Ordres relatifs à l'Italie, à l'Espagne et à la marine. À ces dispositions s'en joignirent quelques autres relatives à l'Italie, à l'Espagne et à la marine. Napoléon réitéra à Murat l'ordre d'acheminer une brigade sur Rome, pour rendre disponible la division Miollis. Il traça au prince Eugène la direction selon laquelle il devait attaquer les Autrichiens, lui ordonna de masquer par quelques troupes légères la route de la Carniole par Laybach, et de porter les cinq divisions françaises, Seras, Broussier, Grenier, Lamarque, Barbou, d'Udine à la Ponteba, pour déboucher par Tarvis sur Klagenfurth, dans la Carinthie, route directe de la Lombardie à Vienne. Il avait fait partir de Toulon quelques bâtiments pour l'Adriatique, avec l'instruction de garder les meilleurs sous voiles, et de désarmer les autres, afin de se procurer à Venise 12 ou 1,500 matelots français, qui seraient fort utiles à la défense de la place. Il enjoignit à sa sœur Élisa, gouvernante de la Toscane, de veiller sur la tranquillité de cette contrée, car le mécontentement, se répandant des pays ennemis dans les pays amis, agitait déjà l'Italie. Napoléon y envoya une colonne de gendarmes français, pour y organiser une gendarmerie italienne, prescrivit de mettre en état de défense les châteaux de Florence, de Sienne, de Livourne, afin d'avoir des refuges contre de nouvelles vêpres siciliennes, tant sa prévoyance reconnaissait elle-même les dangers de son imprudente politique.

Quant à l'Espagne, il ordonna à Joseph de continuer les préparatifs de l'expédition de Portugal, que le maréchal Soult devait exécuter avec quatre divisions, et de n'acheminer le maréchal Victor sur l'Andalousie que lorsque le maréchal Soult aurait dépassé Oporto. Il recommanda de bien soigner les divisions Valence, Leval, Dessoles, Sébastiani, restées à Madrid comme ressource principale de la monarchie espagnole, et surtout de veiller à ce que le maréchal Ney avec ses deux divisions contînt vigoureusement le nord de la Péninsule. Il confia au général Suchet l'ancien corps de Moncey, qui venait d'achever le siége de Saragosse, avec ordre de se préparer à marcher sur Valence, dès que le général Saint-Cyr aurait terminé ses opérations en Catalogne. Il reporta le 5e corps commandé par le maréchal Mortier, de Saragosse sur Burgos, pour qu'il pût au besoin, ou donner la main au maréchal Ney contre le nord de l'Espagne si cette région devenait inquiétante, ou repasser en France si la guerre d'Allemagne exigeait de nouvelles ressources.

S'occupant enfin de faire concourir la marine à ses opérations, Napoléon ordonna à l'amiral Wuillaumez de partir de Brest avec deux vaisseaux de 120, et six de 74; de se rendre devant Lorient et Rochefort, où les contre-amiraux Troude et Lhermitte se trouvaient chacun avec une division; de les débloquer, de les conduire jusqu'aux Antilles, où ceux-ci devaient porter des vivres, des munitions, des recrues, et recevoir en échange des denrées coloniales; de revenir ensuite en Europe, et de rallier l'amiral Ganteaume à Toulon pour y prendre part à diverses expéditions dans la Méditerranée. Tandis que l'amiral Wuillaumez allait exécuter cette course, l'amiral Ganteaume devait sortir de Toulon avec son escadre, et porter à Barcelone un approvisionnement considérable en poudres, projectiles et grains. Dans l'Escaut le contre-amiral Allemand eut ordre de faire sortir l'escadre de Flessingue, de la tenir en rivière, toujours prête à mettre à la voile, ce qui ne pouvait manquer d'offusquer les Anglais, et d'occuper une notable partie de leurs forces. Napoléon enjoignit, en outre, à l'administration de la marine de réunir une certaine quantité de chaloupes canonnières aux bouches de l'Escaut et de la Charente, pour y garder toutes les passes, et y veiller aux tentatives de destruction que les Anglais allaient probablement essayer contre les escadres mouillées dans ces parages. Il ordonna au ministre Decrès de partir pour les côtes, le jour où il partirait lui-même pour l'Allemagne, afin de présider à la ponctuelle exécution de ces diverses instructions.

