Pertes de l'armée d'Italie. Le corps du prince Eugène, évalué à 80 mille hommes lors du passage du Niémen, n'était plus que de 45 mille, dont 2 mille environ perdus par le feu. Une affreuse dyssenterie, devenue épidémique parmi les Bavarois, les avait réduits de 27 à 13 mille. Cette maladie était due à une nourriture où il entrait plus de viande que de pain, à la viande de porc mangée sans sel, à la privation de vin, à la fraîcheur des bivouacs succédant brusquement à l'étouffante chaleur des jours, enfin et par-dessus tout aux marches rapides, à la jeunesse des hommes, à leur peu de penchant à servir. On regardait ce corps comme à peu près hors d'état d'être utile, et on l'avait laissé à Beschenkowiczy, parce que chaque jour de marche lui occasionnait mille malades[5]. La division italienne était le corps qui après les Bavarois avait le plus souffert de la dyssenterie. La garde italienne elle-même, composée d'hommes de choix, n'en avait pas été exempte. Les belles divisions françaises Broussier et Delzons avaient mieux résisté à cette rude vie de marches et de privations. D'avril à juillet elles étaient venues de Vérone à Witebsk, de l'Adriatique aux sources de la Dwina. Elles avaient perdu par le feu 2 mille hommes à Ostrowno, et 3 mille par la fatigue, ce qui de 20 mille les avait réduites à 15. C'était un grand avantage sur la division italienne Pino, qui de 11 mille hommes était tombée à 5 mille. Le corps du maréchal Davout avait moins diminué que les autres, grâce à sa forte composition. Situation un peu meilleure des troupes du maréchal Davout. S'il n'avait eu dans ses rangs des Hollandais, des Hambourgeois, des Illyriens, des Espagnols, on aurait à peine compté une réduction d'un dixième dans son effectif. Par suite de ce mélange, et par suite aussi de l'incorporation des réfractaires dans ses régiments, il ne pouvait plus mettre en ligne que 52 ou 53 mille hommes au lieu de 72. Le corps de Jérôme, composé des Westphaliens, des Polonais, des Saxons, de la cavalerie de Latour-Maubourg, avait essuyé les pertes suivantes: les Polonais étaient réduits de 30 mille hommes à 22 mille, les Westphaliens de 18 à 10, les Saxons de 17 à 13, la cavalerie Latour-Maubourg de 10 à 6 environ.

Ainsi l'armée active, qui au passage du Niémen comprenait 400 mille combattants, et près de 420 mille hommes de toutes armes avec les parcs, ne comptait plus que 255 mille soldats, excellents sans doute, tous fort solides, tous présents au drapeau, mais pas trop nombreux assurément si on voulait pénétrer au cœur de la Russie. Il est vrai qu'il y avait 140 mille hommes en seconde ligne, entre le Niémen et le Rhin, et 50 à 60 mille malades dans les divers hôpitaux de l'Allemagne et de la Pologne, et qu'on pouvait de ces 200 mille individus tirer d'utiles renforts. En laissant sous les maréchaux Macdonald et Oudinot 60 mille hommes sur la Dwina, 20 mille environ sur le Dniéper sous le général Reynier, il restait de l'armée active 175 mille hommes à porter en avant. Il faut observer que les 30 mille Autrichiens du prince de Schwarzenberg, actuellement en marche vers Minsk, devaient bientôt grossir ce nombre, et que des 140 mille échelonnés entre le Niémen et le Rhin, Napoléon pouvait tirer 30 mille bons soldats sous le maréchal Victor, pour les rapprocher de ses derrières. Quant à la réserve confiée au maréchal Augereau, quant aux diverses garnisons de l'Allemagne, elles étaient nécessaires pour faire face aux Suédois, et il était impossible de les déplacer. Ainsi, en ajoutant aux 60 mille hommes des maréchaux Macdonald et Oudinot laissés sur la Dwina les 30 mille hommes du maréchal Victor, en ajoutant aux 20 mille hommes du général Reynier laissés entre le Bug et le Dniéper les 30 mille Autrichiens, Napoléon avait environ 175 mille hommes à mener avec lui, ou sur Moscou ou sur Saint-Pétersbourg, ses flancs étant fortement protégés. On pouvait sans doute avec cette masse qui était organisée frapper encore des coups décisifs, mais il était cruel, après un mois de campagne, et sans aucune grande bataille, d'être ramené à de telles proportions.

