[5]: L'archichancelier Cambacérès, confident et directeur de l'Impératrice régente, déclare dans ses Mémoires aussi simples que véridiques, qu'il ne put parvenir à en rien savoir.
[6]: Voici de singulières paroles écrites par M. de Bassano à M. de Vicence, et qui prouvent ce que nous avançons ici. «L'Empereur part demain et ira coucher à Bautzen... Nous sommes ici dans l'attente et dans la meilleure espérance des événements. Toute l'armée est en mouvement. La confiance est partout. Le roi de Saxe et la famille royale ne quittent pas Dresde..... Sa Majesté ne veut pas de prolongation d'armistice, elle est prête à la guerre. Elle l'est plus que l'Autriche. Elle n'a pas de motifs d'attendre pour ses subsistances, et elle ne veut pas perdre un temps précieux et se laisser engager dans l'hiver... (Dans ce moment en effet Napoléon avait renoncé à une prolongation d'armistice, et ne voulait que différer l'entrée en action de l'Autriche.).... M. de Bubna, qui sera arrivé longtemps avant le courrier porteur de cette dépêche, connaît notre position. La secrète joie qu'éprouve Sa Majesté de se trouver dans une circonstance difficile, mais digne de son génie, n'a point échappé à M. de Bubna... Sa Majesté, qui se fie à la Providence, entrevoit les grands desseins qu'elle a fondés sur elle. Ses plans sont arrêtés, et elle ne voit partout que des motifs de confiance.» (Dépêche de M. de Bassano à M. le duc de Vicence en lui envoyant ses pleins pouvoirs, à la date du 13 août 1813.)
[7]: Cette grave délibération de Napoléon avec lui-même se trouve constatée par de longues notes qu'il a écrites sur son plan de campagne, et dans lesquelles il a donné tous les motifs de ses diverses résolutions, bien avant le résultat qui justifia les unes et condamna les autres. Il n'y a donc pas ici une idée qui lui soit faussement, ou même conjecturalement prêtée, puisque les intentions que nous lui attribuons sont toutes formellement constatées par écrit.
[8]: Ce n'est point sur des conjectures ni sur les interprétations des amis du général Moreau, mais d'après les lettres de ce général, trouvées depuis sa mort, que j'écris ces pages. La faute du général Moreau fut assez grave pour qu'on ne l'exagère point, et on doit à ses grands services d'autrefois, à son ancien désintéressement, à sa gloire, de réduire à ce qu'il fut véritablement, l'acte coupable qui a terni une des plus belles vies des temps modernes. Les lettres que j'ai dans les mains, écrites avec la plus parfaite simplicité, établissent ce que j'avance d'une manière incontestable.
[9]: Le maréchal Saint-Cyr, avec son esprit ordinairement peu indulgent, et le désir de justifier son rôle pendant la campagne de 1813, a inexactement représenté les événements de cette année dans ses Mémoires d'ailleurs si remarquables. Il a voulu prouver partout que Napoléon n'avait aucun plan, qu'il n'avait pourvu à rien, et qu'il n'existait nulle part des forces suffisantes. Ainsi il suppose que sa seconde division était au plus de 5 mille hommes, ce qui aurait fait 15 mille hommes pour les trois divisions chargées de la défense de Dresde. Ces assertions sont inexactes, car les divisions du maréchal étaient de douze bataillons, et en supposant que les bataillons qui ne s'étaient pas encore battus comptassent 500 hommes seulement, les douze bataillons auraient présenté 6 mille hommes. Or, la 42e (première du corps de Saint-Cyr), sous le général Mouton-Duvernet, se trouva le 29 au matin à Kulm avec plus de 8 mille hommes en bataille, ce qui résulte d'un appel fait le jour même, et fourni par le général Haxo dans son rapport circonstancié sur l'affaire de Kulm. Il n'est donc pas admissible que les autres ne comptassent que 5 mille hommes. Leur en attribuer 7 mille, surtout au début des opérations, ce qui suppose à peu près 600 hommes par bataillon, n'est certainement pas une exagération. Le maréchal Saint-Cyr aurait donc possédé, seulement en infanterie de son corps, 21 ou 22 mille hommes à Dresde, sans compter la division laissée à Kœnigstein.
[10]: Ces événements ont été jusqu'ici ou incomplétement ou inexactement rapportés, et avec une flatterie ou un dénigrement posthumes pour Napoléon, qui ont défiguré la vérité. Sa grande conception, celle de déboucher par Kœnigstein, n'a jamais été bien précisée, faute de connaître sa correspondance. C'est sur cette correspondance, sur la lecture attentive des ordres et des réponses, qu'est établi le récit qu'on va lire, et on peut compter sur sa parfaite exactitude.
[11]: Le maréchal Saint-Cyr, avec sa sévérité accoutumée, a, dans ses Mémoires, représenté Napoléon comme n'ayant aucun plan pour le lendemain, tandis qu'il existe une suite de lettres (ignorées évidemment du maréchal), datées du 26 août à 7 heures du soir, au moment où finissait la première bataille, et dans lesquelles tous les ordres pour le lendemain sont donnés avec la plus rare précision et la plus parfaite prévoyance du résultat. Il ne faut donc jamais prononcer sur ces grands événements qu'après avoir vu les documents eux-mêmes, et non pas quelques-uns, mais tous s'il est possible. Sans cela on ne porte que des jugements erronés, si bon juge qu'on soit, et si près des événements qu'on ait pu être.
[12]: Les flatteurs de la mémoire de Napoléon, ignorant, parce que sa correspondance leur est restée inconnue, les vrais motifs de son subit retour à Dresde, et ne voulant pas non plus admettre qu'il pût commettre une faute, ont attribué ce retour à une indisposition subite. Les ordres nombreux donnés dans cette même journée du 28, et dans celle du 29, prouvent que cette indisposition n'empêcha pas Napoléon de vaquer à ses affaires, et des témoins oculaires, le maréchal Marmont notamment, affirment qu'il n'était point malade. Nous en rapportant plus volontiers aux documents authentiques qu'aux récits presque toujours contradictoires des témoins oculaires, nous croyons avoir acquis la preuve par les lettres mêmes de Napoléon, que cette prétendue indisposition ne l'empêcha nullement de faire ce qu'il devait, et nous nous sommes convaincu que le vrai motif de son retour à Dresde, lequel devint si fatal deux jours après, ne fut autre que les dépêches reçues des environs de Berlin et de Lowenberg. Les ordres du 29 et du 30 ne laissent à cet égard aucun doute. Plus loin nous démontrerons encore par l'exposé simple des faits que sur cette importante époque on n'a publié que des erreurs, ce qui a rendu jusqu'ici la catastrophe du général Vandamme tout à fait inexplicable. Nous espérons qu'après le récit qui va suivre elle sera parfaitement claire, et que ce grand malheur sera rapporté à sa vraie cause, laquelle fut moins accidentelle et plus générale qu'on ne le suppose communément.
[13]: Nous citons l'ordre lui-même qui éclaircit complétement l'intention de l'Empereur.
«À une lieue de Pirna, le 28 août 1813, à quatre heures après midi.