Le lendemain il était sur l'Elbe, et terminait cette longue retraite, commencée à Moscou le 20 octobre, et signalée par de si étranges et si prodigieux désastres. Le prince Eugène n'avait rien à se reprocher depuis qu'il avait pris le commandement, si ce n'est un peu trop de circonspection, et avait d'ailleurs rendu d'incontestables services. Tous les maréchaux et les généraux sans troupes, excepté les maréchaux Davout et Victor, l'avaient quitté. Il envoya le maréchal Davout à Dresde avec la division Lagrange, pour recueillir le général Reynier qui revenait de Kalisch, et pour défendre les points importants de Dresde et de Torgau. Il s'établit lui-même à Wittenberg avec les 10 mille hommes qui avaient été longtemps sa seule ressource, avec les troupes du corps de Grenier, et attira sur Magdebourg les divisions du corps de Lauriston, qui étaient prêtes à se porter en ligne. Il allait donc avoir 80 mille hommes sur l'Elbe, plusieurs grandes places mises en bon état de défense, et il ne pouvait plus être forcé d'abandonner cette ligne.
Joie des Allemands en apprenant l'évacuation de Berlin. On comprend, sans qu'il soit besoin de le dire, la joie tumultueuse qui éclata dans toute la Prusse en apprenant l'évacuation définitive de Berlin. Bien avant cette évacuation, on avait envoyé au roi Frédéric-Guillaume émissaires sur émissaires, d'abord le fougueux baron de Stein, puis un Alsacien fort délié, le baron d'Anstett, dont le sol natal était depuis longtemps devenu français, puis un officier de grand crédit parmi les patriotes allemands, le général Scharnhorst, et on lui avait démontré de toutes les façons, par les raisons morales, politiques, militaires, qu'il fallait se donner à la Russie. Raisons qu'on fait valoir auprès du roi Frédéric-Guillaume pour le décider à passer du côté des Russes. On lui avait dit que Napoléon était vaincu, qu'il ne pourrait pas recommencer la longue série de ses victoires; que l'Europe, lasse de son joug, allait se soulever tout entière; que l'Autriche n'attendait que le signal de la Prusse pour se prononcer; que Napoléon ne résisterait point à une pareille masse d'ennemis; que la France d'ailleurs épuisée et dégoûtée ne lui en fournirait pas les moyens; qu'on débarrasserait ainsi le monde de son odieuse domination; que la Russie ne voulant pour elle-même que ce qu'elle avait autrefois possédé, allait restituer la portion du duché de Varsovie qui avait appartenu à la Prusse; qu'elle lui rendrait en outre toutes les parties de son territoire qu'elle parviendrait à reconquérir, et promettait même de ne pas poser les armes qu'elle n'eût aidé la Prusse à se reconstituer entièrement. C'était là surtout ce qui pouvait décider le roi Frédéric-Guillaume, car il craignait qu'après une bataille perdue on ne se décourageât, et qu'on ne le livrât encore, comme à Tilsit, à la vengeance de Napoléon. En prenant l'engagement de ne plus l'abandonner, et de soutenir une lutte à mort, on faisait ce qui devait le plus influer sur ses résolutions.
Devant toutes ces raisons, devant toutes ces promesses, devant l'enthousiasme de ses sujets, il se rendit, en disant toutefois à ceux qui l'entouraient que ce ne devait pas être une affaire d'entraînement suivie d'un découragement subit comme en 1806, mais qu'il exigeait, puisqu'on voulait la guerre, qu'on y persévérât jusqu'à extinction, et en y prodiguant jusqu'au dernier écu, et jusqu'au dernier homme. Traité d'alliance de la Prusse avec la Russie, signé le 28 février 1813. Il autorisa donc M. de Hardenberg à signer le 28 février un traité par lequel la Russie s'engageait à réunir immédiatement 150 mille hommes, la Prusse 80 mille (chacune des deux puissances se proposant d'en réunir bientôt davantage), à les employer contre la France jusqu'à ce que la Prusse eût reçu une constitution plus conforme à son ancienne existence et à l'équilibre de l'Europe, à ne déposer les armes qu'après ce but atteint, à faire tous leurs efforts pour rattacher l'Autriche à la cause commune, à ne traiter en un mot que de concert, et jamais l'une sans l'autre. La Russie promettait en particulier d'employer ses bons offices auprès de l'Angleterre pour qu'elle conclût un traité de subsides avec la Prusse.
