[28] Le 22 janvier 1906.

Se plaignant, un peu plus tard, d'une fausse interprétation d'un de ses poèmes en prose, «il est vrai, dira-t-il, que j'aime assez cette façon de se tromper sur moi et de comprendre fantastique là où j'ai voulu faire émouvant.»[29]

[29] Lettre du 31 décembre 1908.

Oui, le fantastique,—mais qui n'est pour lui qu'une réalité plus grande, plus essentielle du monde perçu,—est bien la fin suprême, et le résultat dernier, de toute sa dévotion sentimentale. C'est à produire un certain détachement sur fond inconnu de la vie tout entière que tendent ses admirations et ses apitoiements.

Aux personnages de Solness le Constructeur il reproche une allure trop allégorique: «Je voudrais que la vie simple des personnages et celle des symboles fût plus mêlée. Je voudrais que leur vie fût un symbole et non pas eux… Je voudrais que la vie s'éclairât sans qu'on y pense, rien qu'à vivre avec eux.»[30]

[30] Lettre du 17 février 1906.

Le don qu'il se découvre est ici défini dans sa simplicité même, sous la forme où il défie l'analyse. C'est le don d'illumination, au sens actif du mot, le don d'allumer au sein des êtres et des choses, sans en rien prendre de plus que «ce premier coup d'œil qui dit tout», une sorte d'absence d'eux-mêmes et de vacance sur l'infini,—une clarté timide faite de leur subite aliénation. Tout dérive, tout s'en va sous son regard, tout se donne, en silence et sans drame, à l'abîme. «La vie s'éclaire sans qu'on y pense.» Sa ténuité laisse entrevoir de pâles foyers ravissants. Le monde est «joué» avec «une seule pensée.»

III

On peut se demander pourquoi Fournier qui semblait, ainsi, dès 1907, si bien au fait de ses tendances et de ses dons, dut attendre encore plusieurs années avant d'en trouver le véritable usage et avant d'entreprendre le Grand Meaulnes.

C'est d'abord qu'il rencontra de nombreux empêchements matériels.