Apparition des Russes devant Dresde. À peine était-il parti de Dresde que les Russes parurent aux environs de cette ville. L'infanterie saxonne s'était enfermée dans Torgau, et avait déclaré n'en vouloir pas sortir pour contribuer à la défense de l'Elbe. Le maréchal Davout avait pour défendre le cours supérieur de l'Elbe la division française Durutte, seul reste du corps de Reynier depuis que les Saxons l'avaient quitté, plus quelques troupes que le prince Eugène lui avait envoyées, et enfin les seconds bataillons de son corps qu'on venait de réorganiser à Erfurt. Le maréchal Davout fait sauter le pont de Dresde. Il se hâta d'accourir à Dresde de sa personne, et prit les mesures que réclamaient les circonstances, en militaire probe mais inexorable, ne commettant aucun mal inutile, mais ordonnant sans pitié tout le mal nécessaire. Il parcourut les bords de l'Elbe, ordonna la destruction des moulins, des bateaux, des bacs, malgré les cris des paysans saxons, et arrivé au beau pont de pierre qui dans Dresde servait à l'union des deux villes, la vieille et la nouvelle, il en fit miner deux arches, et les fit sauter, sans s'inquiéter des attroupements des habitants, de leurs menaces et de leurs clameurs. Il se mit ensuite à la tête de ses troupes pour recevoir les Russes s'ils essayaient de forcer le passage.

Irritation des Allemands contre ce maréchal. Ces mesures de défense devinrent l'un des griefs les plus violemment allégués dans toute l'Allemagne. On composa des gravures grossières, représentant le pont de Dresde détruit par celui que dans le Nord on appelait le féroce Davout, et on les répandit par milliers dans les villes et les campagnes.—Voilà, disait-on, comment les Français traitent leurs plus fidèles alliés, les Saxons, qui viennent de se battre vaillamment pour leur cause, tandis qu'eux Français s'enfuient en jetant leurs armes.—

Effet produit à Vienne par la défection de la Prusse. Cette nouvelle excitation produite par la défection de la Prusse s'était naturellement fait sentir à Vienne, malgré la distance et l'ordinaire tranquillité de cette capitale. La politique profonde de M. de Metternich et de l'empereur François, quoique devinée par quelques esprits pénétrants, échappait aux gens passionnés de la cour, de l'armée et du peuple. Ils n'y voyaient qu'une coupable lenteur à se détacher de la France, et à secouer les funestes engagements qu'on avait pris en contractant le mariage de Marie-Louise avec Napoléon. Extrême exaltation du parti allemand. Le déchaînement de cette partie du public autrichien était extrême. On remarquait parmi les plus animés l'impératrice elle-même, princesse de Modène, et ce qui est plus étonnant, l'archiduc Charles, ordinairement si sage, surtout si mesuré lorsqu'il s'agissait de la France. Mais ce prince sentant au fond du cœur fermenter son patriotisme allemand, profondément blessé d'ailleurs par son frère l'empereur François qui l'avait exclu de toute participation aux affaires, saisissait assez volontiers les occasions de blâmer le gouvernement, et cette fois du reste était sincère, car il était de ceux qui auraient voulu une conduite plus claire et plus franche. On allait jusqu'à lui prêter un propos étrange par sa hardiesse. Il avait dit, assurait-on, que si l'empereur François avait contracté un mariage gênant pour sa politique, et que chez lui le père embarrassât le souverain, il fallait qu'il abdiquât, et cédât la couronne à un membre de la famille plus libre de ses actions.