Causes de la diminution des effectifs. Les causes de cette étrange diminution ont déjà été indiquées. Les dernières marches venaient de les révéler encore plus clairement. L'armée d'Italie avait fait de mars à juillet six cents lieues, l'armée partie du Rhin cinq cents. On avait réuni 150 mille chevaux pour traîner les munitions et nourrir l'armée, mais une moitié de ces chevaux avait déjà succombé faute de trouver à se nourrir eux-mêmes, et une partie considérable de nos convois avait dû être abandonnée sur les routes. Les privations jointes à la longueur des marches avaient ainsi empêché beaucoup d'hommes, même de bonne volonté, de suivre leur corps. Les étrangers de toutes les nations, Illyriens, Italiens, Espagnols, Portugais, Hollandais, Allemands, Polonais, s'entendant difficilement les uns avec les autres et avec les habitants des pays traversés, faisant de l'armée une Babel, ne se sentant aucun goût à servir avec nous, se battant bien par amour-propre quand ils étaient sous nos yeux, mais hors du champ de bataille n'éprouvant pas le moindre scrupule dès qu'ils étaient fatigués ou indisposés de rester en arrière, ayant dans les forêts de la Pologne une retraite assurée pour se cacher, disparaissaient à vue d'œil. Quelques-uns mouraient ou pourrissaient dans les hôpitaux, quelques autres exerçaient le métier de brigands, le plus grand nombre s'écoulaient à travers l'Allemagne favorisés par les habitants, et la plupart du temps rentraient chez eux. Après les étrangers, les réfractaires et les jeunes soldats français étaient les plus enclins à quitter les rangs, les jeunes soldats par démoralisation, les réfractaires par goût pour la vie errante. Il ne restait sous le drapeau que les anciens soldats, ou bien ceux qu'un tempérament plus militaire avait promptement associés à l'esprit des vieilles bandes, et ils formaient, comme on vient de le voir, un total de 250 et quelques mille hommes. À commettre la témérité de cette campagne si lointaine, il eût certainement mieux valu n'avoir avec soi que 250 mille hommes au lieu de 400 mille, car on n'en aurait eu que 250 mille à nourrir, et de plus on n'aurait pas infecté le pays d'une multitude de déserteurs, dont la conduite pouvait devenir contagieuse. C'était en effet l'exemple de la désertion bien plus encore que la perte matérielle de 150 mille hommes dont il fallait s'inquiéter, car peu à peu cette facilité à quitter le drapeau, jusqu'à ce jour étrangère à nos soldats, en entraînait beaucoup qui jamais n'y auraient pensé s'ils n'avaient eu continuellement sous les yeux le spectacle de la désertion. À la contagion de l'exemple se joignaient mille fâcheux prétextes pour s'éloigner des rangs. Tous les soirs la course aux vivres, l'attention à donner à d'immenses bagages, le soin des troupeaux menés à la suite de l'armée, l'artillerie régimentaire que Napoléon avait voulu confier aux régiments d'infanterie, et qui détournait de leur service habituel beaucoup d'excellents fantassins pour en faire de mauvais artilleurs, enfin la mortalité des chevaux qui mettait forcément à pied une multitude de cavaliers réduits à se traîner péniblement à la suite des corps, grossissaient cette triste queue qu'on aperçoit ordinairement après le passage des armées, et qui bientôt s'allonge, se corrompt, devient même infecte, en proportion du mauvais état des troupes. Inquiétudes que causent à Napoléon les diminutions d'effectif. C'était cet ensemble de causes qui préoccupait surtout Napoléon, plus encore que le nombre si considérable d'hommes dont il allait être matériellement privé, car, à la rigueur, avec 100 mille hommes distribués sur ses flancs, et une masse bien compacte de 150 mille autres portés en avant, il n'eût pas été impossible de frapper sur la Russie un coup mortel; mais à voir ce qui se passait, il était à craindre que les 250 mille hommes qui lui restaient ne fussent bientôt réduits à 200, à 100, et même à beaucoup moins. Napoléon en avait dans certains moments le pressentiment sinistre, et prenait pour parer à ce danger les précautions les plus minutieuses et les plus profondément calculées. Voici celles qu'il adopta pendant le séjour qu'il fit à Witebsk.

