la paix, fait toutes ses dispositions pour une guerre immédiate. Napoléon, quoique porté à croire à la paix par le désir qu'il avait de la conserver, ne put désormais plus y croire après la communication que M. de Metternich venait de faire au ministre des relations extérieures. Aussi fut-il saisi de cette ardeur extraordinaire qui s'emparait de lui quand les événements s'aggravaient, et dans les journées des 3 et 4 mars il donna ses ordres avec une activité sans égale. Le désir et l'espérance de la paix n'avaient point agi sur lui comme sur les âmes faibles, et ne l'avaient point induit à ralentir ou à négliger ses préparatifs. Il s'était comporté au contraire comme les âmes fortes, qui tout en se livrant au plaisir d'espérer ce qui leur plaît, se conduisent en vue de ce qui leur déplaît. Dans la persuasion où il était d'abord que l'Autriche ne pourrait pas agir avant la fin d'avril ou le commencement de mai, il avait assigné comme points de rassemblement: Augsbourg pour le général Oudinot, Metz pour les divisions Carra Saint-Cyr et Legrand, Strasbourg pour les divisions Boudet et Molitor, Wurzbourg pour le maréchal Davout. Il avait choisi ces points parce que dans ses profondes combinaisons ils convenaient mieux pour la réunion de tous les éléments qui devaient concourir à ses nouvelles créations. Sur-le-champ il en choisit d'autres plus rapprochés de l'ennemi, et il accéléra tous les envois d'hommes et de matériel vers ces nouveaux points. Ulm fut désigné pour le rassemblement des quatre divisions Boudet, Molitor, Carra Saint-Cyr et Legrand. Les deux premières, déjà en route de Lyon sur Strasbourg, eurent ordre de se détourner vers Béfort, et de se rendre droit à Ulm, en traversant la forêt Noire par la route la plus courte. Les divisions Carra Saint-Cyr et Legrand eurent ordre de ne point s'arrêter à Metz, et de marcher par Strasbourg à Ulm sans perdre un instant. Les renforts, les envois de matériel, furent immédiatement dirigés sur la ligne qu'elles devaient suivre, de manière à les joindre en route, et à les compléter chemin faisant. Très-heureusement ces troupes étaient assez vieilles pour que leur organisation n'eût pas à souffrir d'une semblable précipitation. Le corps d'Oudinot, en marche déjà sur Augsbourg, n'était pas dans des conditions aussi bonnes. D'une réunion accidentelle de grenadiers et de voltigeurs, il avait dû passer à une formation de quatrièmes bataillons. L'Empereur fit partir dix jours plus tôt les grenadiers et voltigeurs sortis de la garde pour fournir les deux compagnies d'élite de ces quatrièmes bataillons, et les fusiliers tirés des dépôts pour en fournir les quatre compagnies du centre. Mais c'est tout au plus si on pouvait espérer qu'à l'ouverture des hostilités ce corps aurait ses bataillons à quatre compagnies au lieu de six, qu'il serait de deux divisions au lieu de trois, de 20 mille hommes au lieu de 30 mille. De plus il devait se former presque en présence de l'ennemi. Mais l'esprit militaire du temps, l'expérience des officiers, des soldats, des généraux, la chaleur qui animait et soutenait tout le monde devaient suppléer à ce qui manquait.

Pour le corps du maréchal Davout, appelé encore armée du Rhin, Napoléon ne changea pas le point de rassemblement. Il y dirigea en toute hâte les renforts destinés à compléter les trois premiers bataillons de guerre, et les détachements qui devaient servir de premiers éléments à la composition des quatrièmes bataillons. Chacune des divisions de cavalerie et d'infanterie ayant à passer par Wurzbourg devait y trouver le matériel et le personnel qui lui appartenaient. Il ordonna seulement au maréchal Davout, dont le quartier général était à Wurzbourg, de porter sur-le-champ ses divisions dans le Haut-Palatinat, de manière à en avoir bientôt une à Bayreuth, une à Bamberg, une à Nuremberg, une à Ratisbonne, afin de faire face aux troupes autrichiennes de Bohême. Napoléon était si pressé, que pour hâter le départ des recrues il eut recours à une mesure fort irrégulière et qui, sous une autre administration que la sienne, aurait eu de graves inconvénients et eût amené de singulières confusions. Certains dépôts abondaient en conscrits instruits et habillés, tandis que d'autres en manquaient. Il ordonna de faire partir les conscrits déjà prêts pour les régiments qui en avaient besoin, qu'ils appartinssent ou non à ces régiments. On devait seulement avoir soin quand ils seraient arrivés au corps de changer les boutons de leurs habits, pour qu'ils portassent les numéros des régiments dans lesquels on les versait. Napoléon employa en outre la précaution de ne pas faire connaître aux chefs des dépôts la destination des conscrits qu'on leur demandait, de peur que, ne s'intéressant plus à eux, ils ne leur donnassent des équipements de rebut. Il prescrivit la même disposition pour la cavalerie légère. Il fit partir tout ce qu'il y avait de chasseurs et de hussards déjà formés, sans s'inquiéter davantage de les envoyer aux régiments auxquels ils appartenaient, ordonnant seulement d'observer le plus possible dans l'incorporation les ressemblances d'uniforme. Cependant comme on ne pouvait pas mêler des hussards à des chasseurs, à cause de l'extrême différence de l'équipement, et qu'il y avait plus de hussards qu'on ne pouvait en employer, il en composa des escadrons de guides, destinés à servir dans l'état-major de chaque corps d'armée, afin d'épargner à la cavalerie légère le service des escortes, qui la condamne à de nombreux détachements et à une fâcheuse dissémination.