L'empereur François et M. de Metternich jugent la conduite de la Prusse fort imprudente, et ne veulent tomber ni sous le joug des masses populaires, ni sous le joug de la Russie. L'exaltation était si grande que M. de Metternich avait eu quelques craintes à concevoir pour sa personne, et que le gouvernement s'était vu obligé d'ordonner de nombreuses arrestations, même parmi des personnages considérables, tels que M. de Hormayer, l'un des employés les plus élevés de la chancellerie autrichienne, celui dont on se servait pour communiquer secrètement avec le Tyrol. Ce qui se passait en Allemagne n'était en effet ni du goût de l'empereur, ni du goût de M. de Metternich. D'abord il ne leur convenait pas d'exciter l'esprit public aussi vivement qu'on le faisait, et, pour secouer le joug de Napoléon, d'accepter celui des masses populaires. Alexandre leur paraissait un prince imprudent, enivré par des succès auxquels il n'était pas accoutumé, et Frédéric-Guillaume un prince faible, mené aujourd'hui par ses sujets, comme six ans auparavant il l'était par sa femme. Ni l'empereur ni M. de Metternich ne se faisaient faute d'exprimer ce jugement. Ensuite cette manière impétueuse, irréfléchie d'agir n'était pas la leur. Ils voulaient sortir des mains de Napoléon, sans se mettre dans celles d'Alexandre, et en sortir en tout cas, sans s'exposer à y retomber plus durement que jamais, par suite d'une guerre follement entreprise, et sottement conduite. Ils étaient loin de regarder Napoléon comme détruit; ils s'attendaient à le voir, de même qu'en 1806, déboucher d'une manière foudroyante des défilés de la Thuringe, et punir les imprudents qui venaient s'exposer de si près à ses coups. Désir d'éviter une nouvelle guerre contre la France. Si du reste un tel résultat n'était pas certain, il était au moins possible, et cette seule raison suffisait à leurs yeux pour qu'on dût ne pas agir si vite, ne pas s'engager surtout avant que l'armée autrichienne fût reconstituée, et même pour qu'on préférât la ressource d'une médiation, au moyen de laquelle on referait la situation de l'Allemagne sans courir le danger d'une guerre avec la France.

C'est de ce point de vue que le cabinet autrichien jugeait la conduite de la Prusse bien hasardée, les démonstrations allemandes bien téméraires; c'est de ce point de vue aussi qu'il ne cessait de nous donner des conseils de prudence et de modération, qu'il nous suppliait, en admettant que nous fissions encore une campagne vigoureuse, de ne vouloir tirer de nos succès futurs d'autre résultat qu'une paix prochaine, équitable, acceptable par toute l'Europe.

