Or, cette simple manœuvre, à laquelle aucun Xipéhuz n’avait paru songer auparavant, outre qu’elle démontrait, une fois de plus, l’invention personnelle, l’individualité chez l’ennemi, suggérait deux idées: la première, c’est que j’avais chance d’avoir raisonné juste relativement à la vulnérabilité de l’étoile xipéhuze; la seconde, moins encourageante, c’est que la même tactique, si elle était adoptée par tous, allait rendre ma tâche extraordinairement ardue, peut-être impossible.

Cependant, après avoir tant fait que d’arriver à connaître la vérité, je sentis grandir mon courage devant l’obstacle et j’osai espérer de mon esprit la subtilité nécessaire pour le renverser[[2]].


[1] Le Kensington Muséum, à Londres, et M. Dessault lui-même possèdent quelques débris minéraux, en tout semblables à ceux décrits pur Bakhoûn, que l’analyse chimique a été impuissante à décomposer et à combiner avec d’autres substances, et qui ne peuvent, en conséquence, entrer dans aucune nomenclature des corps connus.
[2] Aux chapitres suivants, où le mode est généralement narratif, je serre de près la traduction littérale de M. Dessault, sans pourtant m’astreindre à la fatigante division en versets ni aux répétitions inutiles.

VI

SECONDE PÉRIODE DU LIVRE DE
BAKHOUN

Je retournai dans ma solitude. Anakhre, troisième fils de ma femme Tepaï, était un puissant constructeur d’armes. Je lui ordonnai de tailler un arc de portée extraordinaire. Il prit une branche de l’arbre Waham, dure comme le fer, et l’arc qu’il en tira était quatre fois plus puissant que celui du pasteur Zankann, le plus fort archer des mille tribus. Nul homme vivant n’aurait pu le tendre. Mais j’avais imaginé un artifice et Anakhre, avant travaillé selon ma pensée, il se trouva que l’arc immense pouvait être tendu et détendu par une femme débile.

Or, j’avais toujours été expert à lancer le dard et la flèche, et en quelques jours j’appris à connaître si parfaitement l’arme construite par mon fils Anakhre que je ne manquais aucun but, fût-il menu comme la mouche ou vif comme le faucon.

Tout cela fait, je retournai vers Kzour, monté sur Kouath aux yeux de flamme, et je recommençai à roder autour du domaine des ennemis de l’homme. Pour leur inspirer confiance, je tirai beaucoup de flèches avec mon arc habituel, à chaque fois qu’un de leurs partis approchait de la frontière, et mes flèches tombaient beaucoup en deçà d’eux. Ils apprirent ainsi à connaître la portée exacte de l’arme, et par là à se croire absolument hors de péril à des distances fixes. Pourtant, une défiance leur restait, qui les rendait mobiles, capricieux, tant qu’ils n’étaient pas sous le couvert de la forêt, et leur faisait dérober leurs étoiles à ma vue.