Ce fut avec des sentiments inexprimables de bonheur, de crainte et de respect, qu'Alda prit part pour la première fois à cet acte public de son nouveau culte, et elle écouta dans une extase de dévotion et de sainte attention les paroles inspirées et les vérités divines contenues dans cette partie des Ecritures qui fut lue à la pieuse assemblée, et suivie d'un discours dans lequel ces vérités étaient expliquées, commentées, et les préceptes sacrés de la foi chrétienne solennellement enseignés aux nouveaux convertis.

Ensuite le sacrement de la communion fut administré, et le sacrifice terminé par un chant d'action de grâces; après quoi tous les membres du petit troupeau se séparèrent, en se faisant, selon l'usage, un adieu solennel; car ils se quittaient toujours avec la pensée que quelques-uns d'entre eux pouvaient être appelés à sceller de leur sang la profession de leur foi avant que la congrégation s'assemblât de nouveau. Plusieurs étaient tombés victimes de la persécution depuis qu'ils s'étaient réunis pour la dernière fois dans ce lieu d'adoration: le prêtre, en terminant son discours, avait fait une allusion touchante à cette circonstance, et montré les places vacantes et récemment occupées par leurs frères martyrs. Il avait fortement recommandé leur exemple aux nouveaux membres de l'Eglise, et prié pour qu'eux, lui-même et tous ceux qui étaient présents, pussent recevoir le don d'un ferme courage et d'une foi suffisante, afin de suivre la céleste et brillante route que ces nobles martyrs avaient suivie.

Les glorieuses victimes qu'on avait mentionnées étaient, comme Susanne l'apprit à Alda lorsqu'elles se furent séparées du reste du troupeau pour retourner à leur demeure, ces chrétiens dont elle lui avait montré les feux et le sacrifice du balcon de la maison de Marcus Lélius.

Les deux jeunes chrétiennes étaient de retour une heure avant les gens de la maison, qui étaient allées au cirque, et près duquel elles avaient passé en s'entretenant doucement de l'événement solennel de ce jour. Leur tranquille joie fut promptement troublée par l'arrivée de la foule étourdie qui revenait enivrée de scènes tumultueuses auxquelles elle avait assisté depuis le commencement du jour.

Les manières bruyantes et licencieuses de ces gens choquèrent les deux jeunes amies; elles formaient un étrange contraste avec la tenue calme et sainte de l'assemblée chrétienne qu'elles venaient de quitter. Elles ne pouvaient s'empêcher de se demander si c'étaient réellement là des êtres de la même espèce que ceux qui emploient au service de Dieu les jours qu'il leur est donné de passer sur la terre. Elles frissonnaient en pensant que ces infortunées créatures possédaient un principe impérissable, et responsable, hélas! d'immortalité, qu'elles exposaient follement à une perte éternelle.

C'était du balcon élevé du palais de Marcus Lélius que les deux amies voyaient le retour de la foule bruyante qui venait de quitter le cirque, et ce fut avec un mélange de regret, d'indignation et de pitié qu'elles entendirent leurs invocations à leurs dieux et à leurs déesses païennes, dont les statues étaient portées sur des lits, devant le chariot de l'empereur. Les Romains ne se faisaient pas scrupule de lui adresser aussi le langage d'une profane adoration, qu'il osait accepter avec la même impiété, quoique, dans le fond de son coeur, il sentît bien qu'il était un misérable, souillé du meurtre de sa femme, de son frère, de sa mère, et de mille autres crimes odieux qu'on ne peut citer. Et ce n'était pas la moins atroce de toutes ses actions que la persécution cruelle élevée contre les innocents chrétiens, pour les punir comme les auteurs de l'incendie de Rome, dont lui-même était coupable, afin de détourner sur eux l'indignation des milliers d'individus que ce feu avait ruinés et laissés sans asile.

Mais en vain dévouait-il ces innocentes victimes aux tortures que les lois sanguinaires des Romains infligeaient aux incendiaires; chacun le connaissait comme le véritable criminel, le monstre impérial, qui, comme le rapporte Suétone, "vêtu de ses habits de théâtre, était monté sur la tour du palais de Mécène pour jouir du spectacle de l'incendie, tandis qu'il chantait l'embrasement de Troie en s'accompagnant de la lyre;" qui ensuite prêta ses propres jardins aux citoyens de Rome, afin qu'ils pussent contempler plus commodément les souffrances dues à ses propres crimes, et que lui-même imposait sans remords aux malheureux chrétiens. Et les Romains dégradés pouvaient se plaire au spectacle des tortures de ces infortunés, tandis qu'ils adressaient le langage de la flatterie et offraient les honneurs divins à l'homme que tous reconnaissaient pour l'abominable auteur du crime!

CHAPITRE VII

Il y a au-dessus de nous un monde où les adieux sont inconnus; toute une éternité d'amour, destinée aux bons seulement. Et la Foi nous montre celui dont la mort nous sépare transporté dans cette sphère de bonheur.

(MONTGOMMERY.)