Dissimulation du roi et de M. de Hardenberg, n'osant pas avouer ce qu'ils ont fait. Tandis qu'ils prenaient ces engagements, le roi ni M. de Hardenberg n'avaient encore osé s'expliquer franchement avec M. de Saint-Marsan, ministre de France, et leur embarras avec lui était visible. Au moment où ils traitaient, l'armée française avait déjà évacué Posen et Francfort-sur-l'Oder, et s'apprêtait à sortir de Berlin. Elle n'était donc plus à craindre, et il y aurait eu peu de danger à déclarer franchement qu'on profitait de l'occasion pour refaire la fortune de son pays imprudemment compromise à une autre époque. Mais, d'une part, M. de Hardenberg avait assez d'esprit pour comprendre qu'il allait jouer une partie fort dangereuse pour son pays, et le roi assez de mémoire pour en être également convaincu, et tant que l'armée française n'avait pas repassé l'Elbe, ils n'osaient presque pas avouer ce qu'ils venaient de faire. M. de Hardenberg était même si ému, que le 27, veille de la signature du traité avec la Russie, il disait à M. de Saint-Marsan: Mais faites donc quelque chose pour la Prusse, et vous nous sauverez d'une cruelle extrémité!—Il était sincère en s'exprimant de la sorte, et sur le point de prendre un parti qui pouvait être ou extrêmement heureux, ou extrêmement funeste pour sa patrie, il éprouvait tes anxiétés d'un bon citoyen. Le roi de Prusse, pour préparer la France à un changement d'alliance, affecte une grande irritation au sujet de quelques actes récents des armées françaises. Le roi, dont nous ne voudrions en rien décrier l'honnête caractère, fut encore moins franc que son ministre, et se servant d'une ruse peu digne de lui, feignit une extrême irritation à l'occasion de quelques procédés récents reprochés à l'armée française. Voici quels étaient ces procédés. Napoléon avait ordonné qu'on payât tout; mais les Prussiens, abusant de la situation, avaient exigé du général Mathieu Dumas, intendant de l'armée, des prix tels qu'il était impossible de les admettre. Le patriotisme autorisait à nous refuser des vivres, il n'autorisait pas à nous les faire payer trois ou quatre fois leur valeur. Napoléon avait donc cassé les marchés. Il avait ordonné aussi que les places de l'Oder s'approvisionnassent comme elles pourraient, en prenant autour d'elles ce qu'il serait impossible d'acheter. Les gouverneurs français de Stettin, Custrin, Glogau, n'y avaient pas manqué, et avaient enlevé à quelques lieues à la ronde le bétail, les grains, les bois, tout ce dont ils avaient eu besoin. Enfin le prince Eugène, là où ses troupes dominaient, avait empêché les levées en masse, lesquelles étaient une infraction évidente aux traités qui liaient la Prusse envers la France, et limitaient l'étendue de ses armements. Certes, à côté de ce qui s'était passé pendant vingt ans de guerres acharnées, guerres que la Prusse avait provoquées bien gratuitement en 1792 (elle n'aurait pas dû en perdre le souvenir), ce n'était pas un motif sérieux à alléguer, pour une rupture d'alliance, que les trois faits que nous venons de rapporter. Il eût été plus simple et plus digne de dire que, longtemps vaincus, opprimés, on trouvait l'occasion de se relever, et qu'on la saisissait. Mais soyons justes à notre tour, et convenons que l'opprimé a contre son oppresseur le droit de la ruse. Il y perd de sa dignité, mais il ne manque à personne. Le 28 février, jour de la signature du traité avec la Russie, le roi affectant une irritation, qui, si elle était sincère, venait de la peur qu'il éprouvait en prenant un parti si grave, exigea qu'on adressât à M. de Saint-Marsan une note, où il nous était demandé compte péremptoirement, et avec sommation de répondre tout de suite, des derniers actes imputés à l'armée française. M. de Saint-Marsan ne pouvant répondre lui-même, la note fut envoyée à Paris par courrier extraordinaire.