Nous donnons ces détails dans l'intention de faire comprendre à quels expédients Napoléon était réduit pour avoir envoyé ses principales ressources en Espagne. Après avoir vaqué à ces divers soins, il s'occupa d'organiser les cinquièmes bataillons. Il destinait ces derniers, comme nous l'avons dit, outre leur rôle naturel de dépôts, à former des réserves, soit pour garantir les côtes des tentatives de l'Angleterre, soit pour rendre disponibles un certain nombre de quatrièmes bataillons actuellement employés au camp de Boulogne, soit enfin pour parer aux diverses éventualités de la guerre. Ayant déjà demandé 80 mille hommes sur la conscription de 1810, il en voulut lever encore 30 mille, pour porter l'effectif des cinquièmes bataillons à 1,200 hommes au moins, et de plus il résolut de prendre sur les conscriptions passées, malgré les appels réitérés qu'on venait de leur faire, 10 mille hommes robustes pour sa garde. Il prescrivit que ceux des cinquièmes bataillons qui seraient formés les premiers fussent réunis en demi-brigades provisoires, de deux, trois ou quatre bataillons chacune, à Pontivy, Paris, Boulogne, Gand, Metz, Mayence, Strasbourg, Milan. Quant aux 10 mille conscrits appelés sur les classes antérieures, il voulut les employer à donner un développement tout nouveau à la garde impériale. Il avait aux régiments de grenadiers et de chasseurs composant la vieille garde, ajouté en 1807 deux régiments de fusiliers, qui avaient très-bien servi. Il venait d'imaginer les tirailleurs, il imagina encore les conscrits, en variant les noms suivant les circonstances de chaque création. Il se décida donc à créer quatre régiments de tirailleurs, quatre de conscrits, ce qui devait porter à 20 mille hommes au moins l'infanterie de la garde, et à 25 mille le corps tout entier, en y comprenant sa magnifique cavalerie, et son artillerie accrue de 48 bouches à feu. Bientôt les jeunes soldats devaient y égaler les vieux en esprit militaire, et avoir de plus la supériorité de la force physique, apanage ordinaire de la jeunesse. Aucune conception n'attestait mieux la profonde connaissance que Napoléon avait des armées, et l'inépuisable fécondité de son génie organisateur. En outre il disposa tout pour faire venir en poste la vieille garde de Bayonne à Paris, de Paris à Strasbourg.