Inclinant toujours vers la politique de médiation, M. de Metternich considère avec chagrin le langage absolu de Napoléon. Aussi fut-il désolé quand il nous vit, comme dans le rapport adressé au Sénat pour demander les nouvelles levées, comme dans le discours impérial prononcé le 14 février, annoncer des volontés absolues, tantôt à l'égard de l'Espagne, tantôt à l'égard des départements anséatiques, tantôt à l'égard du grand-duché de Varsovie, car c'était rendre impossible la médiation dont on l'avait chargé. Il s'en expliqua longuement et plusieurs fois avec M. Otto, notre ministre à Vienne. Lui parlant du discours impérial: Sages observations de ce ministre sur le discours de Napoléon au Corps législatif. J'admire fort, lui dit-il, cette fierté de langage de votre empereur, et j'y retrouve tout son génie; mais il faut songer aux conséquences de ce qu'on fait, et les conséquences ici ne peuvent être que déplorables. Comment voulez-vous que je négocie avec l'Angleterre, quand vous dites que la dynastie française règne et régnera en Espagne? Comment voulez-vous que je négocie avec la Russie et la Prusse, quand vous dites que les territoires constitutionnels ou appartenant à des alliés, c'est-à-dire les villes anséatiques et le grand-duché de Varsovie, demeureront chose sacrée et inviolable? Jamais je ne pourrai faire accepter de telles conditions à l'Europe. Or il nous faut la paix à nous, il vous la faut à vous, car même en gagnant des victoires, et vous aurez besoin d'en remporter beaucoup pour rendre l'Europe modérée à votre égard, même en gagnant des victoires, on ne résiste pas toujours au soulèvement universel des esprits, et bientôt même on en éprouve le contre-coup chez soi ...— M. de Metternich voudrait connaître les conditions de paix de la France, et ne pouvant en obtenir la confidence, laisse entrevoir celles de l'Autriche. À cette occasion, sans nous dire la paix qu'il souhaitait, et qu'il était facile d'entrevoir, M. de Metternich essaya d'arracher à M. Otto le secret de celle que nous désirions nous-mêmes. Mais il l'essaya en vain, car M. Otto ne savait rien. Ne réussissant pas à le faire parler, M. de Metternich n'hésita pas à parler lui-même, pour nous préparer à des conditions que l'Europe pût accepter, même en la supposant vaincue par nous, ce qu'il ne refusait jamais d'admettre dans son argumentation.— Longs entretiens de M. de Metternich avec. M. Otto. L'Espagne, dit-il, avec des formes tour à tour insinuantes ou franchement ouvertes, ne vous sera probablement pas concédée par l'Angleterre, surtout après la dernière campagne. À nous, Allemands, cette condition nous importe peu, elle ne nous touche que du point de vue de l'Angleterre, de laquelle ni la Russie ni la Prusse ne voudront se séparer dans les négociations. C'est tout au plus si vous ferez supporter à l'Angleterre la réunion de la Hollande à la France, mais avec plus d'une victoire encore, et cette condition comme la précédente ne nous touche qu'à cause des intérêts britanniques. Mais vous ne ferez supporter ni à l'Angleterre, ni à la Prusse, ni à la Russie, ni à l'Allemagne surtout, l'adjonction définitive des provinces anséatiques à l'empire français. Pourquoi donc être si affirmatifs, si absolus sur ce point? Que vous importent des pays placés si loin de votre véritable frontière, si peu utiles à votre défense, si étrangers à vos intérêts commerciaux, si peu sympathiques à votre nation, si nécessaires à la constitution d'une Allemagne indépendante? Quand vous attachiez une grande importance au blocus continental, vous pouviez tenir aux territoires anséatiques, mais aujourd'hui ce blocus croule de toutes parts, la Russie, la Prusse l'ont abandonné, vous-mêmes vous l'enfreignez tous les jours. Vous feriez en le maintenant la fortune de vos ennemis russes et prussiens, car tout passerait par chez eux, d'ailleurs la supposition de la paix générale en fait disparaître l'utilité; renoncez-y donc dès à présent, et en y renonçant, consentez à restituer des territoires qui ne pouvaient avoir d'avantage pour vous que du point de vue de ce blocus. Quant à la Prusse, il faut vous résigner à en admettre une plus forte, plus étendue, qui devienne le véritable État intermédiaire entre la Russie et le midi de l'Europe, État intermédiaire qu'il serait absurde de chercher aujourd'hui dans la Pologne, puisque vous n'avez pas réussi à la rétablir, et dont il nous appartient à nous Allemands plus qu'à vous de poursuivre la reconstitution, puisque nous sommes les voisins de la Russie, et que vous ne l'êtes pas. Pourquoi donc êtes-vous si affirmatifs sur le grand-duché de Varsovie, qu'on ne peut plus maintenir, que la Russie ne voudra jamais souffrir sur sa frontière, et qui est d'ailleurs la seule matière dont on puisse se servir pour recomposer la Prusse, sans détruire votre royaume de Westphalie? Pourquoi nous créer des difficultés insolubles, en exprimant à cet égard des volontés irrévocables?...—Passant à la Confédération du Rhin, M. de Metternich ajoutait ce qui suit:—À quoi bon cette singulière création, qui vous impose des charges sans aucun avantage, qui est incompatible avec l'indépendance de l'Allemagne, et qui est aujourd'hui irrévocablement détruite dans l'esprit des Allemands? Quoi! vous vous obstineriez pour un vain titre de protecteur, qui, concevable sur la tête de votre glorieux et puissant maître, serait ridicule sur la tête d'un enfant? Est-ce que votre empereur, possesseur de la frontière qui s'étend de Bâle au Texel, ayant Strasbourg, Mayence, Coblentz, Cologne, Wesel, Groningue pour points d'appuis de cette frontière, n'a pas assez d'influence sur l'Allemagne, n'est même pas assez inquiétant pour elle? Que veut-il de plus? Il n'a pas tant besoin de paraître le premier potentat du continent: qu'il se contente de l'être, et qu'il dissimule ce qu'il est, plutôt que de chercher à le montrer. Vous croyez peut-être, ajoutait-il, que nous voulons rétablir l'ancienne Confédération germanique pour reprendre la couronne impériale? Vous vous trompez. Nous ne songeons plus à ce titre aussi vain que pesant. Nous n'aurions qu'à choisir, car on nous offre tout, tout, entendez-vous (et en disant ces mots M. de Metternich laissait deviner de nombreuses et secrètes communications de la part des coalisés); mais nous ne voulons que les choses qu'on ne peut pas nous refuser, celles que vous-mêmes êtes prêts à nous concéder; nous voulons surtout une Allemagne indépendante et la paix, car nous avons soif de paix. Tous les peuples nous la demandent, et ils nous désavoueraient, nous abandonneraient si nous leur imposions des sacrifices pour un autre but que la paix. Admirables conseils de M. de Metternich. Vous nous direz que vous êtes forts, que vous allez vaincre encore vos ennemis. Nous le savons, nous y comptons, nous en avons même besoin pour obtenir la paix dont nous vous avons indiqué quelques conditions; mais rendez-la possible, et pour cela ne vous montrez pas absolus, ne soyez pas cause que les négociations se trouvent rompues avant d'être entamées!—

