Les Oulhamr, tournés vers ce feu immense, sentaient, au fond de leur âme, grandir quelque chose qui était presque un culte, et qui gonflait aussi les petites cornemuses des oiseaux dans l'herbe de la savane et les oseraies du marécage. Mais des blessés gémirent de soif; un guerrier mort étendait des membres bleus: une bête nocturne lui avait mangé le visage.

Goûn balbutia des plaintes vagues, presque rythmiques, et Faouhm fit jeter le cadavre dans les eaux.

Puis l'attention de la tribu s'attacha aux conquérants du Feu, Aghoo et Naoh, prêts à partir. Les velus portaient la massue, la hache, l'épieu, la sagaie à pointe de silex ou de néphrite. Naoh, comptant sur la ruse plutôt que sur la force, avait, à des guerriers robustes, préféré deux jeunes hommes agiles et capables de fournir une longue course. Ils avaient chacun une hache, l'épieu et des sagaies. Naoh y joignait la massue de chêne, une branche à peine dégrossie et durcie au feu. Il préférait cette arme à toute autre et l'opposait même aux grands carnivores.

Faouhm s'adressa d'abord à l'Aurochs:

—Aghoo est venu à la lumière avant le fils du Léopard. Il choisira sa route. S'il va vers les Deux-Fleuves, Naoh tournera les marais, au Soleil couchant… et s'il tourne les marais, Naoh ira vers les Deux-Fleuves.

—Aghoo ne connaît pas encore sa route! protesta le Velu. Il cherche le Feu; il peut aller le matin vers le fleuve, le soir vers le marécage. Le chasseur qui suit le sanglier sait-il où il le tuera?

—Aghoo changera de route plus tard, intervint Goûn, que soutinrent les murmures de la horde. Il ne peut à la fois partir pour le Soleil couchant et pour les Deux-Fleuves. Qu'il choisisse!

Dans son âme obscure, le fils de l'Aurochs comprit qu'il aurait tort, non de braver le chef, mais d'éveiller la défiance de Naoh. Il s'écria, tournant son regard de loup sur la foule:

—Aghoo partira vers le Soleil couchant!

Et faisant un signe brusque à ses frères, il se mit en route le long du marécage.