La gendarmerie d'élite, troupe sans pareille pour la qualité des hommes, exerçant ordinairement la police sur les derrières de l'armée, et se composant de 3 à 400 cavaliers, lui parut insuffisante, malgré les colonnes mobiles dont on l'avait renforcée, et il ordonna d'envoyer de Paris au quartier général tout ce qui restait dans les dépôts de la garde. Moyens qu'il emploie pour y remédier. Il créa, ce qu'il n'avait pas fait encore, et ce qui attestait bien l'état fâcheux des troupes, deux inspecteurs de la grande armée, qui, sous le titre d'aides-majors généraux de l'infanterie et de la cavalerie, étaient chargés de veiller à la situation de ces deux armes, à leur tenue, à leur effectif, à leurs besoins. Ils devaient s'assurer de la force vraie des régiments au moment de chaque action, et s'occuper surtout des petits dépôts que l'armée laissait sur sa route. Nomination de deux inspecteurs généraux de l'infanterie et de la cavalerie pour la grande armée. Napoléon fit, pour ces fonctions, deux choix excellents, tant sous le rapport de la vigilance que sous celui de la connaissance de chaque arme, ce fut, pour l'infanterie, le comte Lobau, pour la cavalerie, le comte Durosnel. Malheureusement la multiplication des emplois ne remédie pas plus aux abus que la multiplication des médecins n'assure la guérison des malades. Napoléon chercha avec plus de raison dans cette seconde halte, qu'il se proposait de faire à Witebsk, et que la chaleur, indépendamment de tout autre motif, aurait rendue nécessaire, dans le ralliement des hommes, dans l'arrivée des convois, qu'un délai de douze ou quinze jours devait singulièrement faciliter, dans le soin à réunir une nouvelle réserve de vivres qu'on essayerait cette fois de transporter réellement à la suite de l'armée, le remède au mal qui l'inquiétait. Toujours dans le désir de réveiller le sentiment de la discipline chez ses soldats, il voulut passer lui-même des revues sur la place de Witebsk, qu'il agrandit en faisant abattre quelques-unes des maisons en bois qui l'obstruaient. Revues continuelles de troupes sur la grande place de Witebsk. Là il inspecta d'abord les diverses brigades de la garde impériale, puis les corps qui étaient à sa portée, examinant lui-même en détail la tenue des hommes, leur armement, leur équipement, et parlant aux soldats et aux officiers un langage fait pour exciter dans leurs cœurs les plus nobles sentiments. Dans l'une de ces revues, il reçut le général Friant en qualité de colonel-commandant des grenadiers à pied de la garde, dignité qui était vacante par la mort du général Dorsenne, et dont il voulut récompenser l'un des trois anciens divisionnaires du maréchal Davout. Cette réception eut lieu aux applaudissements de toute l'armée. Le général Friant était alors le modèle accompli de ces vertus guerrières formées sous la République, non corrompues par les prospérités de l'Empire, et consistant dans la modestie, la probité, le dévouement au drapeau, la profonde science du métier unie à un véritable héroïsme. Napoléon, après avoir serré dans ses bras cet homme rare, dont les cheveux avaient déjà blanchi sous les armes, lui dit: Allocution au général Friant. Mon cher Friant, vous ne prendrez ce commandement qu'à la fin de la campagne; ces soldats-ci vont tout seuls, et il faut que vous restiez avec votre division, où vous aurez encore de grands services à me rendre. Vous êtes l'un de ces hommes que je voudrais pouvoir placer partout où je ne puis pas être moi-même.—