Les conditions qu'il laissait entrevoir comme possibles suffisaient, et au delà, à la véritable grandeur de la France. Ces admirables conseils, donnés sincèrement, avaient été accompagnés des formes les plus douces, les moins menaçantes, et non pas énoncés une fois, et dogmatiquement, mais tantôt un jour, tantôt un autre, selon les occasions. Ils laissaient voir assez clairement la paix que l'Autriche serait disposée à accepter, peut-être même à appuyer de ses forces, et qui pouvait être résumée dans les termes suivants: l'Espagne restituée aux Bourbons, les villes anséatiques rendues à l'Allemagne, la Confédération du Rhin supprimée, le grand-duché de Varsovie réparti entre la Prusse, la Russie et l'Autriche, et quant à ce qui concernait l'Autriche en particulier, une meilleure frontière sur l'Inn, et la restitution de l'Illyrie! Certes la France conservant la ligne du Rhin, plus la Hollande, conservant le royaume de Westphalie comme État allié, c'est-à-dire vassal, le Piémont, la Toscane, Rome, comme départements français, la Lombardie, Naples, comme principautés de famille, la France était l'empire le plus puissant qui se pût imaginer, plus vaste même qu'il n'aurait fallu le désirer, car il était douteux que les successeurs du grand homme qui aurait fondé cet empire pussent le garder tout entier. L'Autriche avait raison de dire qu'il faudrait se battre, et se battre heureusement encore pour obtenir tous ces territoires, surtout celui de la Hollande; mais l'abandon de l'Espagne eût probablement décidé l'Angleterre en faveur de cette paix; quant à l'Italie, on se serait résigné à nous la laisser, si l'Autriche s'y était résignée elle-même; enfin quant à la Westphalie, ce qui prouvait qu'on était disposé à céder sur ce point, c'est qu'à Breslau l'empereur Alexandre et le roi de Prusse avaient refusé de prendre des engagements avec l'électeur de Hesse-Cassel, bien qu'il s'offrît à la coalition les mains pleines de millions, sa fortune lui ayant été secrètement conservée par le dévouement d'une puissante maison financière, qui commençait alors à s'élever en Europe, celle des frères Rothschild.

Quelques conditions de paix qu'on fût disposé à admettre, il ne fallait pas d'avance se prononcer d'une manière absolue. Du reste, quelque paix qu'on fût prêt à admettre, ou à refuser, il ne fallait pas, comme le disait M. de Metternich avec une profonde sagesse, annoncer des volontés absolues, qui devaient rendre impossible l'ouverture des négociations, qui devaient même empêcher le premier essai de la médiation autrichienne, et qui dès lors allaient obliger le cabinet de Vienne à se prononcer tout de suite, ou pour nous ou contre nous, et probablement contre nous, ce qu'il n'avouait pas encore, mais ce qu'il était facile de deviner pour peu qu'on eût conservé la liberté de son jugement.—Laissez, avait ajouté M. de Metternich dans ses fréquents entretiens avec M. Otto, laissez s'assembler des négociateurs, et une fois réunis, ils seront menés plus loin qu'on ne le croit, car le monde veut la paix, et la demandera si fortement au premier congrès assemblé, que ce congrès ne pourra pas la lui refuser.—