Réunion des contingents de la Confédération du Rhin. Il n'avait adressé qu'un avis aux princes de la Confédération du Rhin. À partir du 2 mars il leur intima des ordres, comme chef de cette Confédération. Il demanda à la Bavière 40 mille hommes, afin d'en avoir 30 mille, qu'il plaça sous le commandement du vieux maréchal Lefebvre, qui savait l'allemand, et qui au feu était toujours digne de la grande armée. Le roi de Bavière aurait désiré que son fils[10] commandât les troupes bavaroises, Napoléon ne le voulut pas.—Il faut, lui dit-il, que votre armée se batte sérieusement dans cette campagne, car il s'agit de conserver et d'étendre même les agrandissements que la Bavière a reçus. Votre fils, quand il aura fait avec nous six ou sept campagnes, pourra commander. En attendant, qu'il vienne à mon état-major; il y sera accueilli avec tous les égards qui lui sont dus, et il y apprendra notre métier.—Par transaction, Napoléon accorda à ce jeune prince le commandement de l'une des divisions bavaroises. Napoléon fixa Munich, Landshut, Straubing, comme points de rassemblement de ces trois divisions, assez en arrière de l'Inn pour qu'elles ne fussent pas surprises par les Autrichiens, assez en avant du Lech et du Danube pour couvrir nos rassemblements. (Voir la carte no 14.) Il demanda au roi de Wurtemberg 12 mille hommes, qui devaient se réunir à Neresheim, et servir sous les ordres du général Vandamme, au choix duquel le roi de Wurtemberg résistait, mais que Napoléon lui imposa en écrivant ces propres paroles:—Je connais les défauts du général Vandamme, mais c'est un véritable homme de guerre, et dans ce difficile métier il faut savoir pardonner beaucoup aux grandes qualités.—Napoléon réclama du grand-duc de Bade une division de 8 à 10 mille hommes, et une de pareille force du duc de Hesse-Darmstadt. Elles devaient se réunir vers la fin de mars à Pforzheim et à Mergentheim. Quant aux moindres princes, les ducs de Wurzbourg, de Nassau, de Saxe, il en exigea une division composée de leurs contingents agglomérés, laquelle devait rejoindre à Wurzbourg le quartier général du maréchal Davout. Il demanda au roi de Saxe 20 mille Saxons en avant de Dresde, 25 mille Polonais en avant de Varsovie. Ces contingents formaient ensemble 110 à 115 mille hommes, en réalité 100, dont 80 mille Allemands et 20 mille Polonais. Le maréchal Bernadotte, venant des villes anséatiques avec la division française Dupas, était chargé de prendre les Saxons sous son commandement, et de rejoindre ensuite la grande armée sur le Danube. Les Polonais couverts par le voisinage des Russes suffisaient pour garder Varsovie. Les événements de la guerre pouvant amener l'abandon momentané de Dresde et de Munich, Napoléon fit dire aux deux souverains qui régnaient dans ces deux capitales, de se tenir prêts à quitter leur résidence, pour se porter au centre de la Confédération, leur offrant, si un court voyage en France leur plaisait, de mettre à leur disposition toutes les habitations impériales magnifiquement desservies. Il fit ordonner en outre à son frère Jérôme de réunir 20 mille Hessois, et à son frère Louis 20 mille Hollandais, double force sur laquelle il comptait peu, parce que le premier administrait sans économie son nouveau royaume, et que le second au contraire administrait le sien avec toute la parcimonie hollandaise.

Distribution de l'armée d'Allemagne en trois corps principaux. Ces forces ainsi préparées, voici l'organisation que leur donna Napoléon. Il n'avait sous la main qu'une partie de ses maréchaux, puisque quatre d'entre eux, Ney, Soult, Victor, Mortier, servaient en Espagne. Parmi ceux dont il pouvait disposer, il y en avait trois qu'il appréciait plus que tous les autres, c'étaient les maréchaux Davout, Lannes, Masséna. Il résolut de partager entre eux la masse de l'armée française, en agrandissant leur rôle et leur commandement, et en leur confiant cinquante mille hommes à chacun. Masséna avait déjà commandé des forces plus considérables, mais Davout et Lannes n'avaient pas encore eu cet honneur, dont ils étaient d'ailleurs fort dignes. Corps du maréchal Davout. Le maréchal Davout dut conserver de l'armée du Rhin ses trois anciennes divisions, Morand, Friant, Gudin, les cuirassiers Saint-Sulpice, une division de cavalerie légère, une quatrième division d'infanterie sous le général Demont, composée des quatrièmes bataillons de ce corps, le tout formant cinquante mille soldats aguerris, les premiers, sans aucune comparaison, que possédât la France à cette époque. Ce corps placé entre Bayreuth, Amberg, Ratisbonne, avait cette dernière ville pour point de réunion. Corps du maréchal Lannes. La division Saint-Hilaire, détachée de l'armée du Rhin, avec une portion de cavalerie légère et les cuirassiers du général Espagne, jointes aux trois divisions d'Oudinot, devait composer un autre corps d'une cinquantaine de mille hommes, sous l'illustre maréchal Lannes, et se concentrer à Augsbourg. Napoléon y ajouta une brigade de 1,500 à 2 mille Portugais, choisis dans ce qu'il y avait de mieux parmi les troupes de cette nation cantonnées en France, ennuyées de ne rien faire, et mieux placées à l'armée que dans l'intérieur. Il y joignit aussi les chasseurs corses et les chasseurs du Pô, troupe brave et éprouvée. Corps du maréchal Masséna. Les quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand, Boudet, Molitor, avec une belle division de cavalerie légère, avec les Hessois, les Badois, devaient composer un autre corps de même force, et se réunir à Ulm sous l'héroïque Masséna. Les cuirassiers et les carabiniers sous le général Nansouty, une nombreuse division de cavalerie légère, les dragons organisés comme nous l'avons dit ailleurs, devaient composer sous le maréchal Bessières, en l'absence de Murat, une réserve de 14 à 15 mille cavaliers. La garde, forte d'une vingtaine de mille hommes, devait porter à 190 mille Français, les parcs compris, cette masse principale concentrée entre Ulm, Augsbourg et Ratisbonne. Les Bavarois, sous le maréchal Lefebvre, formaient en avant un excellent corps auxiliaire d'une trentaine de mille hommes. Le maréchal Augereau en formait un en arrière avec les Wurtembergeois, les Badois et les Hessois. Enfin, plus en arrière, le prince Bernadotte, comme on l'a vu, devait commander les Saxons. C'étaient, par conséquent, cinq corps français, dont deux de réserve, ayant un corps auxiliaire en avant, deux en arrière, le tout mêlé de vieux et jeunes soldats, animés du souffle de Napoléon, ne laissant rien à désirer sous le rapport de la bravoure, laissant beaucoup à désirer sous le rapport de l'expérience et de l'âge, mais, tels quels, parfaitement propres à maintenir à sa hauteur présente la gloire de la France. Le prince Berthier fut nommé major général, et M. Daru intendant de cette armée. Napoléon s'en constitua le commandant en chef. Elle reçut le titre d'armée d'Allemagne, et non plus celui de grande armée, la grande armée malheureusement n'étant plus en Allemagne ni en Italie, mais en Espagne.