Napoléon n'était pas le seul dans l'armée à s'être aperçu de la grave difficulté des distances, surtout dans un pays mal cultivé parce qu'il était mal peuplé, avec un ennemi qui se retirait sans cesse par nécessité et par calcul. Dans le premier élan on n'avait pas douté d'atteindre les Russes, et de les battre une fois atteints, mais la chaleur, la mauvaise nourriture, ayant tout à coup abattu les forces, on commençait à mesurer les espaces parcourus, à s'inquiéter de ceux qu'il faudrait parcourir encore, et on se demandait avec une sorte de chagrin quand est-ce qu'on pourrait joindre l'armée ennemie[6]. L'armée discerne clairement le danger de cette guerre, consistant surtout dans les distances à parcourir. C'était le sujet des entretiens des généraux, des officiers et des soldats eux-mêmes.—Ces misérables fuient toujours! s'écriaient les soldats.—Ces rusés, disaient beaucoup d'officiers, veulent nous entraîner à leur suite, nous fatiguer, nous épuiser, et nous assaillir quand nous serons assez réduits en nombre et en force physique pour n'être plus à craindre.— Idée de s'arrêter à Witebsk très-répandue. Cette dernière pensée avait surtout germé dans les rangs les plus élevés de l'armée, et on entendait se demander autour de Napoléon s'il ne serait pas temps de s'arrêter, puisqu'on était arrivé aux véritables limites qui séparaient l'ancienne Pologne de la Moscovie, et pour ainsi dire l'Europe de l'Asie; de s'établir solidement sur la Dwina et sur le Dniéper, de fortifier Witebsk et Smolensk, de prendre Riga à gauche, de s'étendre à droite jusqu'en Volhynie et en Podolie, d'insurger ces provinces, d'organiser la Pologne, de lui créer une armée, un gouvernement, de préparer aussi les cantonnements d'hiver, et d'y attendre avec des troupes réorganisées, bien armées, bien nourries, cantonnées sur une bonne frontière, que les Russes vinssent nous redemander la Pologne les armes à la main. Dans ce cas la réponse ne présentait pas de doute, et il n'y avait pas un soldat qui ne fût certain de la faire victorieuse.

Réponse de Napoléon à cette manière de penser. Ces idées étaient justes assurément, et pourtant elles soulevaient de fortes objections. Aussi Napoléon, qui voyait tout, qui savait tout, éprouvait-il une sorte d'impatience à entendre les propos d'hommes sensés, ayant en grande partie raison, mais négligeant un côté important de la vérité. Condamné dans ces pays dépeuplés par la nature et par la guerre à vivre en tête à tête avec ses lieutenants, y mettant même plus de condescendance que de coutume à cause de l'anxiété dont il les voyait saisis, il répondait à leurs opinions, dont il ne méconnaissait pas la justesse, par les graves réflexions qui suivent.

D'abord ces cantonnements, disait-il, n'étaient pas si faciles à établir qu'on le pensait. Le Dniéper et la Dwina, qui dans le moment semblaient des frontières, n'en seraient plus dans trois mois. La gelée et la neige en feraient des plaines, sur lesquelles une légère cavité marquerait tout au plus le cours des fleuves. Que seraient alors quelques points tels que Dunabourg, Polotsk, Witebsk, Smolensk, Orscha, Mohilew, distants de trente ou quarante lieues les uns des autres, et très-légèrement fortifiés? Comment défendre, contre des troupes que l'hiver serait loin de paralyser, contre la facilité du traînage, une pareille ligne de cantonnements? Et ces soldats français, si prompts par nature, devenus plus prompts encore par l'habitude des dernières guerres, comment les retenir, et leur faire prendre patience, sous le plus triste climat du monde, pendant neuf mois entiers, depuis août de la présente année jusqu'à juin de l'année suivante, sans être même assuré de les bien nourrir pendant ce long intervalle de temps? Interrompre en août une campagne commencée à la fin de juin!... Comment leur expliquer une telle timidité, comment la faire comprendre à l'Europe? Et celle-ci, habituée à nos coups de foudre, en nous voyant hésiter, tâtonner, nous arrêter après quelques combats, brillants mais sans résultat, n'allait-elle pas nous regarder d'un œil moins humble, douter de nous, et peut-être s'agiter sur nos derrières? L'Espagne (dans laquelle de fâcheux événements commençaient à se produire, ainsi qu'on le verra bientôt), l'Espagne n'allait-elle pas nous créer des embarras, qui, peu inquiétants lorsque la grande armée était placée entre l'Elbe et le Rhin, deviendraient graves lorsqu'elle serait avec son chef confinée pour un temps indéterminé entre le Niémen et le Borysthène? Avait-on mesuré toutes ces difficultés, et beaucoup d'autres auxquelles on devrait songer, quand on était si prompt à conseiller de s'arrêter?—