Avril 1809. Arrestation d'un courrier français, suivie par représailles de l'arrestation des courriers autrichiens. Tout à coup, pendant que Napoléon faisait ainsi ses dernières dispositions, on apprit que les Autrichiens avaient poussé la hardiesse jusqu'à saisir à Braunau un courrier français porteur de dépêches de la légation de Vienne à la légation de Munich. Ce courrier était un ancien officier français établi à Vienne, et qui abandonnant cette capitale au moment de la guerre, s'était chargé de divers plis pour les ministres de sa nation. L'enlèvement des dépêches qui lui étaient confiées, malgré ses vives protestations, malgré le cachet des deux ambassades qui aurait dû les faire respecter, parut à Napoléon l'équivalent d'une rupture. Il se livra à la plus violente colère, fit adresser de véhémentes interpellations à M. de Metternich, et prescrivit, à titre de représailles, l'arrestation immédiate des courriers autrichiens sur toutes les routes. Ses ordres exécutés à la rigueur, et sans délai, lui procurèrent sur le chemin de Strasbourg l'enlèvement de dépêches fort importantes. Imminence des hostilités révélée par les dépêches de l'un des courriers arrêtés. Il les lut avec grande attention, et en conclut que les hostilités commenceraient à la mi-avril. La demande de ses passe-ports faite par M. de Metternich acheva de lui révéler l'imminence du danger, et il ordonna au major général Berthier de se rendre à Donauwerth, soit pour réunir l'armée à Ratisbonne si on en avait le temps, soit pour la replier derrière le Lech vers Donauwerth si le temps manquait, sauf à occuper Ratisbonne par une division du maréchal Davout. Du reste, toujours l'œil sur le télégraphe, Napoléon se tint prêt à partir au premier signal.

Premiers mouvements des Autrichiens en Bohême et en Bavière. Les hostilités, dont il assignait le commencement du 15 au 20 avril, commencèrent un peu plus tôt qu'il ne l'avait cru. L'ordre, en effet, était donné en Italie, en Bavière, en Bohême, d'ouvrir la campagne du 9 au 10 avril. Le lieutenant général Bellegarde, qui commandait les cinquante mille hommes destinés à déboucher par la Bohême, passa la frontière du Haut-Palatinat sur deux points, Tirschenreit et Wernberg. Les quatre corps des lieutenants généraux Hohenzollern, Rosenberg, archiduc Louis, Hiller, et les deux corps de réserve Jean de Liechtenstein et Kienmayer, formant avec l'artillerie une masse d'environ 140 mille hommes, se trouvaient le 1er avril le long de la Traun, et le 9 avril le long de l'Inn, frontière franco-bavaroise, dont la violation allait décider la guerre, et amener l'une des plus sanglantes campagnes du siècle. Signification de l'archiduc Charles au roi de Bavière, et passage de l'Inn le 10 avril 1809. Le 9 au soir, l'archiduc Charles, qui s'était mis à la tête de ses troupes, et qui était suivi de l'empereur, venu à Lintz pour être plus près du théâtre de la guerre, envoya l'un de ses aides de camp au roi de Bavière, avec une lettre annonçant qu'il avait ordre de se porter en avant, et de traiter en ennemies toutes les troupes qui lui résisteraient. Il aimait, disait-il, à croire qu'aucune troupe allemande ne ferait obstacle à l'armée libératrice qui venait délivrer l'Allemagne de ses oppresseurs. Cette lettre fut la seule déclaration de guerre adressée à la France et à ses alliés. Pour toute réponse le roi de Bavière quitta sa capitale afin de se rendre à Augsbourg, et les troupes bavaroises, campées sur l'Isar, à Munich et Landshut, eurent ordre de résister. Le maréchal Lefebvre en avait déjà pris le commandement pour les conduire à l'ennemi.

Le 10 avril au matin l'armée autrichienne s'ébranla tout entière pour franchir l'Inn et commencer la guerre. Elle ne savait pas bien exactement où étaient les Français, mais elle était informée qu'il y en avait à Ulm, à Augsbourg, surtout à Ratisbonne, où se dirigeait le maréchal Davout; elle espérait les surprendre dans cet état de dispersion, atteindre le Danube avant leur concentration définitive, le passer entre Donauwerth et Ratisbonne, se joindre par sa droite avec le corps de Bellegarde, et envahir victorieusement le Haut-Palatinat, la Souabe, le Wurtemberg. Le corps de Hiller, celui de l'archiduc Louis, le deuxième de réserve, formant une masse de 58 mille hommes, et ayant le prince généralissime à leur tête, franchirent l'Inn à Braunau même, le 10 avril au matin. (Voir la carte no 14.) Le corps de Hohenzollern, fort de 27 ou 28 mille hommes, le passa au même instant au-dessous de Muhlheim. Enfin le quatrième corps avec le premier de réserve, présentant une masse de 40 mille hommes, exécuta son passage à Scharding, assez près du point où l'Inn se jette dans le Danube. À l'extrême gauche la division Jellachich, d'environ 10 mille hommes, après avoir passé la Salza, fut dirigée sur Wasserbourg, pour y traverser l'Inn et marcher sur Munich. À l'extrême droite la brigade Vecsay, qui comptait 5 mille hommes, et se composait de troupes légères, dut longer le Danube pour éclairer l'armée sur sa droite et occuper Passau, place importante à la jonction de l'Inn et du Danube. Sentant l'importance de ce point, Napoléon n'avait cessé d'adresser aux Bavarois de pressantes recommandations pour qu'on mît la place de Passau en état de défense, et avait même envoyé des officiers français avec les fonds nécessaires à l'exécution des travaux. Mais rien n'avait été fait à temps, et le commandant bavarois ne put que se rendre aux Autrichiens. C'était un regrettable point d'appui qu'on leur avait livré par négligence, et dont ils pouvaient tirer plus tard un parti très-avantageux.