Mesures militaires de la Prusse qui révèlent un changement prochain. Mais on ne se cachait plus, on n'en avait plus la force, et la joie des patriotes accourus à Breslau, entourant le roi, le félicitant publiquement de sa conduite, ne laissait aucun doute sur la résolution prise. D'ailleurs une suite de mesures tout à fait significatives vinrent rendre à peu près officielle la rupture avec la France. On donna cours forcé de monnaie aux papiers d'État qui répondaient à nos bons du Trésor. On décréta la formation d'une grande armée prussienne en Silésie. L'illustre général Blucher, celui qui avait toujours manifesté de l'asservissement de son pays le plus noble chagrin, fut nommé commandant en chef de cette armée. Le général Scharnhorst, qui avait le plus contribué à entraîner le roi, fut nommé chef d'état-major de cette même armée. Enfin le procès du général d'York, qui n'avait jamais été commencé, se trouva, dit-on, terminé à son avantage. Il fut déclaré innocent, et réintégré dans le commandement des troupes dont il avait déterminé la défection. Les officiers prussiens qui, après l'alliance avec la France, avaient porté en Russie leur patriotisme indigné, les généraux Gneisenau, Clausewitz, furent appelés, pourvus de grades, et comblés de récompenses.
Entrée d'Alexandre à Breslau, et entrevue de ce monarque avec le roi de Prusse. Après de telles manifestations, il n'y avait plus de contrainte à s'imposer, et l'entrevue des deux souverains nouvellement alliés eut lieu le 15 mars. Alexandre, accompagné de M. de Nesselrode et d'une foule de généraux, entra dans la capitale de la Silésie, et au milieu des applaudissements du peuple, des acclamations de l'armée, se jeta dans les bras de l'ami sacrifié jadis à Tilsit, et retrouvé récemment dans le désastre de Moscou. Le fougueux et généreux baron de Stein, retenu dans son lit par d'affreuses souffrances, n'était pas là pour assister à un événement qui était son ouvrage. La ville fut trois jours illuminée, et le roi eut du reste le soin de faire entourer par ses propres gardes la maison de M. de Saint-Marsan, afin qu'elle n'essuyât aucun outrage. Déclaration définitive de la Prusse, annonçant sa rupture avec la France, et son alliance avec la Russie. Pendant ce séjour d'Alexandre à Breslau, M. de Hardenberg qui n'avait cessé de garder avec M. de Saint-Marsan un silence triste, mais tellement expressif que ce n'était presque pas du silence, le rompit en lui remettant le 17 mars la déclaration de guerre à la France, et après lui avoir prodigué toute espèce de témoignages personnels, lui laissa le choix de partir quand et comme il voudrait.
Joie des patriotes allemands, leur espérance et leur prétention d'entraîner tous les princes d'Allemagne. Il n'est pas besoin d'affirmer que cet événement, quoique prévu, produisit sur l'Allemagne et sur l'Europe un effet immense. Les patriotes allemands manifestèrent plus que jamais leur joie et leurs espérances. Suivant eux, la Saxe, la Bavière, le Wurtemberg, tous les princes qu'on appelait nos esclaves, devaient sur-le-champ imiter la conduite de la Prusse, et prendre part à la coalition générale. Dans le désir d'accélérer ce résultat, les colonels Czernicheff et Tettenborn, laissant au corps de Wittgenstein le soin de suivre l'arrière-garde du prince Eugène sur Magdebourg et Wittenberg, descendirent l'Elbe avec leurs Cosaques, pour aller se montrer vers Hambourg, et pour essayer, de concert avec les flottilles anglaises, de soulever ces Français anséatiques, qui étaient Français malgré eux, et ne demandaient que l'occasion de ne plus l'être. En même temps les avant-gardes de l'armée russe du centre qui avaient traversé l'Oder, furent dirigées sur Torgau et sur Dresde, pour tâcher de décider la Saxe, et pour agir sur elle par les moyens qui avaient si bien réussi auprès de la Prusse.