Telles étaient les objections que Napoléon adressait à ceux qui considéraient l'établissement sur le Dniéper et la Dwina comme un résultat suffisant de la campagne, et il y avait bien d'autres objections encore qu'il taisait, quoiqu'il les sût bien, car s'il était plus prompt que personne, par caractère, par habitude, par ambition, à se jeter dans d'inextricables difficultés, il était plus prompt aussi que personne à découvrir ces difficultés, quand il s'y était jeté, et s'il les niait, ce n'était pas par ignorance, mais par répugnance à s'avouer ses fautes, par calcul, et un peu aussi par ce besoin d'illusions qui porte à se nier à soi-même des choses qu'on sait être vraies, comme si en les niant on en diminuait la réalité. Il savait, par exemple, sans en convenir, que les esprits commençaient à s'éloigner de lui, même en France, qu'en Europe ils étaient profondément exaspérés, que dans l'armée, qui composait sa véritable clientèle, la fatigue avait déjà produit le refroidissement, la critique, la méfiance, et que, dans cette situation, il ne pouvait se soutenir qu'à force de coups d'éclat.

Napoléon ne repousse pas absolument l'idée de s'arrêter sur la Dwina et le Dniéper, mais il veut auparavant avoir rétabli par quelque grand triomphe le prestige de ses armes. Du reste, l'idée de ne point dépasser les limites de la Pologne, qui se répandait autour de lui, il n'en méconnaissait pas le mérite; il était même prêt à y adhérer, et à en faire le principe de sa conduite, mais après avoir exécuté certaines opérations qu'il méditait encore, après avoir remporté quelque triomphe signalé, car il ne désespérait pas, après ce second repos d'une quinzaine, de frapper quelque grand coup, qui maintiendrait tout entier le prestige de ses armes, et lui permettrait de s'arrêter aux frontières de la Moscovie, sans que le monde ni la France doutassent de lui, point important à ne jamais oublier. Au surplus, les divergences sur ce sujet n'avaient encore aucune gravité, car malgré quelques doutes surgissant çà et là, la confiance en lui était entière parmi ses soldats et ses généraux, et si la fatigue inspirait parfois des moments de tristesse, elle ne suggérait à personne l'idée d'un désastre.

Mouvements de tous ses corps dirigés dans cette pensée. Napoléon, nourrissant le projet de nouvelles et décisives opérations, dirigeait dans ce sens les mouvements des corps d'armée qui actuellement ne prenaient point part au repos de Witebsk. On a vu que sur la Dwina il avait ordonné au maréchal Oudinot de marcher l'épée haute sur le comte de Wittgenstein, de le pousser sur Sebej, route de Saint-Pétersbourg par Pskow, afin de dégager la gauche de la grande armée (voir la carte no 54); qu'il avait ordonné au maréchal Macdonald d'appuyer le mouvement du maréchal Oudinot, de se porter sur la basse Dwina, afin de faire tomber Dunabourg, et de préparer le siége de Riga, ce qui devait assurer non-seulement l'occupation paisible de la Courlande, mais probablement aussi la possession des deux forts points d'appui de Dunabourg et de Riga. On a vu enfin que vers le Dniéper il avait ordonné au général Reynier avec les Saxons, au prince de Schwarzenberg avec les Autrichiens, de se croiser, et de se rendre, le prince de Schwarzenberg à Minsk, le général Reynier à Brezesc ou Kobrin, ce dernier ayant mission de couvrir le grand-duché et d'insurger la Volhynie. Ces ordres étaient actuellement ou exécutés ou en cours d'exécution, dans la mesure des circonstances et du talent de ceux qui étaient chargés de les exécuter.