Plan de campagne de Napoléon. Le projet de Napoléon était de marcher droit de Ratisbonne sur Vienne, par la grande route du Danube, et de confier à ce fleuve son matériel, ses malades, ses écloppés, toute la partie pesante enfin de son armée, ce qui supposait dès le début quelque terrible coup porté aux Autrichiens. C'est dans cette vue qu'il avait fait acheter quantité de bateaux sur tous les fleuves de la Bavière, pour les faire successivement descendre dans le Danube, à mesure qu'il franchirait les affluents de ce grand fleuve. C'est encore dans cette vue qu'il avait tiré de Boulogne 1,200 des meilleurs marins de la flottille, pour les ajouter à la garde.

C'était donc à Ratisbonne qu'il avait l'intention de concentrer ses forces, en négligeant le Tyrol et laissant les Autrichiens s'y engager tant qu'il leur plairait, certain de les envelopper et de les prendre entre son armée d'Allemagne et celle d'Italie, s'ils ne se hâtaient pas de rétrograder. (Voir la carte no 14.) Toutefois il avait ordonné d'exécuter des travaux à Augsbourg, de creuser et de remplir d'eau les fossés, de palissader l'enceinte, de construire des têtes de pont sur le Lech, de manière à couvrir son flanc droit par un poste fortifié, tandis qu'il marcherait la gauche en avant. C'était sa seule précaution projetée du côté du Tyrol, et elle suffisait parfaitement.

Le point de départ de Ratisbonne était adopté dans la supposition que les Autrichiens ne prendraient pas l'offensive avant la fin d'avril. S'il en était autrement, et s'ils agissaient plus tôt, Napoléon avait fixé les yeux sur un point de départ moins avancé en Bavière, et, au lieu d'amener d'Augsbourg à Ratisbonne les troupes qui se seraient formées sur ce premier point, pour les joindre avec celles qui seraient arrivées de Wurzbourg sous le maréchal Davout, il se proposait de choisir un point intermédiaire, tel que Donauwerth ou Ingolstadt (voir la carte no 14), pour y faire descendre le rassemblement d'Augsbourg, et y faire remonter celui de Ratisbonne. Aussi voulut-il avoir des magasins de vivres et de munitions, non-seulement à Augsbourg, mais à Donauwerth et à Ingolstadt, qui pouvaient devenir éventuellement le lieu de la concentration générale, et le point de départ de la marche sur Vienne. Ainsi Ratisbonne, dans le cas d'hostilités différées, Donauwerth ou Ingolstadt, en cas d'hostilités immédiates, devaient être ses premiers quartiers généraux. Le major général Berthier, dépêché à l'avance, partit avec ces instructions. M. Daru en reçut de pareilles pour les mouvements du matériel. Des services d'estafette furent établis entre Augsbourg et Strasbourg d'un côté, entre Wurzbourg et Mayence de l'autre, pour joindre les lignes télégraphiques de la frontière, et expédier chaque jour à Paris des nouvelles du théâtre de la guerre. Des relais de poste furent extraordinairement disposés pour que Napoléon pût franchir rapidement la distance de la Seine au Danube. Ainsi préparé il attendit les mouvements des Autrichiens, voulant rester à Paris le plus longtemps possible, afin d'animer de sa volonté l'administration de la guerre, avant d'aller animer de sa présence l'armée destinée à combattre sous ses ordres.