Cette vérité prouvée par l'accueil fait aux envoyés que l'Autriche a chargés d'annoncer sa médiation. Dans ce moment même se trouvait vérifiée la parfaite justesse de ces conseils. En effet, sur l'autorisation qui lui avait été adressée de Paris, le cabinet de Vienne avait envoyé M. de Wessenberg à Londres, M. de Lebzeltern à Kalisch, pour offrir non pas sa médiation (ce mot était modestement réservé pour plus tard), mais son entremise aux deux principales cours belligérantes, afin d'amener un rapprochement avec la France, et une paix dont tout le monde, écrivait-il, avait un pressant besoin. Envoi de M. de Wessenberg à Londres. M. de Wessenberg, après avoir pris la voie de Hambourg, où la police française s'était même montrée assez incommode à son égard, ce qui avait été un nouveau grief pour les gazettes allemandes, s'était rendu à Londres, y avait été reçu par lord Castlereagh avec une extrême politesse, mais reçu secrètement, afin de ne pas causer une inutile émotion à l'opinion publique. Lord Castlereagh lui répond qu'on l'aurait écouté volontiers, mais que depuis le discours de Napoléon, il n'y a plus moyen de négocier. Lord Castlereagh en lui témoignant la plus vive satisfaction de voir un agent autrichien à Londres, le plus grand empressement à accepter l'entremise de l'empereur François, lui avait dit que probablement il devait savoir que sa mission était désormais sans objet, car le discours de l'empereur Napoléon, maintenant connu de toute l'Europe, ne laissait plus le moindre doute sur sa résolution de n'admettre aucune condition raisonnable; que si lui, M. de Wessenberg, n'avait pas déjà été rappelé à Vienne après un tel discours, c'était par suite de la difficulté des communications, qu'il le serait bientôt certainement, car il n'y avait plus aucun moyen de négocier; qu'au surplus il pouvait rester à Londres s'il lui plaisait, que l'Angleterre serait toujours prête à traiter sur des bases équitables, qu'elle ni ses alliés n'entendaient contester à la France la juste grandeur due à ses efforts et à ses longues guerres, mais qu'on ne livrerait jamais la généreuse Espagne à l'usurpation de Napoléon. En un mot M. de Wessenberg avait été accueilli d'une manière qui confirmait l'entière vérité de tout ce que M. de Metternich conseillait, comme base indispensable de la paix future.

Envoi de M. de Lebzeltern au camp des Russes, et accueil entièrement semblable fait à cet autre envoyé de l'Autriche. À Kalisch, au camp des Russes, on avait différé tantôt sous un prétexte, tantôt sous un autre, de recevoir M. de Lebzeltern, puis on avait fini par l'admettre, après s'être donné le temps de se concerter avec le cabinet de Londres, et alors on l'avait accueilli avec des égards infinis, même avec des caresses, et on lui avait dit qu'on désirait la paix, qu'on la négocierait volontiers par l'entremise de l'Autriche, mais que cette cour devait sentir l'impossibilité de traiter avec l'empereur Napoléon après les déclarations qu'il venait de faire, qu'elle-même reconnaîtrait bientôt l'impossibilité de s'entendre avec cet ambitieux insatiable, qu'alors elle reviendrait à son union naturelle et nécessaire avec l'Europe, et qu'on serait bien heureux de l'avoir pour alliée, que ce jour-là on la ferait l'arbitre de la paix, de la guerre, de toutes choses en un mot. Après ces déclarations on avait insinué à M. de Lebzeltern qu'on le garderait volontiers à Kalisch, mais dans l'espérance qu'on ne lui dissimulait pas, de l'avoir comme représentant, non pas d'une cour ennemie, ou même médiatrice, mais alliée et belligérante.