—Non!... non!...
—Si! fit la mère.
Et saisissant la main de la jeune fille elle l'attirait, elle la regardait en face avec l'impassibilité morose qui dans l'enfance épouvantait Madeleine, elle chuchottait:
—Allons, avoue... tu voulais partir?... Tu voulais nous abandonner... Réponds donc!... Tu aurais eu ce courage, Madeleine!
La jeune fille ne répondait pas, grelottante, ses lèvres rouges distendues sur les dents fines, écartelée entre son amour infini pour Jacques et l'imagination affreuse de sa mère tuée par l'abandon. Chez Jeanne, c'était, au fond, une rage, une sensation d'humiliation à l'idée de ce triomphe de Jacques, et en même temps une satisfaction indéterminée et vaniteuse d'avoir violemment arraché le secret. Elle se tut quelques minutes, la tête roulée en arrière sur le traversin, les paupières mi-closes et jouant un accablement extrême, une tristesse immense. Puis, d'une voix exténuée, intermittente:
—Ah! Jamais je n'aurais cru... nous quitter... partir au loin... sans calculer notre désespoir... et toi!... toi que j'ai aimée par-dessus toute chose?
À travers son remords et sa souffrance, Madeleine songeait pourtant que «ce par-dessus toute chose» ne comprenait pas l'orgueil de sa mère, et elle revoyait les phases de son immolation, son amour jeté en holocauste au sombre Dieu! Mais Madame Vacreuse s'arrêtait, retenait un cri «pour un étranger!» disait sourdement:
—Si tu voulais m'écouter... Si tu voulais suivre mes conseils... tout, peut-être, pourrait s'arranger!
La jeune fille tourna la tête, surprise, incrédule, avec pourtant, l'éveil de l'espérance de son âge.
—Oui, si tu voulais! reprenait Jeanne... Et pourquoi pas, dis?... Tu pourrais bien, une fois, me croire plus sage que toi.