Le temps qui suivit immédiatement le baptême de la jeune Bretonne fut l'époque la plus tranquille qu'elle eût connue dans sa vie. Elle avait cessé de résister aux ordres de Lélia; elle accomplissait sa tâche avec une dignité calme, et se conduisait envers ses compagnes d'esclavage non pas peut-être avec la bienveillante courtoisie qui caractérisait les manières de Susanne à l'égard de tout le monde, mais avec une certaine élévation polie qui ne recherchait leurs attentions ni ne repoussait leurs avances. Elle et Susanne se montraient également résolues dans leurs refus de participer à aucun de leurs complots pour tromper leur maîtresse, ou d'entrer en aucune intrigue des partis qui divisaient la maison de Marcus Lélius; au contraire, elles faisaient tous leurs efforts pour rétablir entre eux la paix et l'harmonie.
Susanne et Alda avaient peu d'occasions de se rendre aux assemblées de leur culte secret; mais quand ces occasions se présentaient, elles en profitaient avec joie et reconnaissance, et s'efforçaient avec ardeur de les faire tourner au profit de leur salut éternel.
La ville de Rome ruisselait encore du sang de leurs frères, et chaque fois qu'elles visitaient le lieu de leur réunion, elles trouvaient quelques vides nouveaux dans le petit troupeau; quelques victimes avaient succombé devant l'insatiable cruauté de Néron et des ses licencieux courtisans, qui haïssaient les chrétiens pour leurs vertus mêmes, et ne pouvaient leur pardonner le contraste frappant que présentaient la régularité de leur conduite et la pureté de leur vie avec la honteuse sensualité de la leur.
Susanne avertissait Alda de se préparer à ce moment redoutable où elles aussi pouvaient être appelées à donner de la fermeté et de la sincérité de leur foi un témoignage dont la seule prévision était capable de faire trembler les plus hardis.
"J'ose espérer que je ne reculerai devant aucun de ceux qui me seront demandés, quelque terribles qu'ils soient, répondit la jeune enthousiaste, les yeux étincelants.
—Je prie pour que mon âme soit fortifiée contre la faiblesse de ma nature mortelle," dit Susanne, qui, d'une organisation plus frêle et d'un tempérament plus faible que la jeune Bretonne, sentait moins de confiance en ses propres forces, mais qui était encouragée par la conviction que, si elle était condamnée à de cruelles tortures, la constance pour les supporter lui viendrait d'une source plus élevée que celle qu'elle tirait de ses propres facultés.
Si cette épreuve lui eût été imposée, elle l'aurait supportée avec autant de fermeté, sinon de hardiesse, que la plus héroïque des martyrs chrétiens; mais sa foi n'était pas appelée à donner ce témoignage de sa sincérité. Son salut avait été assuré d'une autre manière, et le prix de sa noble course allait lui être accordé; car son céleste et pur esprit avait reçu un plus doux appel pour entrer dans la joie du Seigneur.
Les progrès silencieux, mais certains, d'une consomption s'étaient déjà fait sentir et avançaient rapidement, insensibles d'abord à elle-même, parce que les seuls indices visibles étaient une langueur et une faiblesse croissantes, une petite toux sèche et un amaigrissement général de son corps, déjà fragile et délicat; tandis que la rougeur passagère qui animait son teint, et l'éclat de ses grands yeux noirs, trompaient tous ceux qui vivaient autour d'elles, et leur persuadaient qu'un changement heureux s'était opéré dans sa frêle constitution.
Alda, qui n'avait l'expérience d'aucun genre de maladie, principalement de ces affections lentes, trop fréquentes parmi les femmes délicates dont la constitution a été énervée par des occupations sédentaires et les raffinements des nations civilisées, alors parfaitement inconnus aux femmes robustes et actives de son pays, fut la première à féliciter Susanne de ce mieux apparent.
"Ne sais-tu pas, ma chère Alda, que la rougeur qui teint maintenant mes joues n'est que la brillante et trompeuse livrée de la mort?" répondit Susanne avec calme.