Chambeyron, Recherches historiques sur la ville de Rive-de-Gier.
LYON
IMPRIMERIE D’AIMÉ VINGTRINIER
Rue de la Belle-Cordière, 14.
1862
NOTE
SUR L’INVASION DES SARRASINS
DANS LE LYONNAIS.
Un des évènements les plus graves de l’histoire de France, dont les conséquences ont failli changer non-seulement la face de notre pays, mais de la chrétienté tout entière, l’envahissement du pays des Visigoths et des Francs par les conquérants arabes a été si peu ou si mal décrit qu’on ne sait aujourd’hui où s’enquérir des détails de cette épopée, et que tout manque à l’investigation du savant.
Un samedi de la fin d’octobre 732, dit M. Henri Martin, le 3 octobre 732, disent quelques autres écrivains, Abdérame fut vaincu, dans les plaines de Poitiers, par le célèbre chef austrasien Charles-Martel; la déroute des Arabes fut affreuse; leur camp, rempli de richesses, fut pillé, et eux-mêmes eurent une peine infinie à regagner Narbonne ou à traverser les Pyrénées; pour ce premier fait, c’est à peu près tout. Arabes et chrétiens gardent sur cette défaite un prudent silence. Et cependant la France était sauvée, le christianisme restait possesseur du continent européen, et la fortune du Prophète avait reçu un échec dont la honte ne devait jamais s’effacer.
On sait encore vaguement que Lyon, Mâcon, Autun furent pris et ravagés, que la ville d’Auxerre eut le même sort; que sa citadelle résista; enfin que l’archevêque de Sens repoussa et mit en fuite les envahisseurs; mais là aussi les dates précises et les détails nous font défaut. D’ailleurs le vaillant prélat n’eut-il affaire qu’à une troupe de fourrageurs traversant la France par l’Aquitaine et l’Orléanais avant le désastre de Poitiers, et venue, par hasard, se heurter aux murs de sa petite cité, comme l’avance M. Henri Martin[1], ou eut-il à repousser cette armée formidable d’Athim et d’Amorrhée[2], venue, quatre ans plus tard, par la vallée du Rhône, pour attaquer les Francs au centre de leur puissance, comme le soutiennent nos vieux chroniqueurs bourguignons? les Arabes, qui devaient atteindre bientôt à une si haute civilisation, vinrent-ils en conquérants ou en ravageurs? voulaient-ils piller ou coloniser? détruisirent-ils dès leur premier choc toutes les cités qu’ils trouvèrent sur leur passage ou ne s’attaquèrent-ils qu’aux biens du clergé? les avis sont partagés, ou plutôt l’histoire moderne n’a pas d’avis. Nul écrivain ne paraît attacher quelque importance à ces détails. Moins dédaigneux, nous allons essayer de nous prononcer, et dès l’abord nous ne cacherons point nos sympathies pour nos vieux chroniqueurs, et cela uniquement parce qu’ils habitaient le pays où ces terribles événements se sont passés.