Le prince Eugène, inquiet pour Dresde en se repliant sur l'Elbe, avait appuyé à droite au lieu d'appuyer à gauche, et avait porté son centre à Wittenberg, au lieu de le porter à Magdebourg. Par suite de ce mouvement Hambourg s'était trouvé découvert, car on sait quelle distance il y a de Magdebourg, placé en quelque sorte au milieu de la ligne de l'Elbe, à Hambourg, situé à une petite distance de l'embouchure de ce fleuve (nous prenons ici la ligne de l'Elbe des montagnes de la Bohême à la mer). Les Cosaques des colonels Tettenborn et Czernicheff envoyés à Hambourg. Les colonels Tettenborn et Czernicheff coururent donc avec neuf à dix mille Cosaques, appuyés par quelque infanterie légère, vers Lubeck et Hambourg. Les Anglais, de leur côté, avaient refait un établissement à l'île d'Héligoland, et y avaient accumulé des armes, des munitions, du matériel de guerre de tout genre. Leurs flottilles remplissaient les embouchures de l'Elbe. Il n'en fallait pas tant pour mettre en fermentation les têtes déjà fort enflammées des habitants de Hambourg. Le général Morand, non pas le célèbre Morand du corps de Davout, mais un vieux général du même nom, brave, malheureusement infirme, se retirait en ce moment avec deux mille hommes de la Poméranie sur Hambourg. Il fut assailli à l'improviste, mortellement blessé, et pris avec une partie de sa petite troupe. D'un autre côté le général Lauriston, dirigé par Osnabruck, Hanovre, Brunswick sur Magdebourg, était encore à quarante lieues de là. Le général Bourcier se trouvait à Hanovre au milieu des dépôts de sa cavalerie. Les forces qui résidaient à Hambourg même n'étaient suffisantes ni pour arrêter les Cosaques, ni pour contenir la population. Insurrection de Hambourg. Les autorités françaises qui avaient été fort maltraitées le 24 février précédent, qui avaient vu les douaniers, les commis des contributions indirectes, les agents de la police battus, pillés, expulsés, craignirent d'essuyer cette fois des traitements plus fâcheux encore, et évacuèrent Hambourg, en livrant la ville aux autorités municipales. Elles se dirigèrent sur Brême. À l'instant les Cosaques de Tettenborn accoururent au milieu de la joie générale, et reçurent les clefs de la ville pour les porter à l'empereur Alexandre. Les autorités municipales formées par les Français se démirent, et furent remplacées par l'ancien sénat. Une légion, dite légion de Hambourg, fut formée sur-le-champ, et composée de tous les hommes de bonne volonté disposés à s'armer pour la cause allemande. Elle fut équipée aux frais des riches Hambourgeois, qui remplirent en quelques heures une forte souscription ouverte pour subvenir à cette dépense. On fit signal aux Anglais d'arriver, et ils arrivèrent en effet bien vite avec des bâtiments chargés de sucre, de cafés et de cotons. C'était doubler la joie que produisait leur apparition, car à la satisfaction de voir s'éloigner une autorité étrangère détestée, se joignait celle de voir le blocus continental aboli, et les voies du commerce rouvertes. Les malheureux Hambourgeois ne savaient pas à quel brusque retour de fortune ils s'exposaient par cette imprudente manifestation.
Situation de la Saxe. Sur le haut Elbe, en Saxe, à Dresde, le même mouvement se produisit à l'approche des troupes russes et prussiennes.