Direction que suivent les Autrichiens après le passage de l'Inn. L'Inn franchi, les Autrichiens marchèrent sur trois colonnes pour se rapprocher de l'Isar, où ils devaient rencontrer les troupes bavaroises et tirer les premiers coups de fusil. Quoiqu'ils se fussent appliqués à rendre leur armée plus mobile, ils s'avancèrent lentement, par habitude d'abord, par le mauvais temps ensuite, et enfin par l'embarras de leurs magasins. Songeant à faire la guerre d'invasion, et ne sachant pas vivre partout comme les Français, ils avaient imaginé de substituer à leurs immenses dépôts de denrées alimentaires des magasins ambulants, qui devaient les suivre dans leurs mouvements. Ils espéraient de la sorte pouvoir imiter plus facilement les concentrations subites et ordinairement décisives de Napoléon. À ces magasins se joignaient un fort bel équipage de pont et un immense matériel d'artillerie. Ils restèrent donc embourbés pendant plusieurs jours entre l'Inn et l'Isar, et n'arrivèrent que le 15 devant ce dernier fleuve. Jusque-là ils n'avaient aperçu que des patrouilles de cavalerie bavaroise, qu'ils avaient affecté de ne pas attaquer, pour prolonger une illusion qui leur plaisait, et qui leur persuadait qu'ils ne rencontreraient pas d'hostilités de la part des Allemands. L'archiduc s'apprêta à passer l'Isar devant Landshut le lendemain 16 (voir la carte no 46), et cette fois il ne pouvait plus ni se faire illusion, ni en faire à personne, car les Bavarois bordaient le fleuve avec toutes les apparences de gens résolus à se défendre.

Passage de l'Isar devant Landshut le 16 avril. Il changea un peu la disposition de ses colonnes pour cette opération importante, qui était la première de la guerre, et que pour ce motif il fallait rendre prompte et décisive. Il détacha de sa gauche le corps de Hiller vers Moosbourg, afin de préserver l'opération qui allait se faire devant Landshut de toute opposition du côté de Munich. Il rapprocha du corps de l'archiduc Louis, qui restait seul par la séparation du corps de Hiller, celui de Hohenzollern, et leur prescrivit à tous deux de forcer le passage de l'Isar devant Landshut même. Il plaça en colonne en arrière les deux corps de réserve. Il ordonna au corps du prince de Rosenberg, qui tenait la droite, de passer l'Isar vers Dingolfing, point où l'on n'avait à craindre aucune résistance, et d'envoyer ses troupes légères à Ebelsbach, pour ôter à l'ennemi le courage de tenir à Landshut en voyant l'Isar passé au-dessous. Enfin la brigade Vecsay, déjà lancée le long du Danube, devait pousser ses courses jusqu'à Straubing, fort près par conséquent de Ratisbonne, afin de se procurer des nouvelles des Français.

