Du phénomène de la procréation même, j’ai peu à dire; mais ce peu est caractéristique. D’abord, cette procréation se produit quatre fois l’an, un peu avant les équinoxes et les solstices, et seulement par les nuits très pures. Les Xipéhuz se réunissent par groupes de trois, et ces groupes, graduellement, finissent par n’en former qu’un seul étroitement amalgamé et disposé en ellipse très longue. Ils restent ainsi toute la nuit, et le matin jusqu’à l’ascension maximum du Soleil. Lorsqu’ils se séparent, on voit s’élever dans l’air des formes vagues, vaporeuses et énormes. Ces formes se condensent lentement, se rapetissent, se transforment au bout de dix jours en cônes ambrés, considérablement plus grands encore que les Xipéhuz adultes. Il faut deux mois et quelques jours pour qu’elles atteignent leur maximum de développement, c’est-à-dire de rétrécissement. Au bout de ce temps, elles deviennent semblables aux autres êtres de leur règne, de couleurs et de formes variables selon l’heure, le temps et le caprice individuel. Quelques jours après leur développement ou rétrécissement intégral, les frontières d’action s’élargissent. C’était, naturellement, un peu avant ce moment redoutable que je pressais les flancs de mon bon Kouath, afin d’aller établir mon campement plus loin.
Si les Xipéhuz ont des sens, c’est ce qu’il n’est pas possible d’affirmer. Ils possèdent certainement des appareils qui leur en tiennent lieu.
La facilité avec laquelle ils perçoivent à de grandes distances la présence des animaux, mais surtout celle de l’homme, annonce évidemment que leurs organes d’investigation valent au moins nos yeux. Je ne leur ai jamais vu confondre un végétal et un animal, même en des circonstances où j’aurais très bien pu commettre cette erreur, trompé par la lumière sub-branchiale, la couleur de l’objet, sa position. La circonstance de s’employer à vingt pour consumer un gros animal, alors qu’un seul s’occupe de la calcination d’un oiseau, prouve une entente correcte des proportions, et cette entente paraît plus parfaite si l’on observe qu’ils se mettent dix, douze, quinze, toujours en raison de la grosseur relative de la carcasse. Un meilleur argument encore en faveur soit de l’existence d’organes analogues à nos sens, soit de leur intelligence, est la façon dont ils agirent en attaquant nos tribus, car ils s’attachèrent peu ou point aux femmes et aux enfants, tandis qu’ils pourchassaient impitoyablement les guerriers.
Maintenant,—question la plus importante,—ont-ils un langage? Je puis répondre à ceci sans la moindre hésitation: «Oui, ils ont un langage.» Et ce langage se compose de signes parmi lesquels j’en ai pu même déchiffrer quelques-uns.
Supposons, par exemple, qu’un Xipéhuz veuille parler à un autre. Pour cela, il lui suffit de diriger les rayons de son étoile vers le compagnon, ce qui est toujours perçu instantanément. L’appelé, s’il marche, s’arrête, attend. Le parleur, alors, trace rapidement, sur la surface même de son interlocuteur,—et il n’importe de quel côté—une série de courts caractères lumineux, par un jeu de rayonnement toujours émanant de la base, et ces caractères restent un instant fixés, puis s’effacent.
L’interlocuteur, après une courte pause, répond.
Préliminairement à toute action de combat ou d’embuscade, j’ai toujours vu les Xipéhuz employer les caractères suivants:
Lorsqu’il était question de moi,—et il en était souvent question, car ils ont tout fait pour nous exterminer, mon brave Kouath et moi,—les signes