Embarras et épouvante du roi Frédéric-Auguste. L'infortuné Frédéric-Auguste, roi de Saxe, jusque-là fort attaché à Napoléon, qui l'avait comblé de faveurs, et lui avait rendu la Pologne, commençait à sentir que tant d'ambition n'était pas faite pour lui, que le repos, l'amour de ses sujets, les pratiques religieuses étaient son lot véritable et unique. Aussi tout en regrettant beaucoup la Pologne, il était prêt à y renoncer, pourvu qu'on lui laissât sa chère Saxe, telle qu'il la possédait avant les grandeurs dont Napoléon l'avait accablé. Ce prince s'adresse à l'Autriche, qui travaille à l'affilier au parti médiateur qu'elle cherche à former en Europe. Depuis les derniers événements, sans montrer moins de dévouement à la France, il avait pourtant cherché un conseiller qui dirigeât sa faiblesse dans ce dédale de circonstances prodigieuses, et il avait cru faire le meilleur choix possible en s'adressant à l'empereur d'Autriche, c'est-à-dire au beau-père, à l'allié de Napoléon. M. de Metternich s'était aussitôt efforcé de le rattacher à ce parti de princes allemands qu'il s'appliquait à former, et dont le but était de pacifier l'Europe en s'interposant entre la Russie, l'Angleterre et la France, et en les forçant à accepter une paix toute germanique. On avait dit, et avec raison, à Frédéric-Auguste, que ce n'était pas trahir la France, que c'était lui rendre service au contraire, et en même temps remplir ses devoirs de bon Allemand, que de travailler à rétablir la paix sur la base d'une Allemagne indépendante, forte et respectée. Il n'avait pas hésité à suivre cette voie, et par ce motif n'avait répondu que d'une manière évasive aux réclamations du ministre de France, qui tantôt lui demandait des approvisionnements, tantôt des recrues, tantôt de la cavalerie. Pour se soustraire à ces instances, il savait fait valoir sa détresse, les dispositions malveillantes de ses sujets, et enfin l'impossibilité d'exécuter ce qu'on exigeait de lui dans le temps prescrit. Le roi de Saxe cantonne à Torgau son infanterie revenue de Pologne avec le général Reynier, et laisse voir la résolution de ne plus l'employer activement. Son corps d'armée étant revenu sur l'Elbe, sous la conduite du général Reynier, il l'avait cantonné dans Torgau, et là, sous prétexte de le recruter, il l'avait mis à part dans une place forte, pour y attendre, dans une espèce de neutralité semblable à celle du prince de Schwarzenberg, les directions de la politique autrichienne. Quant à sa cavalerie, composée de 1,200 cuirassiers superbes, et de 1,200 hussards et chasseurs excellents, dont Napoléon avait demandé impérieusement l'envoi, il l'avait positivement refusée. Pour lui inspirer le courage d'un tel refus, il lui avait fallu une peur plus grande encore que celle que lui inspirait Napoléon, et cette peur était celle des Cosaques, dont la présence partout annoncée faisait trembler jusqu'aux alliés des Russes. Il forme le projet de se retirer sous l'escorte de sa cavalerie, loin des armées belligérantes. S'attendant à chaque instant à voir apparaître ces Cosaques, si effrayants de loin, il avait résolu de se placer au milieu de sa cavalerie, et de s'en aller avec sa famille dans un lieu sûr, laissant son infanterie dans Torgau, et ses États à ceux qui voudraient les occuper tour à tour. Avec de pareilles dispositions il suffisait de la défection de la Prusse, et de l'approche des avant-gardes russes, pour décider ce prince à exécuter un projet de fuite si longuement préparé. Ce prince, malgré les instances du ministre de France, se transporte en Bavière. Malgré les représentations du ministre de France, M. de Serra, qui s'efforçait de lui démontrer l'inconvenance de son départ, et le danger d'abandonner ses sujets qui allaient inévitablement se livrer aux passions régnantes, et se donner envers la France des torts dont ils seraient bientôt punis, dont lui-même souffrirait, il partit, laissant Dresde dans les mains du maréchal Davout, ses objets les plus précieux et les moins transportables dans la forteresse de Kœnigstein, marchant enfin lui-même avec son trésor, avec sa nombreuse famille, au milieu de trois mille hommes, tant cavaliers qu'artilleurs. Il aurait pu se retirer en Bohême, où il serait arrivé en quelques heures, sur une terre neutre, en ce moment inviolable pour toutes les puissances belligérantes. Il ne l'osa pas, et la cour d'Autriche ne l'eût pas voulu, pour ne pas découvrir trop tôt la secrète ligue qu'elle cherchait à former. Il se rendit par Plauen et Hof à Ratisbonne, sur le territoire du roi de Bavière, aussi embarrassé que lui. Son intention était de rester en Bavière, ou de se jeter en Autriche, selon les événements. M. de Serra lui avait bien adressé l'invitation de venir en France, mais une telle démarche l'eût perdu aux yeux des Allemands, eût été contraire d'ailleurs au projet de médiation de l'Autriche, et il n'avait point accepté cette invitation.