Défense de Landshut par la division bavaroise Deroy, et passage de l'Isar par les Autrichiens. Le 16 au matin, l'archiduc Charles, dirigeant lui-même le corps de l'archiduc Louis, dont le général Radetzki commandait l'avant-garde, s'avança sur Landshut pour y franchir l'Isar. Quand on vient par la route de Braunau, comme c'était le cas pour les Autrichiens, on descend par des coteaux boisés sur les bords de l'Isar, qui traverse la jolie ville de Landshut, et se répand ensuite dans des prairies verdoyantes. La ville est moitié sur le penchant des coteaux, moitié sur le bord du fleuve, qui, en la traversant, se sépare en deux bras. La division bavaroise Deroy occupait Landshut, et avait mission de disputer le passage. Après avoir évacué la ville haute et toute la partie qui est sur la rive droite du fleuve, elle avait coupé le pont du grand bras, rempli de nombreux tirailleurs le faubourg de Seligenthal, et s'était rangée en bataille de l'autre côté des prairies, sur les hauteurs boisées d'Altdorf, qui font face à celles par lesquelles on débouche sur Landshut. Le général Radetzki, se portant de la ville haute sur le bord du grand bras et devant le pont coupé, fut accueilli par un feu très-vif de tirailleurs, auquel il répondit par celui des tirailleurs du régiment des Gradiscans. De son côté l'archiduc, profitant des hauteurs pour faire jouer sa formidable artillerie, en accabla le faubourg de Seligenthal, situé sur l'autre rive de l'Isar, mit en ruine cette partie de la ville de Landshut, et la rendit intenable pour les Bavarois qui s'y étaient embusqués. Il fit ensuite rétablir le tablier du pont sur ses appuis encore debout, et le franchit sans trouver de résistance dans le faubourg évacué. Vers midi le corps de l'archiduc Louis déboucha avec une nombreuse cavalerie, suivi à peu de distance du corps de Hohenzollern, et vint se déployer devant la division bavaroise Deroy, qui était en bataille vis-à-vis, sur les hauteurs d'Altdorf. Une vive canonnade s'engagea entre les Autrichiens et les Bavarois; mais ceux-ci, recevant la nouvelle que l'Isar était passé au-dessus vers Moosbourg, au-dessous vers Dingolfing, se retirèrent en bon ordre, à travers les bois, par la chaussée de Landshut à Neustadt sur le Danube. (Voir la carte no 46.) On avait perdu de part et d'autre une centaine d'hommes. Les Bavarois, partagés entre deux sentiments, le déplaisir de se battre pour des Français contre des Allemands, et leur vieille jalousie à l'égard des Autrichiens qui voulaient leur ôter le Tyrol, se conduisirent néanmoins très-bien. Ils se replièrent sur le Danube, dans la forêt de Dürnbach, où déjà s'étaient retirées la division du prince royal venant de Munich, et la division du général de Wrède venant de Straubing. Ils étaient là près des Français, les attendant avec une extrême impatience.

L'archiduc Charles avait franchi l'Isar à Landshut avec deux corps, ceux de l'archiduc Louis et du prince de Hohenzollern. Il était immédiatement suivi de ses deux corps de réserve, Jean de Liechtenstein et Kienmayer. Il avait de plus à sa gauche occupé Moosbourg avec le corps du général Hiller, et à sa droite occupé Dingolfing avec le corps de Rosenberg. Il se trouvait donc au delà de l'Isar avec les six corps d'armée destinés à opérer en Bavière, et avec une masse d'environ 140 mille hommes. Il n'avait plus que quelques pas à faire pour rencontrer les Français, car il n'y a de l'Isar au Danube qu'une douzaine de lieues, et aucun cours d'eau considérable. Mais pour franchir ces douze lieues il avait à traverser de petites rivières, telles que l'Abens à gauche, la grosse et la petite Laber à droite, des coteaux, des bois, des marais, pays fourré, obscur, difficile. Il fallait beaucoup y penser avant de s'engager dans cette région dangereuse, avec la chance de se heurter à chaque instant contre l'armée française, toujours fort redoutable quoique n'ayant pas encore Napoléon à sa tête. À gauche, l'archiduc Charles avait Augsbourg et Ulm, à droite Ratisbonne. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il y avait des Français à Augsbourg et à Ulm, sans pouvoir dire quels et combien, et d'autres Français à Ratisbonne, ceux-ci mieux connus, car c'était le corps du maréchal Davout, dont l'arrivée dans cette direction était depuis longtemps annoncée. Projets de l'archiduc Charles après le passage de l'Isar. Le généralissime autrichien forma le projet de s'avancer droit devant lui, à travers le pays qui s'étend de l'Isar au Danube, et d'aboutir à ce dernier fleuve vers Neustadt et Kelheim, en suivant la double chaussée qui de Landshut conduit à ces deux points. (Voir la carte no 46.) Arrivé à Neustadt et Kelheim, il devait se trouver entre les deux rassemblements connus des Français, celui d'Augsbourg et celui de Ratisbonne: il pouvait se rabattre sur ce dernier point, accabler le maréchal Davout, enlever Ratisbonne, et donner la main au général Bellegarde. Disposant alors de près de 200 mille hommes, il lui devenait facile de marcher sur le Rhin à travers le Wurtemberg, en balayant devant lui les Français surpris, battus avant d'avoir pu se réunir. Mais il fallait franchir ce pays presque impénétrable avant la concentration des Français et l'arrivée de Napoléon, et il était déjà un peu tard pour réaliser ce projet ambitieux, fort approuvable du reste, s'il était aussi bien exécuté qu'il était bien conçu.